vendredi 16 janvier 2026
Mais elle est là
Mais elle est là. Elle-même incrédule
elle-même si anodine que
je n’en reviens pas
elle certifie l’inattendu
l’extraordinaire présence – presque – persistante
– presque – elle assène son être
– innocemment –
jeudi 15 janvier 2026
Je reste figée
Je reste figée dans ma mémoire
les images seules avançant. J’ouvre ces simples.
Vinca enfonce ses coins dans l’œil rétif
paré pour la peine
per ce la rétine
assiège l’incrédule
tunique
mercredi 14 janvier 2026
Elle courait dans mes pieds
Elle courait dans mes pieds
comme aujourd'hui court vinca major.
Elle boucle et roule
elle emporte
(ses yeux bleus, des images de l'été)
tout le mouvement
mardi 13 janvier 2026
Ma petite n'erre plus.
Ma petite n'erre plus.
L'espace entre elle et la nuit
noir source de
(compaction d'un dépôt d'images)
simples
croît
J'ouvre ces simples.
La source est celle d'un fleuve d'images figées
till d'ablation
qui déferle gelé
dégelé
ma mémoire en moraine affluant
ma mémoire empile
samedi 10 janvier 2026
Les pervenches
Les pervenches déjouent le temps
le vent
agglomérant le mur et son ombre
liant leur mot aux pierres les liant aux herbes.
Elles vaincront, par avancée revendicative,
la place. Elles vaincront avec le cœur.
vinca major
vendredi 9 janvier 2026
Cinq coins bleus
Cinq coins bleus sur le billot des verts
cinq coins bleuissent le vert embouti par l’ombre.
Le muret fleurissent.
Main qui dans cette ombre tendue
assigne l’œil
comme un moulin de papier coloré assigne le vent
jeudi 8 janvier 2026
L’œillet garde sa réserve
L’œillet garde sa réserve
tandis qu’incidemment per ce ce bleu moulinet
aperçu du coin de l’œil.
Parés à girer cinq pétales appareillent
issus d’un vert sempervirent [grande pervenche]
elle est de cette nature, le renouvellement de ses images masque son retrait,
où la crois-tu à présent ?
mercredi 7 janvier 2026
Tous les temps
Tous les temps – toutes les saisons en un bouton
(retardataire ou devançant le prochain printemps) –
tous et aucun, un bouton, un bout-temps, un boute-en-train – secret tenu
dans la chaleur de sa loge sa blancheur réservée
préexiste
éblouit déjà – performe
et c’est là un présent
l’erreur serait dans l’absence,
d’ailleurs l’erreur est dans son absence
mardi 6 janvier 2026
Échevelle-toi
Échevelle-toi
étoile-toi enfin.
Crois-tu qu’il soit encore temps ?
Œillet m’oriente, esquisse une réalité,
une étoile aux cinq directions radie
toute certitude vanité de poète radiée – d’humaine trop certaine de son fait –
Vas-y !
lundi 5 janvier 2026
Tout entier dans cet obtus bouton
Tout entier dans cet obtus bouton
d’œillet
cet œil obstiné fraîchement formé
et hors saison – cet œil obvie –
est le temps : tout ce qu’on en sait,
sans jamais obvier au désastre imminent. [œillet mignardise, œillet des poètes, mignonnette]
dimanche 4 janvier 2026
Une philosophie de la lettre seule ?
Une philosophie de la lettre seule ?
Une philosophie au-devant de laquelle le monde
n’accourt pas, que dis-je,
ne se rue pas, et non sans rudesse, ne se frotte pas
pour lui prêter son pouls.
Et en faire sa justification ?
Son épreuve ?
On pourrait parler aussi de poésie de la lettre seule.
samedi 3 janvier 2026
(Je vois déjà
(Je vois déjà quelques belles petites cordées
éperonnées [violette odorante]
pour quand je remonterai sur terre avec elle.
Je vois leur train en travers des graviers)
(n’exacerbe pas ainsi ta vision étiologique !)
vendredi 2 janvier 2026
Vivace elle pousse mon amour
Vivace elle pousse mon amour, hypogé
comme sa croissance,
– sa latence boursouflée –
pour donner sa forme à ma vision
jeudi 1 janvier 2026
Vivace elle vit sa vie
Vivace elle vit sa vie de rhizome ramifié
dans le terreau de mes pensées – la décomposition acceptée
de leur substance végétale, de sa substance animale –
et je m’attends à voir surgir du bourgeon apical
l’iris de mon imagination
mercredi 31 décembre 2025
Ma Petite ne croît plus
Ma Petite ne croît plus, ou alors
d’une croissance autre, indiscernable
et hypogée, comme la plupart d’entre elles.
