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mercredi 21 octobre 2026

Étincelants chemins de grave blanchie

 

Étincelants chemins de grave blanchie

vacillant dans la chaleur (et stériles)

entre les herses.

Il faut me familiariser avec la poussière

et l’érosion. La déception –

puisque j’ai la mémoire des saisons –

le retour déconfit.

L’indigence des images, l’impossible projection.

(Se résigner au manque d’images)

 

mardi 20 octobre 2026

Pas de bataille avec l’aiguillon

 

Pas de bataille avec l’aiguillon

pas de sang versé

(et pas de trophée)

 

Je suis déconfite le fil imagé

à travers le dédale des chemins blancs.

 

lundi 19 octobre 2026

J’erre privée de récolte

 

J’erre privée de récolte en cherchant ce qui aurait pu être

ma prise.

 

Dés minuscules et pulvérulents

durs comme du gravier

et mangés de rouille.

 

La moisissure grise apparue comme une fleur

dès la première pluie.


Pas de bataille avec l’aiguillon

pas de sang versé

(et pas de trophée)

 

Je suis déconfite le fil imagé

à travers le dédale des chemins blancs.


dimanche 18 octobre 2026

Il n’y a – n’y aura – pas de mûres :

 

Il n’y a – n’y aura – pas de mûres :

la saison aura sauté ces caillots succulents.

 

Les ronciers exsangues le long des chaintres

comme des herses étrilles

hors d’usage, pathétiques.

 

On perd le goût et l’usage du fruit,

reste la marche entre ces murs sans accent.

Il n’y a – n’y aura – pas de mûres :

la saison aura sauté ces caillots succulents.


samedi 17 octobre 2026

Mais cela oblige : qui ?

 

Mais cela oblige : qui ?

Je veux suivre la courbe déferlante

 

la fétuque élevée

 

jaune miel dans la lumière oblique

à travers laquelle remonte la verdeur du regain.

 

L’herbe nouvelle

par zones sur l’austérité des bruns,

noirs de chaume, reprend.

 

vendredi 16 octobre 2026

C’est ainsi qu’ils s’occupent du monde ?

 

C’est ainsi qu’ils s’occupent du monde ?

C’est ainsi qu’ils occupent ce plan vertical

écran lumineux où se joue la tragédie ou la comédie

– suivant mon humeur ? –

ou bien la pantomime de la page blanche ?

 

Lérot, ton masque ne fait pas de toi le préposé à

la comédie, ni l’obligé d’une quelconque signifiance.

Tu ne caches rien derrière ton masque. Tes va-et-vient entre cour et jardin

sont peut-être de simples mises en jambes dans la nuit d’été.

 

jeudi 15 octobre 2026

Quelquefois rien.

 

Quelquefois rien.

Hier ils étaient trois lérots, comme

pour prouver leur capacité de multiplication indéfinie

alors que la végétation semble se réserver pour s’épargner ?

– ou se retirer – ?

La prolifération mise en scène, jour après jour

pour garantir la continuité du rêve ?

La perpétuation de l’imagination (prodigalité d’images) ?

 

mercredi 14 octobre 2026

Des caquètements –

 

Des caquètements –                          mâchoires se ferment sur rien

(comme nous, bientôt sans mobile et

rien sous la dent)                        : c’est la frustration qui se fait entendre

 

(comme moi, à scruter

les états de la couleur et du goût

le problème étant le point de comparaison

comme toujours ou

comme jamais ?) –

 

Des caquètements criblent l’espace

le grand blason d’or et de sable

 

pour estrade et champ clos

 

mardi 13 octobre 2026

Comme dans un rêve ils sont deux,

 

Comme dans un rêve ils sont deux,

deux lérots maintenant parcourent

– côté nuit – l’embrasure de la porte vitrée

entre les sarments bouclés de la treille et

les feuilles contournées du figuier.

Se sachant hors d’atteinte ils évoluent

sous le spot extérieur comme en piste,

suivis dans leur jeu par deux chats 

confinés derrière la vitre.

 

Nuit écartelée d’or et de sable,

nuit d’armes inégales mais subjuguées

se blasonne ainsi dans le rêve.

