mercredi 4 mars 2026
mais non, la vision file
mais non, la vision file aussi vite qu’apparue.
Gui refait le globe
pour nous rénove le monde
à l’orée d’un soir pluvieux
arrondit l’angle pétrifié, la trame ardue
à démêler – fourche, ramure enchevêtrée
en faisceaux de rames inextricables –
comme clarifiée
aussi évident que la lune gîtant entre les branches noires
un après-midi d’hiver
mardi 3 mars 2026
une sorte d’amas stellaire
une sorte d’amas stellaire,
de nébuleuse attractive
spirale de pépiements
algarades et prises de bec
– du grabuge à la table des commensaux
et c’est la nourriture qui vole –
leur commensalité querelleuse les fait
ressembler aux humains
lundi 2 mars 2026
Des petites billes charnues
Des petites billes charnues et blanches lui survivent,
dans le giron de la nuit, et luisent.
Lui survivront jusqu’à l’été et jusqu’à la grive draine
– et même après –
et même après feront l’enseigne et le cabaret
le point nodal
autour duquel elles tourneront
et tournera leur monde
gui gui gui
rénove le cercle et la vision
attire l’éventail trépidant de la sittelle
et l’éclair bleu de la mésange
dimanche 1 mars 2026
Ses fruits dans la neige
Ses fruits dans la neige comme on vide un chargeur.
Mais personne ne meurt dans la forteresse assiégée,
non personne.
Sittelles et mésanges se renvoient seulement la balle.
N’ai-je (n’aurais-je) que sa blancheur
– les fulminations du gui pour repères –
dans l’arbre le temps figé (l’intaille)
à l’œil la dureté du blanc
et la détonation dans le lointain (un tableau de chasse).
Toutes s’égaillent
Puis toutes convergent de nouveau,
sittelles, mésanges.
Les fruits éclatent et leur chair colle aux branches,
fixant les graines. (D’ors et déjà prévoir de l’orbe dans l’orbe.)
Neige sans question ni négation, soudain disparue
– fonte ou sublimation ? c’est moi qui questionne –
le paysage ravivé est rendu à la mémoire
samedi 28 février 2026
L’arbre implose.
L’arbre implose.
L’artificier fixe les règles : sempervirent,
il adorne il parade.
Du gui roule dans le treillis de bois noir.
Son orbe mis en abîme ravit l’œil sidéré.
vendredi 27 février 2026
Arbres-vigies
Arbres-vigies, dont les revers noirs sous-tendent
le ciel blanc, le nid-de-pie propulsé à la circonférence
avec le gui.
Tout se fête, même l’absence de terre ferme.
Retiens bien cette étendue :
il a neigé sur l’inconnu.
Il est clair que l’essaim majestueux
comme un joyau sur la couronne
attire l’œil
jeudi 26 février 2026
J'ai 60 ans sous le frimas et la neige
J'ai 60 ans sous le frimas et la neige,
mais le tendron du perce-neige
continue à surprendre ma vigilance – un peu défaillante –
Je lève les yeux – moi, mes lanternes –
il est là aussi, essaim discret
mis en lumière par les fauvettes à tête noire [gui blanc]
Jeu de mésanges et sittelles, leur vélocité dessine un plan qui m'échappe.
Je suis leur disciple inlassable et zélé. Je les suis.
Il neige sur les épicéas.
Dans la neige est mort un jeune homme attentionné
abattu par des hommes auxquels ce droit a été donné
et qu'en eux rien ne réfute.
mercredi 25 février 2026
Le même bonheur
Le même bonheur à regagner le jalon.
Le pas noté j'en suis là : au perce-neige est une précision nécessaire
une annotation qui donne sons sens à la durée.
Je réfléchis que
dans l'expression "avoir 60 ans"
sont compris tous les âges de 0 à 60
.
J'ai 3, 17, 30 ans quand j'en ai 60.
Simple formule logique qui n'exprime pas un cumul
mais inclut tous les précédents, jusque là oblitérés ?
mardi 24 février 2026
et j'éprouve une joie sans nom
et j'éprouve une joie sans nom à ces retrouvailles
comme le chien qui retrouve son bâton
laissé la veille sur le chemin,
le saisit en travers de sa gueule et rentre avec.
Le bâton est bien trop grand pour passer le portillon
mais qu'importe, il l'a.
lundi 23 février 2026
mais sa pointe – mais sa pointe –
mais sa pointe – mais sa pointe –
pointe sûrement sans effort
en est plus miraculeuse et pointe
(je ne sais pas pourquoi on ne s’attend jamais au perce-neige,
exception végétale acérée
semblant s’extraire de l’amnésie)
elle revient à froid démontrer l’incoercible
l'incompressible nature, le rappel à soi.
Je vois le perce-neige comme la pointe de lucidité
éprouvant notre rapport au réel et
notre confiance
dimanche 22 février 2026
Un isolant.
Un isolant.
