dimanche 25 février 2024

À la boîte blanche, vues 277


 

Où veux-tu en venir ?

 

Où veux-tu en venir ?

Détruire quel espoir ?

Moi j’attends mon mobile sachant

qu’il est encore (peut-être), et peut-être pas.

Il n’y a de ma part ni optimisme ni pessimisme : je constate l’absence

mais l’absence sans corps auquel se rapporter,

je constate le manque mais le manque sans réalité tangible.

J’attends son retour ou sa décantation.

(Je ne suis pas prête à déchanter.)

 

Ce que j’abandonne pour l’attendre ainsi ?

Le désespoir. Je suis (à la trace) son inaccomplissement auquel je consens.

Me voilà essayant de passer le nœud de branchages.

 

samedi 24 février 2024

À la boîte blanche, vues 276


 

Le voilà.

 

Le voilà.

C’est cet œil, dont je sais la permanence

énigmatique

caché dans le hallier du monde, immobile

et fidèle au poème.

Fidèle, attendra-t-il que je décèle l’intrigue

de sa disparition ?

Sous les branchages j’envie la quête, je surprends

la vie menue des traqués par le froid et la faim

l’œil limpide m’observant

il repose sur moi.

 

Que veux-tu dire avec ton annonce de mort ?

 

vendredi 23 février 2024

À la boîte blanche, vues 275


 

Ainsi dans la nuit de mon poème

 

Ainsi dans la nuit de mon poème pour lui

luit son œil clarifié

(il répond à mon appel

par un regard furtif qu’il faut saisir à la lampe sous un certain angle

pour tirer, haler, 

jusqu’à ce qu’il vienne se coucher à mes pieds)

 

jeudi 22 février 2024

À la boîte blanche, vues 274


 

Est-ce que cela peut s’apparenter à de l’outrecuidance ?

 

Est-ce que cela peut s’apparenter à de l’outrecuidance ?

Vraiment ?

Je m’imagine, par ces pensées, haler l’absent, réellement

le fil tendu du poème ne me le ramènera-t-il pas,

comme il a toujours fait ?

Je tremble infortunée en périphérie de ce pré si vaste,

vaine grève où se déroula, peut-être, l’occultation

(fatidique clairière du pire)

mais enfin

(pourtant sans effet lénitif)

il comble pour moi tous ces espaces scabreux, le poème.

 

mercredi 21 février 2024

À la boîte blanche, vues 273


 

Une mesure de moi

 

Une mesure de moi se tient dans la nuit pour réchauffer le temps.

Une mesure de moi gagne ainsi en puissance d’espérer.

Je voudrais la porte ouverte qu’il est impossible de tenir ouverte

à l’heure actuelle,

comme si l’appel d’air allait l’aspirer, le tirer jusqu’à ma chaude prospection.

Porte qui de toutes façons, donnant sur tout autre chose, bâille toujours un peu.

Je m’assure qu’elle bâille, me la baille-t-elle belle pour autant, de faux espoirs ?

Je suis tranquillisée ; ont toute licence d’agir mes brûlantes pensées.

 

mardi 20 février 2024

À la boîte blanche, vues 272


 

Elle la nuit

 

Elle la nuit a des frontières inconnues

où il est (normalement) plus facile de chercher l’introuvable

en raison de sa sonorité.

Normalement n’est toutefois pas cette nuit que la neige suspend

sans réflexion acoustique ni persistance sonore.

Tu peux attendre sans entendre, toi ?

 

lundi 19 février 2024

À la boîte blanche, vues 271


 

Cherche moi où tu ne peux me trouver

 

Cherche moi où tu ne peux me trouver

Où personne ne peut me blesser

 

Je cherchai et ne trouvai rien d’autre que l'espoir.

 

La nuit suspendue chante sans bruit,

le gel a pris aussi les respirations

la neige les accords secrets.

 

dimanche 18 février 2024

À la boîte blanche, vues 270


 

Dans les fondrières

 

Dans les fondrières

ses empruntes comme un semis précis

estampillent l’éternité croyons-nous

et sous la clôture grillagée

le lit sec de ses erres rompues.

