mobiles autour desquels gravitent nos esprits
pense-t-il. Un puissant organisme, et cordial, une invite.
Dotés de vie propre – inaliénable –
de cette singularité qui lui fait défaut,
sauf à voir – sauf à réaliser –
cette conscience de sa raison.
mobiles autour desquels gravitent nos esprits
pense-t-il. Un puissant organisme, et cordial, une invite.
Dotés de vie propre – inaliénable –
de cette singularité qui lui fait défaut,
sauf à voir – sauf à réaliser –
cette conscience de sa raison.
Qu’il distille
logiquement à partir de ces incidences des organismes
dotés de vie propre :
poèmes capables de vivre et de respirer
C'est-à-dire qu’il s’en sert,
qu’il révise sans cesse sa vie à partir d’elles.
Que ces incidences élucident
ses moments – ses mobiles –
Il est heureux de réfléchir
ce qui se présente à lui indifféremment
– il s’y retrouve souvent –
Sensible à la fortuité, au potentiel de la cacophonie,
ces incidences lui sont vitales.
Il rend les sourires. Il est un sourire
sans visage, poreux à toute profondeur,
un sourire mobile au-devant de sa perplexité
parce qu’il n’y a pas de raison de ne pas faire confiance aux ondes.
Personne ne lui pose de questions.
Il n’est personne ou bien il est personne.
En arpentant les rues il isole des mondes
qu’il prolonge (qu’il pense prolonger, qu’il prolongera) :
il se compose précisément de tous ses projets
et de tous ces moments.
Souples foulées – au pire il cherche la cadence
au mieux il respire –
en marchant il évite les questions d’ordre personnel.
Il marche, il est prêt à répondre seulement de la perplexité
qui le propulse.
Contours flous,
il s’immerge, il
poreux sans s’opposer à l’immersion devient l’île
consciente
où il n’est que souffle.
La descente – redescente (non pas catabase, pas jusque-là)
parmi les voix et l’amusie –
est difficile, il se flatte d’un geste émollient
comme pour s’encourager.
Pas une raison de vivre –
dont il ne manque pas, dont il a trop,
déjà trop lié – non, il se sent comme un organisme
complexe, soumis aux lois de la biologie et de la physique
mais capable d’interpréter ces lois.
Que cherche-t-il ? Non une réponse
mais une raison, la logique qui se dessine
– ou pas du tout, ou malgré tout –
lorsqu’il organise ses relations avec le réel,
sa logique pour vivre ?
Il le voit comme la clef
probable de ses problèmes
c'est-à-dire des questions pendantes
ouvertes par la vie
(il croit ainsi tenir le motif étiologique).
Ce qui le fait oser parler après la stupéfaction.
Le feu de salve avait ouvert la danse
(et l’envol). L’ailante, le faux frêne
fige l’image.
Le feuillage aurifié par la lune et comme insolé
polarise l’épouvante.
C’est une sorte de bouquet final à sa nuit
pense-t-il, offrande et viatique
que la silhouette vibrante de cette jeune pousse
à cette altitude, dans ce chéneau-ci
face à sa fenêtre de toit.
Il pense au rameau d’or.
Ou bien c’est un ailante
mi arbre mi-volatile
– sa lumière cardinale sur la toiture, et coronaire –
qu’on nomme aussi arbre du ciel.
Tout lui va.
Dans la gouttière serait-il plus proche des Dieux ?
Les goélands ignorent sans doute
ce point de référence unique
cette projection du vivant – quoique,
ne sont-ils pas cousins par l’élan,
si c’est l’ailante ? –
Quel amour cela peut-il être ? Quelle
intime alliance trouvée
entre le lieu et leur vie de migrants ?
Être là présent
sur la plage de zinc
où il fait bon être l’alliage
bercé (abusé) par les stries roses
de l’aube, déjà.
Ils dorment debout – comme moi pense-t-il –
tête repliée sous l’aile puis la travée s’anime
une vie après l’autre la suivante suit
(c’est comme de battre à mon flanc)
la lumière – la couronne lumineuse –
allongée jusqu’à eux
elliptique scelle leur alliance avec l’amour.
