jeudi 22 avril 2021

Vers primevoire 31 ( février 2017 )




 

À fragmentation 73


 

Voilà, pensé-je

Voilà, pensé-je, comme avril entraîne par le fond
ce qu’il a juste propulsé, voilà ! et les mésanges, aucune consolation,
et les tourterelles où sont-elles ? On pensait percevoir un sens
à l’entreprise, erreur ! Du vent, rien que du vent !
Distraits par la fleur à son resplendir, on en oubliait la fin incertaine,
 
pris au piège des trente-six chandelles au diapason du printemps.

mercredi 21 avril 2021

Vers primevoire 30 ( février 2017 )



 

À fragmentation 72


 

Du gel

Du gel, au magnolia de Soulange, à la cerisaie, aux
Dicentra spectabilis entre les dalles, la contraction lamentable.
Épargne-moi la séquence du Cœur-Saignant trop précoce, flageolant
sous la glace. Forcément, je pense à la Piéta, socle évidé et corps
dérobé sans l’être, hélas, avril ! (c’est toujours une élégie)

mardi 20 avril 2021

Vers primevoire 29 ( février 2017 )




 

À fragmentation 71


 

Dans un registre primitif

Dans un registre primitif ta peur s’étend. La tessiture
vernale tue : d’abord la cerisaie, trop vraie pour n’importe qui,
dont l’énorme candeur te renverse, et à tes pieds, parce qu’il fait six,
le grésil s’émie sur la terre crue. Qu’as-tu vu, entendu ?
Tu ne sais plus si c’est la rumeur ou le répit.
 
Avec la métrique qui se désajuste comme une vague,
- au-dessus d’elle les oiseaux grappillent les miettes de soleil -
les bêtes ingénieuses la voient comme un flux, moi, comme un surcroît
d’intensité, une trop vive lumière au sortir d’un tunnel
exacerbe la fleur, nerveuse, en la désagrégeant déjà.

lundi 19 avril 2021

Vers primevoire 28 ( février 2017 )




 

À fragmentation 70


 

Peut-être est-ce l’esprit triomphal

Peut-être est-ce l’esprit triomphal et bruyant qui t’effraie ?
Ferme les yeux : l’accrue de rumeur, la superbe vigueur, tu la sens
jusque dans les muscles courbatus. Par défaut ta peur justifie
ta réserve. Retenue, la joie fait mal. Ne cours pas, demeure !
Ne meure pas, écris !
 
Le printemps, la chambre : sont pleins de cette joie ; toi seule la retient.

dimanche 18 avril 2021

Vers primevoire 27 ( février 2017 )



 

À fragmentation 69


 

Éblouissements, vertiges.

Éblouissements, vertiges. La cerisaie abonde, à la criée
par-dessus nos siestes dilettantes. À genoux nos émois vers
quelques thyrses blancs, déjà aliénés. À genoux. Déjà ! je me suis dis, 
que vivre étrange ! Croître est le credo de cette alacrité
à corps et à cri, mais au fond la perspective chute.

samedi 17 avril 2021

Vers primevoire 26 ( février 2017 )


 

À fragmentation 68


 

Péril, tu le sais montant.

Péril, tu le sais montant. D’abord il y a l’herbe différente,
plus profonde. Que les genoux marquent. Et cette alacrité
générale, vigueur et clameur, euphorie tragique des débuts :
même l’œil germe, subjugué par l’esprit d’attaquant, bien
malgré lui - est-ce que je me fais comprendre - l’esprit vernal.

vendredi 16 avril 2021

jeudi 15 avril 2021

Vers primevoire 24 ( février 2017 )


 

À fragmentation 66


 

Une seule idée

Une seule idée ; et le verger entre avec toi
dans le poème, ou sa force de persuasion te confond
telle que tu es, au sortir de l’hypnose, te réveille et te secoue.
La densité t’impose son sens dessus dessous rayonnant,
peu importe, c’est la profondeur du réveil qui compte.

mercredi 14 avril 2021

Vers primevoire 23 ( février 2017 )


 

À fragmentation 65


 