Sa sobriété – blancheur apposée
en isolant thermique sur la couleur,
ma sensation pourtant exacerbée – elle resplendit
dans la nuit blanche
et inspire la frugalité.
Le perce-neige la connaît
samedi 21 février 2026
Un souffle
Un souffle
– une fleur dans la galerie des glaces –
brouille la vision mais certifie la vie
le visage que je ne vois pas est bien là
en arrière de cette fleur respire expire-la
en vie – si possible avec la forme des disparus –
je clappe
mon appel se perd dans un palais vide, étincelant
ma fleur colonise sa transparence
vendredi 20 février 2026
Pantelante dans la nuit blanche
Pantelante dans la nuit blanche
– la galerie des glaces où sans cesse est réverbéré
l’écho de mon appel, un clappement de langue
que les chats entendent de loin
(devraient entendre) –
mais le gel certifie ma vie aussitôt qu’exprimée,
au sortir de la bouche.
Je le vois qui valide mon souffle piriforme
(un souffle qui opacifierait n’importe quel miroir, me dis-je)
jeudi 19 février 2026
Pourquoi chercher ailleurs
Pourquoi chercher ailleurs ce qui te fait défaut ? (ce que tu supposes ?)
Persévérance, le perce-neige te l’offre sans même que tu l’aies demandée.
Et innocence, ou est-ce ingénuité, candeur ?
La fleur candide qui déclare la blancheur
l’hiver comme une source regarde la couler
Regarde-la goutter.
Maintenant en bouquet candide
candeur absurde – mais seulement tant que j’ai ma raison –
tout juste exhaussée de la plaine gelée
et moi : toute exaucée ?
mercredi 18 février 2026
il tient
il tient comme on soutient un siège
(l’ennemi c’est ma perplexité, pas la neige
qui est son alliée
ma perplexité, elle, est seulement, la solution de continuité
du réel
elle cherche sous la neige sa confiance
son alibi soit un ailleurs pour prouver son innocence)
mardi 17 février 2026
Trois frêles ogives
Trois frêles ogives hors de la neige
se poussent.
Ce vigile assidu
dans un prosaïque effort et défi aux conditions extrêmes
tient
mieux se hausse
(haussement d’épaule : il est sa récompense à lui-même
constance et résolution)
lundi 16 février 2026
Bientôt l’olive
Bientôt l’olive – que dis-je l’ogive ! (la détonation) –
immaculée à nos yeux.
Je voudrais être là. J’attends
qu’il brise la glace
qu’il attente à la mer gelée
dimanche 15 février 2026
C’est sa puissance
[la plus petite goutte de son lait peut le conjurer [perce-neige]]
C’est sa puissance, comparable à celle
d’une larme de nitroglycérine touchant le sol –
comme la légende est tenace ! – et il relève le défi de la détonation
puis celui de la sympathie
pour nous exploser à la face et à l’esprit
sa goutte distillée vers le haut c’est sa subtilité
brise le silence
et la réserve
vendredi 13 février 2026
Cet état d’esprit
Cet état d’esprit – perplexité rendue à l’évidence,
comme une reddition à l’hiver –
la plus petite goutte de son lait peut le conjurer [perce-neige]
jeudi 12 février 2026
Volonté d’acier.
Volonté d’acier. De neige,
la couverte d’acier blanc sous l’empressement du vent,
dure flagrance de l’esprit
insondé
éblouissant (clair et insondé)
sa clarté m’éblouit
je voudrais être là, sous la neige, quand il percera l’évidence
mercredi 11 février 2026
Et je crains plus encore l’oubli.
Et je crains plus encore l’oubli.
Neige vient réarmer notre volonté. Cémentation.
– dur comme fer le savoir que j’ai de la vie,
enzymes catalytiques, métabolisme, chaleur, phéromones, mobilités –
mais l’être ?
Mais ma Petite beauté ?
Faire confiance à la neige.
mardi 10 février 2026
Le vent qui est une autre rigueur
Le vent qui est une autre rigueur
assèche l’éternité – alerte, qui-vive, alerte – (lui tel un estropié qui se presse
longeant les murs hante notre obscurité) son instable menace
menace façades et plans – portail – battant
et précipitant, des faisceaux d’indices à l’oreille attestent
le sac de l’instant – c’est ce que je crains –
lundi 9 février 2026
Le lendemain c’est la débâcle.
Le lendemain c’est la débâcle.
La gaine blanche a glissé le long du tronc
le sol s’est dérobé dans le sol
sans dissipation des appréhensions.
Un vent nommé Goretti s’est levé.
Renée Nicole Good a perdu la vie sans sommation.
“make room for wonder” disait-elle « laisse de la place pour l’émerveillement »
samedi 7 février 2026
La rigueur de sa fleur
La rigueur de sa fleur s’empare du jugement.
Sa pureté incorruptible nous fait croire
à une éternité. Combien de temps durera-t-elle au fait, cette éternité,
cette fixité blanche perpétrée sur toute la branche
toute la ramure ?