Il témoigne de ces ombres noires là-bas
effigies maintenant le toit dans la nuit
comme des plantations stabilisatrices de berges
ou les fantômes sidérés du tumulte
figés sur leur grève.
comme un amour ?
Comme un amour il la regarde flotter
danser avec langueur sur la pente du toit
épouser le zinc cannelé qui pousse ses vaguelettes vers lui
– s’il se penche un peu –
il échouerait avec elle au pied du frêne
dans la gouttière.
La lumière flottante de la couronne
– une forme émoussée
dans l’ombre générale de la nuit –
il la choie
c’est un présent qui s’impose
mais ne se laisse pas saisir
Sa tête rejoint le frêne poussé dans la gouttière.
Il se ceint de sa lumière.
Il vit avec, il endosse son désir
un soin toujours attentif porté à l’incidence.
Un arbre oscille comme une invite,
un hochement de tête.
Motif, c’est qu’il court après son motif
comme Apollon après Daphné.
Il aurait cru pouvoir l’atteindre par l’assiduité
et la célérité.
Mais non.
Par une transfiguration ?
Astre invisible mais un même effarement
devant ce feuillage lunaire
lauriers d’or coronaires – que devant la vérité du soir –
La lumière ne glorifie pas ici le mérite la victoire l’assiduité
mais une sollicitude à toute épreuve :
il la prend pour ce qu’elle est.
Il témoigne de ce petit frêne ? en si légère
lévitation dans la gouttière
qui brille comme l’or
de la couronne triomphale
pourtant aucune bataille n’est gagnée,
pas d’accomplissement personnel
pas d’ascension non plus.
Juste l’implication de son corps.
La gouttière luit et chante.
Il y a toute une littérature des toits
par-dessus les toits
– là parés de lune et de plumes –
Et ces fenêtres
un tarot de cartes
– dos mutique ou figure loquace
leur face parallélogrammatique
diffusant le halo pâle –
elles jouent la partition.
Il ferme les yeux
la vision est intérieure
la musique est intérieure
de haut en bas il frissonne
il reconnaît le monde à la couleur
de ses noms au son de ses couleurs
il tâtonne il pianote, le son de son monde
est là, le thème, il témoigne pour lui.
Tout en haut de lui-même
face aux toits, il tutoie ce motif il
élabore sa musique. Il se compose en regardant
par la fenêtre la nuit s’emplir et se vider
de figures étranges.
Nuit imprenable, elle semble pourtant lui offrir
ce qu’il est venu interroger.
Peut-être l’improbabilité. Peut-être la liberté
de laisser là la poignée d’assertions
qui échafaudent une vie, de façon plus ou moins stable.
Là un frisson d’ailes contre toutes les allégations :
soit un déséquilibre.
Nuit sans réponse.
A-t-il peur des contrefaçons,
doute-t-il des mots, des sensations ?
Son corps pourrait être – évidemment –
la matrice involontaire de ces contrefaçons.
Mais il comprend la langue et elle le comprend.
Alors qu’il redoute l’aphasie
c’est le motif qui le sauve, qui l’affloue.
Il retrouve un peu soulagé le débit de sa veine.
Elle fait source et destin commun.
Une eau coule et passe par lui
comme par tous, il se baigne en elle
– jamais la même malgré les apparences –
qui coule intarissable en lui aussi.
Il est le lieu et le corps de cette immersion.
Sa conscience naît de la fusion de son être
avec le fleuve de langage.
Il aurait ce pouvoir, à partir de la nuit
mais il n’en use pas.
Il hante la langue qui lui intime la sensation
parce qu’il cherche la vie
en lui-même et dans le plus ténu des motifs
langue qui est le plan de connivence
à proprement parler – entente et convention –
avec tous ses semblables.
Faire basculer le monde dans un drame
qui se laisserait conter, qui se laisserait chanter ?
Ce serait une tragédie, un chœur accompagnerait le sacrifice
du bouc – émissaire chargé de nos impuretés
de nos incohérences ? –
Ou une comédie, à y bien réfléchir ! Un conte choral
dans lequel les destins épars a priori se lieraient
pour se résoudre dans une fin totalement insane.