jeudi 30 juin 2022

À fragmentation 506


 

J’éprouverai le besoin de te voir

J’éprouverai le besoin de te voir,
encore
sur mes talons, noire
au sourire rose,
et qui ne s’efface pas.
 
Sensation de cœur à découvert. Et
relevant la tête de ton corps étranger
désormais 
rase campagne le mot soudain
prend toute sa signification.

mercredi 29 juin 2022

À fragmentation 505


 

Jour oh désastre !

Jour oh désastre ! où je te trouve, Goya,
chatte noire dans l’herbe
raidie
(couchée sauf que tu ne dors :
comme un fruit qui n’a pas mûri),
 
j’ai beau tenter d’esquiver
- ah ! le flexueux rumex à écusson -
rien ne peut arrondir cet angle
- et prisme et axiome -
excédé.

mardi 28 juin 2022

À fragmentation 504


 

Sa patience qui surpasse

Sa patience qui surpasse son instinct
est une économie obligée.
Patience maximale à l’ombre d’un forsythia
tout près des pins où ventilent
d’horrifiantes mésanges : il bâille, évasif,
 
hiératique, aussi hiératique qu’un saint
de cimetière. Ou bien c’est l’if.
Quelle pause flotte en dépit
du raffut orchestré par les charbonnières,
la pause d’une sobriété salutaire.

lundi 27 juin 2022

À fragmentation 503


 

Marronniers

Marronniers à l'ombre opaque
(mais c'est en juin), platanes que troue la lumière
qui ne révèle qu'elle, intrigue par énigmes instables,
c'est le houx bref qui seul la chiffre,
et c'est l'if qu’on respire.
 
Les mésange noires sont dans les pins
aussi véloces que des papillons.
Ce que tu cherches à voir, seul le chat
le peut mais affligé de chaleur,
il ne vient quérir que l'immobilité.

dimanche 26 juin 2022

À fragmentation 502


 

Qu'est-ce qu'on y peut

Qu'est-ce qu'on y peut
si tout est tension ?
Si le fruit encore immature, au calice réfléchi,
de la benoîte urbaine - programme au demeurant veule et douteux -,
et qui me crochète le mollet,
 
prend subitement le pas sur le sujet
- le droit inaliénable du sujet -
et commet le coup d'état irréfutable ?
Gouvernement provisoire lui-même renversé
par une piéride - large white - tombée du ciel.
 
Voletant par-ci par-là
la petite faux noire de sa tache apicale
écume les épillets impraticables
de l'agrostide ténue, cherchant plutôt
la passerage. Longuement elle s'y astreint. Et puis s'en va.

samedi 25 juin 2022

À fragmentation 501


 

Ainsi ce que l'œil

Ainsi ce que l'œil voit un autre soir
- du coin de l'œil en remplissant l'arrosoir -
une certaine configuration de la fatalité,
- ce projet tombé à l'eau -
est un évènement en soi.
 
Un raté promu aubaine. Je
regarde l'aigrette parfaite
- cette sorte d'axiome égaré -
dériver dans l'eau exiguë. Noire
impasse finement étoilée.

vendredi 24 juin 2022

À fragmentation 500


 

Le pappus

Le pappus est dans l’eau
- qu’un œil avise,
car un œil est un œil -
ainsi tous les transports sont bons
même la modeste petite auge qui ne dessert aucune terre inconnue.

jeudi 23 juin 2022

À fragmentation 499


 

Pense donc à prolonger

Pense donc à prolonger ton motif
(au contraire du chat qui,
d’un coup de patte mal pressenti, tue
la mésange qui le fascine.
Bafoue l’intérêt qu’il lui porte.)

mercredi 22 juin 2022

À fragmentation 498


 

Mais cette impasse

Mais cette impasse, cette obscure perception
- tu te perds. Bof ! c’est pas si tragique, tes obsessions
te retrouvent ! - la sensation que tu as de la récurrence
- cette sorte de perpétuation claire de tout mouvement -
cette tension éprouvante, tu l’acceptes, tu en redemandes !

mardi 21 juin 2022

À fragmentation 497


 

Choses

Choses non disséquées
(parce qu’il n’est pas nécessaire de trancher
pour sentir passer). Si tu dissocies les choses,
tu stoppes le mouvement de l’une à l’autre
et la sensation première de leur rapport t’échappe.

