mardi 3 février 2026
Si (comme l’écrit Amy
Si (comme l’écrit Amy)
l’amour est un climat
où les petites choses se sentent à l’abri
pour grandir, mon amour étant
comme la neige tombée aujourd’hui,
d’un blanc incisif, un crissement de verre,
un âpre et presque transparent aimant
et qui tient
(et élucide la nuit, indéniablement)
je me demande quelle chose même petite
peut prospérer dans ces conditions.
Mon amour pauvrement durable
n’invite qu’à la dormance (et à la rusticité)
Mais là-dessous – sous l’effroi et la rigueur –
progresse la tendresse des pousses,
et ces tendrons-là je les tiens pour preuve.
Attends de voir Attends de voir le galant
Amy Clampitt, " la petite orchidée" in Le Martin-pêcheur, traduit de l'anglais (USA) par Marie-Claude Peugeot, Circé, 2013, p.99
lundi 2 février 2026
Un peu comme elle
Un peu comme elle j’invente jour après jour
ce que je vis – je vis ce que je vois –
(et même dans la matière corrompue, dit-il
les formes de vie parviennent à se trouver,
et la vie trouve sa forme et se recompose)
dimanche 1 février 2026
Le nimbe d’eau qui les désigne
Le nimbe d’eau qui les désigne
estompe leurs contours
et cristallise fleurs
et hampes
(un placement des hampes
en bordure du chemin jalonne
pour l’œil itinérant
le voyage dans le temps)
Quand reviendras-tu ?
Appréhende les capsules béantes des silènes compagnons blancs
qui embaumaient l’été parce que blancs – précisément –
La nature trouve la suite dans le tout-venant
(une suite à elle-même qui est encore elle)
samedi 31 janvier 2026
Quel cercle ? Quelle fatalité ?
Quel cercle ? Quelle fatalité ?
Le brouillard reprend bientôt
ces spectres donnés à la vision.
On ne voit que lui
c'est-à-dire l’eau en suspension
entre nous et nos images
vendredi 30 janvier 2026
Dans mes membres aussi
Dans mes membres aussi – les os
précipitent leur lit
(le soleil n’y pénètre plus
sa chaleur n’adoucit pas la fatalité)
le frimas porte ses dendrites internes
jusque dans la pensée que j’ai des choses –
herbes gainées de givre (air de rien)
le tuteur illusoire arraisonne l’œil
j’avance aveuglée parmi l’armée fantôme
J’avance parmi – des résidus armés – je suis
(erres rompues, le givre arase la coupe,
c’est un plain gel des énergies, rase campagne sonore
comme creuse)
et je trébuche sur des corps cassants
des notes d’effroi
mercredi 28 janvier 2026
Jusqu’à ce que tout se fige.
Jusqu’à ce que tout se fige.
Jusqu’à ce que tout s’immobilise.
Je retourne sur les lieux maintenant d’une dureté
invraisemblable, il me faut la coutellerie acérée
d’un chasseur pour dissocier l’air de l’herbe
le givre de la marguerite
(on peut rire de nos pieds scellés par des sceaux décisifs
à l’insu de tous nos calculs)
Fascinant spectre d’une splendeur révolue
la fleur suprême (au dessin suprême –
l’intention cristallisée)
blancheur étincelante et transie : frimas
mardi 27 janvier 2026
Inadéquat le savoir sur les choses
Inadéquat le savoir sur les choses.
Primevère me prend par les sentiments,
pervenche tend son œil bleu
propre à raviver le morne matin.
Je hante leur lieu visible tout comme le sien,
ma Petite Beauté récoltant toute l’attention
vendredi 23 janvier 2026
La généralisation du malheur
La généralisation du malheur, voilà
ce à quoi nous nous attendons (ce à quoi
on est requis de s’attendre) ce qui nous pend au nez
(mais il ne détecte aucune menace imminente, et continue face au vent
à nous mener par son bout)
jeudi 22 janvier 2026
On croit tout connaître
On croit tout connaître d’un lieu après vingt années
passées à scruter les signes – d’installation, de retrait, de reprise –
mais la plus petite amorce nous trouble.
Confusément que ressent-on ? Joie inouïe
menace la raison la saison n’est plus la raison
se sait inappropriée.
Va essayer d’expliquer ça : comme on est heureux de cette primevère,
de cette pervenche intempestives
qui sont pourtant les signes d’un malheur général
mercredi 21 janvier 2026
Voilà ce qu’on dirait :
Voilà ce qu’on dirait : primevère ressuscitée
dans le premier hiver, pervenche ascensionnelle,
aucun ciel ne garantit leur printemps
mais elles invalident l’incrédulité, ça oui. Mais elles
(retourne aux bermes pour voir l’insaisissable)
elles parfont le naturel par leur exception
mardi 20 janvier 2026
Ainsi à contretemps
Ainsi à contretemps
ces chairs graduellement colorées, des blancs
au jaune pâle à peine perceptibles sur le feuillage gaufré
gâté par les ratissages, au lilas et au pourpre
on les dirait remontées incomplètes, entêtées,
résolues à paraître [primevère acaule]
lundi 19 janvier 2026
Me cacher dans cette fleur ?
