lundi 28 février 2022
La même attention
La même attention appliquée aux bois et à moi-même,
la même rigoureuse concentration, quitte de toute idée.
Peut-être un sens éclora t’il où s’intersectent ces cercles
de rigueur
comme en ces rosaces faites au compas.
Qu’on en fasse une pensée, pourquoi pas.
dimanche 27 février 2022
et ma pensée
et ma pensée se coule dans ce fait, l’ornière aussi
me diras-tu, en est
un ! Oui.
Mais tu n’y es pas du tout.
C’est un fait sonore et rythmique - au temps pour moi - une tension,
et une attention portée à la singularité du moment.
samedi 26 février 2022
(La phrase
(La phrase est un fait sous le coup duquel tombe la pensée,
subjuguée). Ah ! Tu
peux être fière de cette pensée-là dis-moi !
Comment t’est-elle
venue aussi tortue ? Marchant - dansant -
avec toute l’attention accordée au sol, évitant l’écueil et
préservant
l’œil, apprenant du contournement et de la réserve, de
l’élasticité
des branches, ma phrase épouse le pouls. Pierres
qui affleurent, les branches longues - une longueur
d’avance dans la précaution et la décence -
longuement les balaient d’avant en arrière
- somme toute une languide danse -
vendredi 25 février 2022
Si nous ne savons pas
Si nous ne savons pas toujours ce que nos gestes signifient,
nous avons en revanche l’élasticité de notre pouls
comme la souplesse des branches. Nous ne pouvons que danser.
Des bras, des jambes, et ses pieds suivent le moment des
branches et
les mots lui viennent comme bientôt celles-ci iront s’enfeuiller.
(Voilà qu’elle voudrait elle aussi faire du
bruit avec ses pieds)
jeudi 24 février 2022
Car le sens est adventif
Car le sens est adventif - voire secondaire -,
car la phrase est un fait en soi, un geste mesuré
comme un arbre l’est, ou encore un pas de danse.
(Puisque la vie d’un homme n’est qu’une action à distance,
un simple déplacement d’air).
mercredi 23 février 2022
Voilà où sa nuit la mène !
Voilà où sa nuit la mène !
Sa pensée la suit dans cette nuit, c'est-à-dire
cède à l’indéfinissable, se retire dans ses membres transformés.
Sensation d’endurance, de souffle allongé
entrelacé de branches, de pas emporté avec l’ouïe et la vue,
elle fraye, oui, la forêt interne,
cette durée distante de seulement quelques mots
tout à fait imprononçables, mais alors l’entendement ?
Est-ce qu’on ne pourrait pas parler de présence,
de gradation dans la défection du sens ?
mardi 22 février 2022
Syl ve
Syl ve, est-ce une
question de mots.
Est-ce une question, d’ailleurs ?
Sa lyrique exaspération, aggravée de vent et de rigueur,
voit des images et entend des histoires.
Est-ce que seuls les enfants s’y perdraient ?
lundi 21 février 2022
(C’est ce qu’elle a bien voulu voir
(C’est ce qu’elle a bien voulu voir,
car malgré la peur certainement elle a le goût des choses
avivées par le vent et l’ombre portée des unes sur les
autres,
le goût des figures vues à l’intersection des passages,
au cumul des frottements, à l’exacerbation des
frayeurs.)
dimanche 20 février 2022
sur les bras et les jambes
sur les bras et les jambes frêles
la lumière ocellée l’avait faite panthère
- ou comme le léopard épicène de la maison délienne,
chevauché par le dieu solaire - et elle vit
dans le feuillage les rinceaux contournés et le
masque de taureau.
samedi 19 février 2022
où elle entendait le loup du vent
où elle entendait le
loup du vent, Apollon
équivoque, maître des passages.
Aussi l’enfant si sage soit-elle se remémore à l’envi,
en frayant le sentier d’aujourd’hui,
les métamorphoses déjà consenties à la
lumière :
vendredi 18 février 2022
Ainsi l’enfant des contes
Ainsi l’enfant des contes, perdue dans la forêt,
est trouvée bien plus tard, dissimulée dans
le langage de la lisière (et c’est là encore
un conte, d’une autre façon,
mais la somme des chablis ne fait-elle pas la
trame de l’histoire ?)
jeudi 17 février 2022
se faire à la raucité
se faire à la raucité et à l’effarement.
Comment va la forêt ?
