lundi 2 novembre 2026
Moi je m’effacerai toujours
Moi je m’effacerai toujours
mais lui témoignera du désir de reprise.
De mouvements dont les traces fragmentaires
existent jusque dans ma langue.
La colonisent, rhizomatiques.
Et l’image témoignera, elle
de mon passage en ce lieu
où j’aurai observé une à une la passation des bien-fondés.
Où j’aurai osé les conjonctions ?
Articulé, conjugué les mobiles ?
Accordé quelque chose à mon grossièrement
vital dépendant (et dommageable)
instinct
à jamais adossé à lui.
Comme en suspend
l’instinct vit là – sur le site même du mystère
définitivement lié à sa vie de jardin.
dimanche 1 novembre 2026
Arrêtons de dramatiser la finitude dis-tu
Arrêtons de dramatiser la finitude dis-tu.
C’est de cela qu’il s’agit.
Mortel jardin, en lequel
je voyais notre propre finitude ?
Jardin, les images conservées
– Éden –
dans un autre espace
(une passerelle mentale à réaliser)
et dans un tout autre espace
un geste de vigilance
l’élaboration d’une image
nouvelle.
samedi 31 octobre 2026
Mais, on croit ce qu’on entend, pas vrai ?
Mais, on croit ce qu’on entend, pas vrai ?
Et n’entend-on pas un désir de reprise ?
De combler le vide – l’été par le vide
que ce fut –
vide (par là s’entend : le goût du manque à passer paisible)
causé par un soleil trop scrupuleux
sourcilleux
(soucieux – de haut – le soleil)
comme un marteau à la forge
(une montagne assertive,
l’assertion en flagrance)
sur tous les fronts
frappa
fort
(et plus encore) martela :
la terre laminée à chaud
(le la de le forge)
(la mesure exacte)
tout fut bien forgé
(bien que
ce que l’on se pensait en droit de voir
advenir ne le soit pas :
couvées, fleurissement, grâce et fruitions)
vendredi 30 octobre 2026
Considérer en cette infime partie visible
Considérer en cette infime partie visible
l’énergie d’une étendue plus vaste, monde-
partition qui n’est pas
papier à musique
mais qui fluctue, s’ajuste : monde à monde.
Sûrement sûrement tout change.
Papier à musique :
voilà le besoin de ponctuer
– débiter, mesurer –
des tronçons perçus du monde
dont le jeu – le mouvement –
échappe le printemps-ci l’été-là
l’automne
(ici, là : selon l’ordre que nous voulons immuable)
Sans bruit l’anémone le sait qui repousse sa rose.
jeudi 29 octobre 2026
Personne ne croit vraiment à un printemps
Personne ne croit vraiment à un printemps
– surtout pas elles –
personne ne croit que ce soit le moment
– de croître – non, mais l’énergie de celui qui joue son va-tout
et saisit l’opportunité de regain.
Repartir, reparaître.
Les anémones du Japon September charm y croient,
les véroniques gentianoides, le magnolia de Soulange.
mercredi 28 octobre 2026
J’en reviens aux herbes
J’en reviens aux herbes, les petites,
qui ont su profiter de la moindre goutte. Plus vertes
d’avoir manqué la saison, comme novices
– de nouveau et du début – elles montrent un allant
printanier, mais ténu, déjà presque essoufflé.
Leur vigueur à un fil tenu, elles aussi.
mercredi 21 octobre 2026
Étincelants chemins de grave blanchie
Étincelants chemins de grave blanchie
vacillant dans la chaleur (et stériles)
entre les herses.
Il faut me familiariser avec la poussière
et l’érosion. La déception –
puisque j’ai la mémoire des saisons –
le retour déconfit.
L’indigence des images, l’impossible projection.
(Se résigner au manque d’images)
mardi 20 octobre 2026
Pas de bataille avec l’aiguillon
Pas de bataille avec l’aiguillon
pas de sang versé
(et pas de trophée)
Je suis déconfite le fil imagé
à travers le dédale des chemins blancs.
lundi 19 octobre 2026
J’erre privée de récolte
J’erre privée de récolte en cherchant ce qui aurait pu être
ma prise.
Dés minuscules et pulvérulents
durs comme du gravier
et mangés de rouille.
La moisissure grise apparue comme une fleur
dès la première pluie.
Pas de bataille avec l’aiguillon
pas de sang versé
(et pas de trophée)
Je suis déconfite le fil imagé
à travers le dédale des chemins blancs.
dimanche 18 octobre 2026
Il n’y a – n’y aura – pas de mûres :
Il n’y a – n’y aura – pas de mûres :
la saison aura sauté ces caillots succulents.
Les ronciers exsangues le long des chaintres
comme des herses étrilles
hors d’usage, pathétiques.
On perd le goût et l’usage du fruit,
reste la marche entre ces murs sans accent.
Il n’y a – n’y aura – pas de mûres :
la saison aura sauté ces caillots succulents.
samedi 17 octobre 2026
Mais cela oblige : qui ?
Mais cela oblige : qui ?
Je veux suivre la courbe déferlante
la fétuque élevée
jaune miel dans la lumière oblique
à travers laquelle remonte la verdeur du regain.