 

lundi 12 octobre 2026

Le poème ainsi

 

Le poème ainsi

– densément tissé de toutes les combinaisons –

a une vie autonome (une forme,

une profondeur)

qui offre simultanément une compréhension immédiate

et une résistance. Tout parle la langue de l’idiome

(comme un rêve lisible par d’autres)

 

samedi 10 octobre 2026

Une approche intuitive

 

Une approche intuitive,

vérifiée – certifiée – par la seule sensation.

 

Pas à pas mot à mot, comme à tâtons

vers la racine renouvelée du mobile.

(non que la vision nous trompe

mais les mots réalisent la prodigalité d’images)

 

(un hérisson aussi petit qu’un oursin

échoue par deux fois à mes pieds,

en plein après-midi

 

comment ne pas voir la vague itérative

refaire l’image ?)

 

vendredi 9 octobre 2026

Réfraction, ce que fait un poème

 

Réfraction, ce que fait un poème

malgré toute notre bonne volonté

et le « devoir de vérité » dont je me suis fait le serment.

 

À part moi (mon for intérieur troublé

de ce que cet engagement est si facile à détourner par l’image)

je me demande en quoi « alvéoles » est plus vrai

que « fleur » ou « phosphore ».

J’ai de bons yeux encore. Ou bien cette vérité se situe-t-elle

quelque part entre les termes, au point effectif de leur croisement – explosif –

qui, distordant l’image, permet l’approximation,

l'éclosion de la réalité.

 

jeudi 8 octobre 2026

Je pense aussi à un cristal de phosphore blanc

 

Je pense aussi à un cristal de phosphore blanc

lévitant dans l’ombre clairsemée

ocelles approximatifs

l’air vibrant de chaleur propice

aux mirages.

 

mercredi 7 octobre 2026

Corneilles accro

 

Corneilles accro cette fois-ci défendant la place et

vindicatives.

Bataille bruyante dans la cime du charme aussi.

L’arbre se départ de sa passivité et renâclant

s’ébroue.

Toute la cime chavire,

déverse des débris d’alvéoles

d’une blancheur diaphane.

Au pied du tronc fleurissent d’incomparables fleurs de cire.

 

De gros capitules albinos

posés en suspension dans les herbes

oscillent lentement

 

ces fleurs, éblouissantes de candeur

dans l’été noir.

 

Translucidité effrayante.

La structure vide de tout couvain, miel, pollen

éclaire sous le charme

(sa pâleur étale)

 

mardi 6 octobre 2026

Implacable le soleil

 

Implacable le soleil

sur les cimes qu’on scrute les yeux mi-clos,

la main en visière.

 

Le jardin est scellé, retiré en lui-même

– un corps émacié, livré à la lumière

et suffoqué

(lividité et rigidité du cadavre )

requiescat in pace –


Mais la vie sans humilité résonne dans ces interstices

comme sur une charogne.

Bruyamment captif de ses hôtes

l’arbre est un ring, non le havre.

Lutte féroce à tous les étages.

 

lundi 5 octobre 2026

L’aridité nourrit aussi.

 

L’aridité nourrit aussi.

La vie persiste, tenace. Dure.

Aveuglante et féroce bataille dans le figuier

pour l’humide feu de la figue.

 

La goutte vitale enfin distillée.

 

vendredi 2 octobre 2026

Une guerre médique

 

Une guerre médique. Le trésor rutilant

s’épanche – feu grégeois pris sur lui-même – une sorte de politique dite

« de la terre brûlée » 

fait feu de cette Byzance assiégée ?

 

jeudi 1 octobre 2026

Les bombes sont à retardement

 

Les bombes sont à retardement et

les sansonnets n’y prennent garde.

Comme grenades – mais nonchalantes –

lâchées sans sommation.

Un feu liquide brûle sous l’arbre

parmi les corps

(qui, paradoxalement, nourrira la terre).

 

mercredi 30 septembre 2026

Le figuier tremble

 

Le figuier tremble sur la terre inerte.

Sèche inertie. Dure compacité sur laquelle

en tombant, les figues s’éventrent,

leurs entrailles comme en ébullition.

Dépouilles abandonnées dont la vie excessive

regorge dans un bruit mou.

 

mardi 29 septembre 2026

Maintenant la guerre est déclarée

 

Maintenant la guerre est déclarée dans le figuier.

Toute les guerres en celle-ci, pour le trésor inestimable,

le milliard juteux d’une figue.

                                                 La croisade est bruyante

et démonstrative, les sansonnets surexcités.