On ne demande soudain plus où elles sont :
présence tacite, retour implicite
comme sous-entendu
(sous-entendu, je l’attends, au détour du chemin)
et latente sa beauté
– comme un œil latent –
me tient en éveil
mardi 30 décembre 2025
Beauté.
Beauté. Pas celle que nous nommons « beauté », non,
celle, innommée, des choses que nous ne voyons par conséquent pas assez :
par exemple ce couloir de feuilles noires
que bâtit le vent fréquentatif.
Si j’emprunte moi-même ce couloir, me mettrai-je à voler ?
Je marche sans appui sur un sol invisible, à pas fricatifs
dans la nuit noire.
Un cours pourtant fermé à la circulation en ce jour sans vent
lundi 29 décembre 2025
Deux chiffres incompressibles
(une inflorescence de sa gerbe touche votre bras
instille sa joie vous êtes pris
enlacé)
Deux chiffres incompressibles que l’enlacement modifie,
et qui forment un nouvel être. Hybride, certainement,
cumulant la force vitale et l’inventivité des deux formes originelles.
Voilà, parce que c’était elle (on connaît la suite).
Et c’est moi qui transcris.
En phase solfatarienne.
L’onagre magnifique, une eau vive figée ce matin par le gel,
malgré le gel, me la rappelle.
Dépars-la du givre et de cet hiver précoce.
dimanche 28 décembre 2025
Celui qui jaillit
Celui qui jaillit, gaura
« joyeux, qui rayonne de joie ou d'orgueil », « imposant, majestueux »
une inflorescence de sa gerbe touche votre bras
instille sa joie vous êtes pris
enlacé
samedi 27 décembre 2025
l’arc souple
l’arc souple d’un jet de verdure résurgent
de sous le matelas de feuilles
l’arc retardataire, anachronique
à peine dérangé par le râteau – son chant métallique
lancine la nuit –
tandis qu'elle souple et chaude jaillie sous mes pieds,
de pure joie matinale
projection volcanique
Petite Beauté qui pétille, se précipite, éclate et brille*
interférant dans mes pas
si bien que je me serais crue cheval
*Alexandre Pouchkine, « Chapitre quatrième XLV », in Eugène Onéguine, traduit par André Markowicz, Actes Sud, coll. Babel, 2008
vendredi 26 décembre 2025
Juste à coté d’elle
Juste à coté d’elle
le geyser – la source intrépide
de tant de fleurs, blanches comme des papillons insensibles aux gelées matinales,
papillons givrés, figés à l’extrémité de l’arc de projection – et il oscille
mais à peine [onagre magnifique, gaura de Lindheimer]
je me demande ce qui le fait rayonner, de quoi t’enorgueillis-tu, dis ?
- faut-il une raison au majestueux ? me répond-il
Ma Petite Beauté n’en revient pas, elle,
bien que je la voie parfois resurgir pour moi
bouillante d’entre les feuilles rousses
mercredi 24 décembre 2025
Et pourquoi « rose papale » ?
Et pourquoi « rose papale » ? J’y pense,
ce garde, ce lancier à pied nous garde d’omettre
l’angle mort de la génération bisannuelle vous verrez ce que vous voyez
nous dit ce quasi bâton de Jacob qui pourrait bien
nous être précieux pour mesurer l’impatience
aie confiance de nouveau aie confiance
et je me fie à elle
mardi 23 décembre 2025
J’aime sa tenue
J’aime sa tenue sourcilleuse
– rachis sec et gourmé –
un axe de mémoire
sur lequel est répartie sa fortune
et j’aimais ces grandes fleurs simples
jaune pâle, œillades évidentes dès l’abord
lundi 22 décembre 2025
Elle contraste avec l’élancée
Elle contraste avec l’élancée
son maintien compassé – ce qu’il reste de l’œillade sûre et amène
portée du côté de ce grand portail – [passerose, rose trémière, alcée rose]
douanière strictement tenue pour dite : vous entrez, vous passez un seuil
(ici, avant, elle vous accueillait en caracolant)
Mais c’est elle qui tremble
déliant ses bourses au passage et versant son obole en carton-pâte
dimanche 21 décembre 2025
Pas question de se dérober.
Pas question de se dérober. Sans question
celle que j’appréhende comme la sphinge
me laisse aujourd’hui passer.
On la prendrait comme ça, juvénile et fraîche rosette basale, pour la consoude,
mais elle aura au printemps prochain des fuseaux à revendre
Des fuseaux à filer ? Laisse,
moire, mon fil, laisse-moi le temps :
ne rien faire que contempler sans appréhender
(bien gantée)
l’ascension admirable de ces clarines
garde la digitaline pour une autre fois
(l’insuffisance de cœur)
Qu’espères-tu prévenir ?