lundi 20 juin 2022

À fragmentation 496


 

s’épanche

s’épanche -Non ! L’eau noire clapote
en dessous, insoluble elle aussi,
irréductible présence entre les berges
sa présence sous-tend la continuité des quais,
le mouvement houleux des centaurées
 
des œillets, par mille - Ah ! Les yeux ouverts
Ah ! cillez un peu, je lève les bras
(je ne sais quoi implorer, quelle barque ou
quel embarquement), un éclair
avive une brèche démentielle.

dimanche 19 juin 2022

À fragmentation 495


 

alors tu erres sur le quai

alors tu erres sur le quai
avec ton ombre - derrière, puis devant
quand tu dépasses le réverbère -
qui démesurément s’attige, la forme
non reconnaissable
 
quand elle bute sur la pierre
angulaire - bastion insondable
ou étrave -, l’échafaudage d’un bâtis
périlleux,
s’embrève dans les fissures,

samedi 18 juin 2022

À fragmentation 494


 

On dirait que tu te perds ?

On dirait que tu te perds ? Comment
le sait-on ? Quand l'être - la conscience
d'être - pourtant chèrement conquis,
ne veut plus rein dire,
ne signifie rien - surtout pas une quelconque réalité -

vendredi 17 juin 2022

À fragmentation 493


 

Car le nocher frappe avec sa rame

Car le nocher frappe avec sa rame, frappe,
(ainsi l'éclair frappe ceux qui s'attardent sur les rives)
noir fils de l'obscurité et de la nuit
vêtu de la coule noire
confondue à présent à la rivière interminable.

jeudi 16 juin 2022

À fragmentation 492


 

Il faudrait te croire sur paroles

(Il faudrait te croire sur paroles
mais mon corps n'entend pas de cette façon
sacrifier son intuition. Cette obole
pour entrer de plein gré dans ton manège.
Il faudrait que j'oublie ma propre mémoire pour bien te suivre.)

mercredi 15 juin 2022

À fragmentation 491


 

La houle fleurie

La houle fleurie. La foule des fleurs, Harry/Haros
avec ta perche, en un éclair fauchée,
comme à la faux les berges, allez ! Pas de haro.
Juste la centaurée secourable qui protrude
et suggère la médiation (sans confession, on lui confierait notre mort).

mardi 14 juin 2022

À fragmentation 490


 

Cette couleur

Cette couleur, c’est le reflet du regard, fiévreux
dit-on, de l’intraitable nocher ?
Je m’attends à tous moments, comme à l’avant-poste Harry,
à le voir toucher de sa perche la foule innombrable
des rives sombres. Où est mon rameau d’or ?

lundi 13 juin 2022

À fragmentation 489


 

Splendeur

Splendeur que ces intempéries
frisson hérissant la scabieuse quand l’échiquier
vacille, c’est l’effet papillon tu vois, de l’orage,
courants d’air violet troussant
d’erratiques vérités.

dimanche 12 juin 2022

À fragmentation 488


 

Oui, dilution

Oui, dilution - vraisemblablement -
de la soif dans le soir
dès lors que s’acièrent les lèvres.
Entre les rives, strictement fatale,
coulerait une eau plus dure.
 
Ici la rivière couleur acier absorbe le noir
creusée qu’elle est (creuset)
tandis que derrière l’appontement - derrière ou
devant - (et les premiers bâtiments qui furent jadis des entrepôts)
la citadelle retient le dernier jour dans le bassin.
 
Élans - élancements - de cane, comment
tu t’en vas déjà ? Moi, je n’ai vu qu’un seul éclair,
un seul (un, montré du doigt), solitaire (coi ?), lancéolé,
et maintenant le Demi-deuil
s’est séparé de la centaurée et de l’œillet des chartreux.

samedi 11 juin 2022

À fragmentation 487


 

Troublant revers

Troublant revers. Brun-
violet irisé de vert, le miroir alaire
colore le bassin.
La citadelle entière sinue dans son sillage.
Se coule animale dans sa traîne.
 
Pluie de fer peut-être ?
Le colvert sans inquiétude
se laisse porter par le reflet,
la chevauchée berce uniment l’attente.
L’impatience est dans la jupe et les œillets, l’épervière.
 