Me cacher dans cette fleur ?
Un puits, où réside le sens
(la pervenche le fait éclater)
disperse ses notes
(froides mais significatives)
Sa couleur enclenche la roue crantée de significations nouvelles
Reprends-toi. Sans fuir
vois cette couleur qui invente un nom.
Je ne demande rien de plus.
Rien de plus que d’être, en témoin,
celui qui certifie l’instant par la température ressentie.
Qu’aurais-je à certifier ? À qui ?
Ainsi la primeur de ce bleu de solstice
samedi 17 janvier 2026
Elle – approximation heureuse –
Elle – approximation heureuse –
(c’est l’innocence ?)
pousse un son bleu efficient
(sans décision ni volonté, sa cause efficiente ?)
assène un bleu comme une pensée évidente :
je vacille sous le coup
vendredi 16 janvier 2026
Mais elle est là
Mais elle est là. Elle-même incrédule
elle-même si anodine que
je n’en reviens pas
elle certifie l’inattendu
l’extraordinaire présence – presque – persistante
– presque – elle assène son être
– innocemment –
jeudi 15 janvier 2026
Je reste figée
Je reste figée dans ma mémoire
les images seules avançant. J’ouvre ces simples.
Vinca enfonce ses coins dans l’œil rétif
paré pour la peine
per ce la rétine
assiège l’incrédule
tunique
mercredi 14 janvier 2026
Elle courait dans mes pieds
Elle courait dans mes pieds
comme aujourd'hui court vinca major.
Elle boucle et roule
elle emporte
(ses yeux bleus, des images de l'été)
tout le mouvement
mardi 13 janvier 2026
Ma petite n'erre plus.
Ma petite n'erre plus.
L'espace entre elle et la nuit
noir source de
(compaction d'un dépôt d'images)
simples
croît
J'ouvre ces simples.
La source est celle d'un fleuve d'images figées
till d'ablation
qui déferle gelé
dégelé
ma mémoire en moraine affluant
ma mémoire empile
samedi 10 janvier 2026
Les pervenches
Les pervenches déjouent le temps
le vent
agglomérant le mur et son ombre
liant leur mot aux pierres les liant aux herbes.
Elles vaincront, par avancée revendicative,
la place. Elles vaincront avec le cœur.
vinca major
vendredi 9 janvier 2026
Cinq coins bleus
Cinq coins bleus sur le billot des verts
cinq coins bleuissent le vert embouti par l’ombre.
Le muret fleurissent.
Main qui dans cette ombre tendue
assigne l’œil
comme un moulin de papier coloré assigne le vent
jeudi 8 janvier 2026
L’œillet garde sa réserve
L’œillet garde sa réserve
tandis qu’incidemment per ce ce bleu moulinet
aperçu du coin de l’œil.
Parés à girer cinq pétales appareillent
issus d’un vert sempervirent [grande pervenche]
elle est de cette nature, le renouvellement de ses images masque son retrait,
où la crois-tu à présent ?
mercredi 7 janvier 2026
Tous les temps
Tous les temps – toutes les saisons en un bouton
(retardataire ou devançant le prochain printemps) –
tous et aucun, un bouton, un bout-temps, un boute-en-train – secret tenu
dans la chaleur de sa loge sa blancheur réservée
préexiste
éblouit déjà – performe
et c’est là un présent
l’erreur serait dans l’absence,
d’ailleurs l’erreur est dans son absence
mardi 6 janvier 2026
Échevelle-toi
Échevelle-toi
étoile-toi enfin.
Crois-tu qu’il soit encore temps ?
Œillet m’oriente, esquisse une réalité,
une étoile aux cinq directions radie
toute certitude vanité de poète radiée – d’humaine trop certaine de son fait –
Vas-y !
lundi 5 janvier 2026
Tout entier dans cet obtus bouton
Tout entier dans cet obtus bouton
d’œillet
cet œil obstiné fraîchement formé
et hors saison – cet œil obvie –
est le temps : tout ce qu’on en sait,
sans jamais obvier au désastre imminent. [œillet mignardise, œillet des poètes, mignonnette]
dimanche 4 janvier 2026
Une philosophie de la lettre seule ?
Une philosophie de la lettre seule ?
Une philosophie au-devant de laquelle le monde
n’accourt pas, que dis-je,
ne se rue pas, et non sans rudesse, ne se frotte pas
pour lui prêter son pouls.
Et en faire sa justification ?
Son épreuve ?
On pourrait parler aussi de poésie de la lettre seule.
