lundi 31 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 18




D'un peu de temps 105


Disons qu’il se dérobe

Disons qu’il se dérobe, se retire
en son fond - ce qu’il a de plus avisé
et de plus aguerri - son unique salut :
sa nature volcanique et trempée.

Que faire d’une bête éruptive
presque aussitôt disparue, me dis-je
par la brèche éponyme
sinon lui céder en pensée ma cheville ?

dimanche 30 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 17





D'un peu de temps 104


Mais alors

Mais alors il est pétri par les battements.
L’effroi produit, peut-être, des mouvements
de convection qui sait, de lui au lieu
de lents refroidissements magmatiques,

transmue son sang de solide amorphe
à l’énorme viscosité. De cet état de fluide figé,
qu’on dit vitreux, de son immobilité cloisonnée,
je pourrais déduire que ce lézard est de verre ?

Oh, non ! je dis, ne va pas naïvement sous-estimer
le sang-froid des émaux, ni la confection
du labeur, ce travail d’impression de longue haleine,
encore moins la non commutativité des mots.

Disons qu’il se compose, s’immisce, se coule ou s’introduit,
anguis lapsus*, sous l’effet de sa peur se glissant
dans la plus petite brèche de l’agglomérat. Disons
qu’ils se fond dans le fond du décor.

*Anguis lapsus ( le serpent se glissant ), Virgile, Énéide, VII, 349

jeudi 27 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 14


D'un peu de temps 101


Sa sentence égarée

Sa sentence égarée

- il est là, incrusté dans la pierre
dont il emprunte le grain et la couleur,
comme à toute singularité réfractaire.

Insufflant la vie au granit moyennant
la pompe de ces flancs mous ( son intelligence avisée la pénètre
de sa viscosité exemplaire, c’est sa mue )
puis il n’est plus là -

irréversiblement absent sans qu’on l’ait vu disparaître
comme un défi à qui voudrait déceler son être.

mercredi 26 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 13




D'un peu de temps 100


Je m’abandonne

Je m’abandonne à son nom des murailles
et me coule dans le sillon de l’épigraphe imprévisible
dont je voudrais épouser la sentence. Sa forme cerne et reçoit.
Bientôt je chevauche son nom et son absence
jouant des ajustements possibles.

Autant de figures. Me voici dite,
emportée avec la formule
chevillée à elle comme avec le hasard - la sagacité du saurien -.

mardi 25 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 12






D'un peu de temps 99


La formule fuyante

La formule fuyante sur la pierre
de l’escalier. On lui dirait des ailes
mais non. Quand je le pensais gravé,
immobile, palpitant certes, ce petit lacertien

s’est fait la malle sans laisser d’adresse. Je ne lui en veux pas.
Qu’est-ce qu’une cheville quand on en a deux,
et moult articulations bien portantes, et
un règne assuré peu ou prou sur tout le jardin ?


( Prou - je le reconnais -
sauf en cas de lézard acerbe sur le manche

- quoique son corps affûté eût fait probablement une bien belle figure d’étrave sous le beaupré de mon navire imaginaire et privatif -

J’adopte l’œil aigu, l’affût, la lame
la formule gravée dans la pierre

la proue dérobée.

Et la cheville se remet. )

lundi 24 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 11




D'un peu de temps 98


L’œil fixe du lacertien

L’œil fixe du lacertien !
sur la pierre méridienne
précède l’éclair de sa disparition.

J’ai reçu l’épouvante en partage.
D’un trait alerte il a fait chavirer  
les signes à l’intersection de paysages
perpendiculaires, le sien, le tien.

Ce fut ma cheville en tribut,
soumise au pas pourtant non propulsé.
Terreur de règnes non promulgués.
Était-ce une épigraphe ? Incertain saurien.

Lieu et formule.

dimanche 23 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 10


D'un peu de temps 97


Juste à l’instant

Juste à l’instant où se posait le pied
juste à l’instant où suspendu
tombait le poids nonchalant
- le poids trop confiant - de sa propre hauteur

sur la marche face au midi
l’éclair métallique d’un poignard
déchirant mes ligaments s’encourut.

samedi 22 août 2020

Mesurer ( mars 2016 ) - 9







D'un peu de temps 96


Il dit

Il dit : le poème doit résister à l’intelligence*
et c’est ce qui est réjouissant. Le sens est conçu
à travers l’expérience vécue avec les mots.
Le poète se compose dans son poème,

qui en devient sa forme. Nul besoin d’un palais alors,
comme il n’est nul besoin du palis de l’identité
pour être un monde au monde. Une rose est appendue
à la clef d’arc - et l’esprit au mascaron - parvenue indifférente à sa maturité.


*Wallace Stevens, un homme qui porte une chose, Description sans domicile, Éditions Unes, 1989, p. 63, traduction de Bernard Noël, ( Transport to summer )