Ses yeux, lumières réminiscentes

à travers le bosquet nègre.

 

Tout ira vers le noir

mais a encore quelques bonnes minutes avant la sorgue.

 

samedi 17 février 2024

À la boîte blanche, vues 269


 

Au loin le réticule

 

Au loin le réticule très net

la très nette lisière tendue comme une résille

sur l’uniforme blancheur,

le réticule de la pensée, calciné,

attend le feu, encore le feu, rougeoyant

de la première sève d’où je voudrais

le voir venir, amène, débonnaire,

gambadant par-dessus la mer gelée 

(sensation de dégel, et de débâcle) :

me voici, je suis un peu en retard je sais !

 

vendredi 16 février 2024

À la boîte blanche, vues 268


 

Couronne

 

Couronne comme poussée

d’une tête, laquelle (?), éclabousse

blanc sur blanc. (Un frais vert se hérisse, pointilleux).

 

Le lait lui aura monté à la tête,

(résidu maternel ou gourmandise)

perlée de larmes (laiteuses) en goutte-à-goutte.

Tête trésorière perd vite la raison.

 

Consolation, dit-elle ?

Je revois mon chat Tira à l’endroit même, sous la rose

Souvenir de la Malmaison.

 

Elle retournera le temps

selon quel vœu brûlant ?

Pour l’heure, à un doigt des ténèbres

la perce-neige pousse sa couronne hirsute hors de terre.

 

mercredi 14 février 2024

À la boîte blanche, vues 266


 

Apprends !

 

Apprends !

De la défection généralisée

le dénuement à partir duquel se réinvente

la longue vue sans attentes ni contraintes

âpretés aux mains libres

aux genoux libres, mais alors ?

À bien réfléchir je préférais la contrainte de leur amour

au froid inviolé, à l'impensable.

Je préfèrerai toujours.

Nul bonheur ne s’apaise*

et nulle blancheur (perdue) n’est plus pure que…**

Apprends donc ceci de la perce-neige !

 

*Louis Zukofsky, 80 fleurs, « Souci », traduit par Abigail Lang, éditions NOUS, 2018, page 51

** William Carlos Williams, Paterson, traduit par Yves di Manno, Éditions José Corti, Paris, 2016, page 87

 

mardi 13 février 2024

À la boîte blanche, vues 265


 

Plus il m’envahit, plus il est vivant.

 

Plus il m’envahit, plus il est vivant.

 

Mon épiphyte me nourrit en images

en vœux, en d’autres vies.

Je reprends doucement avec celle

que me distillent le souvenir de ses tours de souplesse,

ses joies juvéniles, ses caresses,

je consens petit à petit à ces mots,

j’opte pour le bon terme avec ces images.

 

Hardiesse néanmoins que cette paix gagnée

qui n’est pas renoncement à le chercher mais laisser-venir.

J’épouse ma peine.

Elle me soulage de la détresse.

 

lundi 12 février 2024

À la boîte blanche, vues 264


 

J’envie celui qui passe

 

J’envie celui qui passe

(quelle fausse douceur ce doit être

que la forêt intime, l’espace du secret,

qui s’y cache s’oublie probablement

son nom oblitéré, sa visibilité vouée

à des yeux absents

respiration infiniment réverbérée

mais in petto)

 

Plus je le perds plus il m’envahit.

 

dimanche 11 février 2024

À la boîte blanche, vues 263


 

Frontalité qui arde

 

Frontalité qui arde

attente-forteresse

armée de neige

moi je regarde la braise dans l’air pâle

le mal se propage à toute ma raison

tempétueuse

dure à rassembler

j’ai froid

(paume ardente de l’air sur mon front).

 

samedi 10 février 2024

À la boîte blanche, vues 262


 

Ce matin

 

Ce matin la façade des bois

poutrage surligné de blanc étincelant

armure entrecroisant les colombes comme des fers

aucune voix ne pouvait passer ce hourdis

interdite

ne pouvait passer ce mur assourdissant.

Mes bouchées de neige colmatent

encore ce front.

 

jeudi 8 février 2024

À la boîte blanche, vues 260


 

La voix déficitaire.

 

La voix déficitaire.

Le déficit.