Elle peut prendre une autre forme - elle prendra une autre
forme -,
passée cette flambée, celle d’une forêt autrement étayée,
et c’est par le travers des chablis qu’on datera
les lisières.
mercredi 16 février 2022
La voix ne m’inquiète pas
La voix ne m’inquiète pas, ni les grincements des branches.
À tout prendre ne t’arrête pas, n’aie pas peur de te perdre (voici
ce que je dis). Persiste à te désister des prétentions,
(le plus difficile). Parfois le vent empêche d’écouter
mais c’est alors avec sa vocifération qu’il faut
composer,
mardi 15 février 2022
Je ne suis pas pétrifiée
Je ne suis pas pétrifiée, ma forêt n’est pas pétrifiée.
Ce petit bois formant taillis-sous-futaie m’instruit sans
vaticiner,
il compose ma nature dans le couchant, colore mon abandon,
à quoi ? me diras-tu, à ça !
(si tu demandes où je suis, à mon insu y compris
je répondrai : ici)
lundi 14 février 2022
Motif et preuve.
Motif et preuve. Pour m’offrir l’abandon.
Je continue dépossédée, mais non moins vivante,
à errer par le taillis. Une ou deux bécasses m’ont devancée.
Ce bois s’accroît de nos vies, oisif et sans recours
à quelque concept que ce soit, et moi j'accède à mon motif profond.
dimanche 13 février 2022
Finalement
Finalement, est-ce que je sais ce que j’ai vu ?
Ce savoir enchevêtré dans les apparences mouvantes,
et illusoirement parachevé dans une éclaircie instantanée, évide
le concept de vérité. Il ne se laisse pas posséder.
Ainsi
la bécasse aurait siphonné ton motif ?
samedi 12 février 2022
Éclipse de bécasse
Éclipse de bécasse. Ses pattes - et son bec -
sont broutilles éminemment cassables, elle le sait et elle
s’émie.
(dans un rayon, dispersant ces ocelles striés)
C’est ainsi qu’elle s’évente
et resplendit,
dérobée en sa sémillante révérence.
Si c’est ainsi qu’elle
parle, fais-la parler a-t-il dit je crois.
La lumière mouchette la présence exacerbée
de branches et de ronciers contournés. Et fais-lui
une ombre secourable.
vendredi 11 février 2022
Ce que fait la bécasse à l’étage inférieur ?
Ce que fait la bécasse
à l’étage inférieur ?
Ce qu’est la bécasse !
Elle n’étreint rien mais c’est tout le bois-taillis qui l’atteint,
elle l’intègre par la couleur et la perspicacité
de son humilité. C’est sa discrétion,
son discernement à elle est exacerbé par
l’ombre portée des hêtres et des charmes marcescents.
Son discernement est, au cœur de ce cercle intégral
qu’elle sait lui être propice, confondu. Aucune vérification
n’est
de mise : son mimétisme même est invisible.
Là où elle n’est pas exposée elle est, ou : le plus
exposée.
Peut-être le taillis à la faveur d’un seul courant
d’air
balaya t’il sa propension à douter d’elle-même ? Elle
sait
bien comme on est ce qui nous entoure, le motif suffisant
pour les ravissements de la métaphore.
jeudi 10 février 2022
Ou bien
Ou bien tu contempleras
l’inaction ?
Ou bien je m’incorpore à ce qui est
(c’est encore admirablement être - tu m’entends ? -), je
veille les variations - ce que font les oiseaux -
j’espère la vue suffisamment infléchie.
mercredi 9 février 2022
Vaquer
Vaquer parmi ces enchevêtrements et ces inflexions
à la considération assidue des mouvements, des courbes et
des alliances.
(la contemplation n’exclut pas l’observateur
mais le comprend). Tu
te vois gérer les essences,
composer
les réserves, former les essarts ?
mardi 8 février 2022
Est-ce à un temps nouveau
Est-ce à un temps nouveau que cette extension prétend,
ou au moment perpétuel de son extrémité ?
À ma vision aggravée
qui prendrait ce moment à revers : l’obscurité
brave l’œil roué qui regarde trop son mobile.
J’entre dans sa durée, ma durée se mesure
elle aussi en branches, embranchements et projections.
En penchants et inclinations.
Des fagots à l’âme ample ou des fascines.
Et
que fais-tu des taillis ?
lundi 7 février 2022
Force de cette intuition
Force de cette intuition
que l’extension de ces branches surbaissées,
muées vers le sol raboteux et le fagot épars.
Ces géants scalaires défèrent au moment, fascinant,
du sous-bois, pendant que moi je m’en remets à
cette longue attente.
dimanche 6 février 2022
Inscription à :
Articles (Atom)