L’herbe nouvelle
par zones sur l’austérité des bruns,
noirs de chaume, reprend.
vendredi 16 octobre 2026
C’est ainsi qu’ils s’occupent du monde ?
C’est ainsi qu’ils s’occupent du monde ?
C’est ainsi qu’ils occupent ce plan vertical
écran lumineux où se joue la tragédie ou la comédie
– suivant mon humeur ? –
ou bien la pantomime de la page blanche ?
Lérot, ton masque ne fait pas de toi le préposé à
la comédie, ni l’obligé d’une quelconque signifiance.
Tu ne caches rien derrière ton masque. Tes va-et-vient entre cour et jardin
sont peut-être de simples mises en jambes dans la nuit d’été.
jeudi 15 octobre 2026
Quelquefois rien.
Quelquefois rien.
Hier ils étaient trois lérots, comme
pour prouver leur capacité de multiplication indéfinie
alors que la végétation semble se réserver pour s’épargner ?
– ou se retirer – ?
La prolifération mise en scène, jour après jour
pour garantir la continuité du rêve ?
La perpétuation de l’imagination (prodigalité d’images) ?
mercredi 14 octobre 2026
Des caquètements –
Des caquètements – mâchoires se ferment sur rien
(comme nous, bientôt sans mobile et
rien sous la dent) : c’est la frustration qui se fait entendre
(comme moi, à scruter
les états de la couleur et du goût
le problème étant le point de comparaison
comme toujours ou
comme jamais ?) –
Des caquètements criblent l’espace
le grand blason d’or et de sable
pour estrade et champ clos
mardi 13 octobre 2026
Comme dans un rêve ils sont deux,
Comme dans un rêve ils sont deux,
deux lérots maintenant parcourent
– côté nuit – l’embrasure de la porte vitrée
entre les sarments bouclés de la treille et
les feuilles contournées du figuier.
Se sachant hors d’atteinte ils évoluent
sous le spot extérieur comme en piste,
suivis dans leur jeu par deux chats
confinés derrière la vitre.
Nuit écartelée d’or et de sable,
nuit d’armes inégales mais subjuguées
se blasonne ainsi dans le rêve.
lundi 12 octobre 2026
Le poème ainsi
Le poème ainsi
– densément tissé de toutes les combinaisons –
a une vie autonome (une forme,
une profondeur)
qui offre simultanément une compréhension immédiate
et une résistance. Tout parle la langue de l’idiome
(comme un rêve lisible par d’autres)
samedi 10 octobre 2026
Une approche intuitive
Une approche intuitive,
vérifiée – certifiée – par la seule sensation.
Pas à pas mot à mot, comme à tâtons
vers la racine renouvelée du mobile.
(non que la vision nous trompe
mais les mots réalisent la prodigalité d’images)
(un hérisson aussi petit qu’un oursin
échoue par deux fois à mes pieds,
en plein après-midi
comment ne pas voir la vague itérative
refaire l’image ?)
vendredi 9 octobre 2026
Réfraction, ce que fait un poème
Réfraction, ce que fait un poème
malgré toute notre bonne volonté
et le « devoir de vérité » dont je me suis fait le serment.
À part moi (mon for intérieur troublé
de ce que cet engagement est si facile à détourner par l’image)
je me demande en quoi « alvéoles » est plus vrai
que « fleur » ou « phosphore ».
J’ai de bons yeux encore. Ou bien cette vérité se situe-t-elle
quelque part entre les termes, au point effectif de leur croisement – explosif –
qui, distordant l’image, permet l’approximation,
l'éclosion de la réalité.
jeudi 8 octobre 2026
Je pense aussi à un cristal de phosphore blanc
Je pense aussi à un cristal de phosphore blanc
lévitant dans l’ombre clairsemée
ocelles approximatifs
l’air vibrant de chaleur propice
aux mirages.
mercredi 7 octobre 2026
Corneilles accro
Corneilles accro cette fois-ci défendant la place et
vindicatives.
Bataille bruyante dans la cime du charme aussi.
L’arbre se départ de sa passivité et renâclant
s’ébroue.
Toute la cime chavire,
déverse des débris d’alvéoles
d’une blancheur diaphane.
Au pied du tronc fleurissent d’incomparables fleurs de cire.
De gros capitules albinos
posés en suspension dans les herbes
oscillent lentement
ces fleurs, éblouissantes de candeur
dans l’été noir.
Translucidité effrayante.
La structure vide de tout couvain, miel, pollen
éclaire sous le charme
(sa pâleur étale)
mardi 6 octobre 2026
Implacable le soleil
Implacable le soleil
sur les cimes qu’on scrute les yeux mi-clos,
la main en visière.
Le jardin est scellé, retiré en lui-même
– un corps émacié, livré à la lumière
et suffoqué
(lividité et rigidité du cadavre )
requiescat in pace –
Mais la vie sans humilité résonne dans ces interstices
comme sur une charogne.
Bruyamment captif de ses hôtes
l’arbre est un ring, non le havre.
Lutte féroce à tous les étages.
lundi 5 octobre 2026
L’aridité nourrit aussi.
L’aridité nourrit aussi.
La vie persiste, tenace. Dure.
Aveuglante et féroce bataille dans le figuier
pour l’humide feu de la figue.
La goutte vitale enfin distillée.