 

(une bouche givrée que le tison de son nom brûle).

 

Son nom en amorce simple, en morsure du silence.

 

J’entends sous un hêtre citharède

qu’il accompagne mes interjectionnels abois

(invocations/interjections, soupirs).

 

La tragédie déloge toutes sortes de bêtes, oiseaux

(d’autres clapets d’autres déficiences)

foulant des ombres primaires.

 

Espoirs confus.

Ombres dépouillées.

 

mercredi 7 février 2024

À la boîte blanche, vues 259


 

À tâtons

 

À tâtons hantant

bois vent hurlant le soir

langue sèche clappe comme feuille morte

marcescente

pour personne

je hurle son nom aussi

(un nom qui tisonne)

 

Je ne dis pas qu’il s me manque nt. Disons :

je suis un état de manque.

 

mardi 6 février 2024

À la boîte blanche, vues 258


 

Le cherchant partout

 

Le cherchant partout - où il est -

j’improvise, j’invente des signes.

 

L’écho ricoche. Chaque flaque de lumière

- potentiellement lui -

luit plus que de raison

dans ma raison oblitérée.

 

Mon espoir est ma preuve

(mon espoir est mon unique preuve).

 

Je n’accepte pas le passé le concernant.

 

Vive dans l’empire de l’indiscernable

et le gouvernement de l’espoir,

je hante des bois illusoires.

 

lundi 5 février 2024

À la boîte blanche, vues 257


 

Je dis la réciprocité

 

Je dis la réciprocité de nos vies

le chemin parcouru, le désarroi.

 

L’écho dans les bois claironne à la nuit tombante,

des lueurs de cuivres résonnent de fût en fût

qui instrumentent le présent qu’il occupe, étant partout,

chez lui

(roux comme son jumeau), attisent

sa flamme jouant de son double foyer.

 

Le bois le reconnaît sien avant tout leurre.

De fût en fût danse son feu

(je n’accepte pas le passé le concernant).

 

Il est partout.

Le cherchant je ne vois que les signes cherchés.

 

dimanche 4 février 2024

À la boîte blanche, vues 256


 

Ce chat nécessairement

 

Ce chat nécessairement - comment dire -

                                                                   est

puisque ma quête le présuppose 

 

égaré cherchant le chemin de la réciproque

dans l’épouvantable lamentation et vice versa du vent lancinant

mon attente étant la conséquence de son hypothèse

et sa conséquente perduration mon hypothèse.

 

Simple instinct de survie.

Par cette quête seulement, qui creuse et affiche pourtant l’écart,

je nous maintiens encore.

 

samedi 3 février 2024

À la boîte blanche, vues 255


 

Tous les oiseaux

 

Tous les oiseaux gagnent la grève

ou l’allée de gravier qui entoure le pré 

ses rouleaux de fanes sèches et leur mouvement ondulatoire

 

déferle sur eux quand tempétueux

 

quand manque un seul maillon au profit visible

toute la chaîne s’égaye

au détriment (bruyamment)

de l’équilibre que je voyais

 

les voici qui s’égaillent - aussi bien -

dispersant des semences noires les voici

qui sèment

 

les merles dansent

 

lui, le vent lamentable,

nous lancine.

Répand son air.

Lamentation que j’imagine prédicat

 

et dans cette attente glacée,

j’admets jusqu’au gel de l’écran.

 

vendredi 2 février 2024

À la boîte blanche, vues 254


 

Et j’attends sa réapparition,

 

Et j’attends sa réapparition,

qu’il me libère de l’obnubilation où, tâtonnante.

 

D’un jour expirant.

 

J’erre perdue dans la conscience floue

sans rémission.

Où le chercher s’il est partout ? S’il couvre tout ?

J’erre, à son image (peut-être vaine)

(buccinateurs aux arrêts, quelles heures scander désormais ?)

 

Ce n’est pas ça. Cette phalangère

fleur de lis, projetée, elle exalte sa paix soudaine.

Appelle, éparpille sa lumière rubanée,

à tout va, la voie est libre trompette-t-elle.

Sa voix claironne en vert chlorophyte.

 

L’oiseau y gagne aussi une trêve.