Parallèlement la rivière interminable
résout le paysage.
Ailleurs, bardés d’armes,
ils ignorent les reflets
mais pas l’attente, ni la métaphysique.

vendredi 10 juin 2022

À fragmentation 486


 

Nous devisons

Nous devisons, faisons cause commune.
J'opine à nous abriter. Elle, moi
le mâle aux couleurs métalliques qui pourrait
présager - pure conjecture, pure construction de l'esprit
(mais non infondée) - de terribles rafales, d'imminentes convulsions.

jeudi 9 juin 2022

À fragmentation 485


 

une fameuse escorte

une fameuse escorte
entre la rue impavide et le quai bétonné
un talus escarpé qu’agite le vent d’orage,
ce soir vert, d’un vert chartreuse
acide, électrolytique
 
une petite cane me suit
- lambinant -
son déhanché rassure. Dis-moi quelque chose
de neuf, dis-moi ce que j’ai oublié (j’aurais tant
voulu laisser au pied du mur) quel âge as-tu ? me répond-
 
elle et le bec inquisiteur
se lève vers moi. Tu parles aux oiseaux aussi ?
Ou je suis dissoute insoluble,
ou me résout la lumière crépusculaire
des berges.

mercredi 8 juin 2022

À fragmentation 484


 

Tilleuls et robiniers

Tilleuls et robiniers, vos cimes houleuses
au-dessus des quais
pas loin des écluses aux vannes échevelées
vous répandez un autre air maintenant
sensibles au cortège survolté des œillets et vipérines

mardi 7 juin 2022

À fragmentation 483


 

Qu’est que tu dis ?

Qu’est que tu dis ?
Je dis, je tergiverse 
au pied du bastion
les rafales soulèvent
les pans de la jupe et la frange des cheveux.
 
L’épervière décolle,
capitules cinglant la joue de pierre
ravalée par le vent
- ça n’est pas une décollation mais un envol -
toutes deux néanmoins nous plions.

lundi 6 juin 2022

À fragmentation 482


 

Tu peux tout détruire

On peut tout détruire
détériorer, laminer, lessiver,
on peut construire, ériger, outrepasser même,
quand on en aura fini - regarde Troie
et Dresde et Sievierodonetsk - quand on n’y sera plus, elles y seront,
 
chacune pour l’espèce. On peut douter de tout
mais pas des profondeurs des ruines, et au pied du mur
ce sont elles - les rudérales - qui relèvent le défi,
qui fleurissent chaque interstice de nos vanités -
touffes, rosettes, bouquets virides
 
nerfs des ronces, un assaut de verdure
soulève le cœur des pierres
fait bouger les rangs, déchausse panneresses
et boutisses, décale les fondations.
Même nos mortiers se fissurent.

dimanche 5 juin 2022

À fragmentation 481


 

L’épervière

L’épervière, la drave et la lampsane commune
- la traînasse, le laiteron maraîcher - pionnières
attelées au refleurissement, sur les remparts et
les remblais, les gravats, rudérales bien plus qu’on ne pouvait l’espérer
c’est pas pour le décor des vantards, mais pour l’azote et la potasse !

samedi 4 juin 2022

À fragmentation 480


 

Ainsi

Ainsi au serein tombant
on voit l’épervière des murs
en souveraine
remonter l’austérité crépusculaire du bastion.
Tu sais la championne des métabolites secondaires.

vendredi 3 juin 2022

À fragmentation 479


 

L'aspect visuel

L'aspect visuel est un élément majeur de communication. Ah !
L’éclat du bouton d’or s’explique
par la structure des cellules de ses pétales :
deux surfaces lisses séparées par un matelas d’air
font un puissant réflecteur de la lumière. (Un miroir).
 
De visu, oui, après avoir navigué
dans son or, témoin docile sur les pentes les plus amples,
par l’ivresse oculaire (et le zonzon aussi) débilitée,
je regarde ce soir crépitant, prête à croire
tout ce que je vois.

jeudi 2 juin 2022

À fragmentation 478


 

Mais le bouton d’or

Mais le bouton d’or, lui,
se réfléchirait aussi bien sur le marbre
dont la pâleur ce soir augure des soifs,
que sur la peau veinée sous laquelle
palpite calmement la jugulaire.

mercredi 1 juin 2022

À fragmentation 477


 

Quel écueil

Quel écueil et quelle chance que ton nom
(vraiment quel héritage)
prometteur autant que promoteur
de champ composé,
par le son affilié au sens
 
et aux sens
à bout touchant touchant l’ébranlable
sous-maxillaire
(pour l’amour juvénile du monde
et du beurre)