Il y a bien la guerrière

Il y a bien la guerrière du Livre des échecs amoureux moralisés
elle se tient debout en armure avec sa lance et à son flanc le bouclier à tête d’oiseau.
Est-elle souveraine ou Demoiselle ? Sa têtière à plume est couronnée  
d’un houppier verdoyant où vient se poser un corbeau - presque un jardin -.
Contre toute attente elle semble jouer en défense.

mardi 13 avril 2021

Vers primevoire 22 ( février 2017 )


 

À fragmentation 64


 

à la vue des sept cerisiers

à la vue des sept cerisiers couverts d’or matutinal,
à l’écoute de la stridence printanière. Et déjà,
les mésanges frappent au carreau. Gagner du temps : or
on ne peut recourir qu’au pauvre moratoire du poème,
unique expédient pour écoper ce qui déborde.

lundi 12 avril 2021

Vers primevoire 21 ( février 2017 )


 

À fragmentation 63


 

nous voici

nous voici homme-oiseau, renversé, engrené malgré nous
dans la concaténation catastrophique des causes, chutant devant
le compresseur immémorial, vrombissant, léger, effroyable.
Une charge. Perdues les notions élémentaires, dessus, dessous,
perdu tout centre de gravitation. Collapsus musculaire, puis général,

dimanche 11 avril 2021

Vers primevoire 20 ( février 2017 )


 

À fragmentation 62


 

Or nous voici à l'aube

Or nous voici à l'aube, réveillé par la subversion totale des cerisiers,
une nouvelle fois. Comment dire ? Par la folie des oiseaux.
Comme si nous nous levions pour la première fois,
cette floraison asymptotique, dit-il à juste titre, 
comme l’alerte et la révélation produite, nous fait perdre pied :

samedi 10 avril 2021

Vers primevoire 19 ( février 2017 )


 

À fragmentation 61


 

mais les affaires continuent

mais les affaires continuent quoique nous éprouvions cette attraction.
Il y a cet autre char, le nôtre, celui que nous conduisons.
Nous nous détournons inassouvis, on dirait qu’il n’y a aucun moyen d’échapper
à la raison qui nous fait faire nombre de gestes inessentiels
autant qu’inadéquats, tels que tondre l’herbe ou entretenir les surfaces.

vendredi 9 avril 2021

Vers primevoire 18 ( février 2017 )


 

À fragmentation 60


 

Appellative et déliée

Appellative et déliée elle reprend avec le rossignol. Cette affûtée
voix du dedans foisonne en trilles clairs, c’est une clameur commune,
si commune, qui pourtant surprend par sa nouveauté.
Chaque jour franchit un seuil, et la nuit elle chante dans le tilleul noir.
Son chant alors roule comme le terrible et attractif char de l’idole,

jeudi 8 avril 2021

Vers primevoire 17 ( février 2017 )




 

À fragmentation 59


 

Dis-toi bien ceci

Dis-toi bien ceci - ceci ? Mais je ne fais que ça !
Car je te parle seule (car c’est pour toi seule ce que je sais
de la voix intrinsèque, confiée à la nuit), je ne dis que… Gaie !
La re-voilà, gaie, injonctive, volontative, la voix qui dit
- qui dit l’augment printanier -.

mercredi 7 avril 2021

Vers primevoire 16 ( février 2017 )



 

À fragmentation 58


 

Maintenant c’est la nuit de nouveau

Maintenant c’est la nuit de nouveau, parcourue de ruisselets
aux intonations étranges sous les chéneaux
et à l’aplomb des gouttières, oh semences, accourent aussi les cardinaux,
livrés avec les trois stères de bois putrescent, en partie écorcé.
Dans l’ombre je sais le rouge des tulipes chaviré, et les buissons tremblent.

mardi 6 avril 2021

Vers primevoire 15 ( février 2017 )




 

À fragmentation 57


 

Songe-creux

Songe-creux, me dira-t-on, oui, comme le songe-creux entretient,
en regard et de concert, les longues conversations silencieuses
imprégnées des êtres et des choses, leurs tonalités, leurs pulsations,
leurs ombres, toutes qualités observables, à l’opposé de l’idée, néanmoins,
qu’on s’en fait couramment. Colvert immergé sous son aile, l’œil aux aguets.