mercredi 31 mars 2021

Vers primevoire 9 ( février 2017 )


 

À fragmentation 51


 

On peut penser être quelque part

On peut penser être quelque part
et faire quelque chose de bien - disons ce qu’on a à faire -
le mieux que l’on puisse, comme ici se faufiler
et tenter d’ouvrir la portière sans accrocher celle d’à côté
ni tacher son manteau, on peut tenter d’échapper aux corbeaux.
 
On a beau le savoir, s’évertuer, voilà ce qu’on fait sa vie entière.
S’évertuer, épargner - soustraire - (en pensant faire),
prémunir (c’est toujours contre), en premier lieu contre l’amertume :
c’est toujours contre qu’arc-bouté on se glisse dans l’auto
heureux d’avoir seulement épargné la peinture et le manteau.

mardi 30 mars 2021

Vers primevoire 8 ( février 2017 )





 

À fragmentation 50


 

Les laies sont tracées grossièrement

Les laies sont tracées grossièrement au tracteur,
pour séparer les coupes. Même les bois sont réglés
à l’usage de l’homme. Un remblai de branches pilées ou
un hachis de tuiles comblent les ornières, ainsi les allées
font moins débâcle, moins peur la flânerie.
 
Or c’est toujours la ligne suivie, un tracé déjà là,
nous précédant de loin, sans fin, sauf quand on parvient
à un champ : même vieux champ flagrant à cultiver,
aire vaste à ruminer, sans savoir ce qui nous arrive vraiment,
sans bien saisir que le point de vue nous oblige.
 
(et on ne peut pas être oiseau, non, plutôt
même on peste contre cette hérésie nombreuse
qui nous survole, tenez les étourneaux par exemple,
ou encore les corbeaux dans les platanes de Chamars,
insensibles au génie urbanistique, et qui conchient nos autos,
 
pourtant quoi de plus beau qu’un corbeau,
sinon la beauté au centuple d’un bouquet de corbeaux ?
Ô topiques impassibles, dieux forcenés du stationnement,
corps lancéolés que le vent chahute dans la charpente
plus loquace, cet œil fixe de sorcier hypnotique)

dimanche 28 mars 2021

samedi 27 mars 2021

Vers primevoire 6 ( février 2017 )



 

À fragmentation 48


 

Un autre jour

Un autre jour je lis un livre intitulé Sauf.
Y est écrit à la page 48 :
Nous avons franchi la moitié du monde
nous connaissons l’itinéraire depuis
le début, depuis que nous sommes oiseaux :
 
martinets fidèles continuons
à voler tout en dormant.* Oui,
mais un vol continu n’épuise pas l’espace. 
Même en nous attelant ainsi à décrire la façon dont
les choses nous arrivent, nous n’épuiserons pas le réel.
 
Depuis que nous sommes oiseaux nous brandissons
la lance. D’un trait affirmé, le désir décisif - le projet -
de tracer la vie. Tandis que dans ce frais sous-bois balise
seulement l’œil ciselé de la petite éternelle scille
à deux feuilles, l’étage collinéen.
 
 
*Fabrice Farre, Sauf, Éditions du Cygne, Domont, 02-2021

vendredi 26 mars 2021

Vers primevoire 5 ( février 2017 )




 

À fragmentation 47


 

Car l’oiseau est lancier.

Car l’oiseau est lancier. Petite phrase assassine, extase assassine.
Est-ce suffisamment audible de là où nous sommes, c’est-à-dire
loin en aval du Puits, c’est-à-dire ignorants de nous-même, au fond,
l’image habitant la mémoire à notre insu, comme une lance à barbelure
fichée en plein corps ouvre la brèche par où s’épanche l’humeur
 
- viscères ansées sans fin, en boucle - mais nous ne savons pas qu’elle
est la cause (d’ailleurs quelle est la cause de la mort, la vie ?),
mais nous ne savons rien, hormis la musique qui est à l’intérieur,
qui confère la mesure au gabarit avec lequel nous envisageons  
le monde : ainsi en sortant aujourd’hui pour la première fois je vois
 
la floraison des corniers ou fuseliers, dont le bois exceptionnellement dur
servait dans l’antiquité à fabriquer les lances. Je veux dire que je n’avais
auparavant jamais remarqué leur floraison en lisière des taillis d’ici. Pourtant
c’est un nuage de soufre qui vitriole la couleur mentale. Pourtant
je passe devant ces multi centenaires drageonnant depuis toujours.

jeudi 25 mars 2021

Vers primevoire 4 ( février 2017 )




 

À fragmentation 46


 

Il le ressuscite éternellement

Il le ressuscite éternellement, il l’excite. Sentiment de fébrilité face
à la conjugaison des signes, à leur développement. Ils ont libre cours,
et commencent à donner la mesure et s'acheminer vers leur épanouissement.
Dehors, l’œil à l’essor fait face à l’érable. Essor de l’imagination en regard.
À défaut du dernier mot, le lancier aura eu le premier trille.

mercredi 24 mars 2021

Vers primevoire 3 ( février 2017 )


 

À fragmentation 45


 

Il a sondé le motif au fond du Puits

Il a sondé le motif au fond du Puits - la resserre -
là où ne gît pas seulement la Beauté, mais l’étymologie.
Au retour, c’est une constellation mixte de figure(s) et d’affect(s)
émiettée, discontinue, modifiée et déplacée, en somme réarticulée*
- disons un poème -
 
qui prend naissance ici, à même l’os pariétal, sur le site de Lascaux.
La musique sort du Puits et sort du saxophone, progresse par le pavillon
jusqu’à l’âme où s’enlace le thème aux arborescences mentales et réelles,
- c’est un érable champêtre ou un  platane soufflé par le vent - qu’un essor
de corbeaux ressuscite, car le motif hante aussi bien le corps que les mots.
 
 
*Notes sur l’oiseau, l’extase et le fracas, Hors champ, novembre/décembre 2020,
Barbara Le Maître

mardi 23 mars 2021

Vers primevoire 2 ( février 2017 )


 

À fragmentation 44


 

Essaim comme une source dont je dépends

Essaim comme une source dont je dépends
- ligne directe d’évidence -. Revoilà la lignée ! Elle danse !
Et lui demande encore : la psyché naît-elle du vide ?
(C’était, si j’entends bien, en lisant à même la roche du fond du Puits,
 la renverse cataleptique de l’homme-oiseau face au bison).

lundi 22 mars 2021

Vers primevoire ( février 2017 )


 

À fragmentation 43


 

Oui, peut importe ce qui peut arriver

Oui, peut importe ce qui peut arriver maintenant, il suffit
que je sache le reconnaître, et rendre l’essaim explicite,
je veux dire l’essaim printanier des choses et des idées,
ce son bien particulier qu’a l’air en ce moment, et d’avertir,
inspiration/respiration, il est évident que chaque image y trouve sa place.

dimanche 21 mars 2021

Commedia 30 ( septembre-octobre 2016 )


 

À fragmentation 42


 

Comme ils ont impulsé

Comme ils ont impulsé son rythme à la journée
scansion toute antiphonale de l’aube au coucher
- à peine contredite par l’intrus, c’est un chat qui pénètre dans le champ,
ou parfois moi - ils ont impulsé son rythme à mon pas et ma pensée
la voici portée jusqu’à la nuit.

samedi 20 mars 2021

Commedia 29 ( septembre-octobre 2016 )



 

À fragmentation 41


 

Là j’entends Clayton Eshleman

Là j’entends Clayton Eshleman - qui est mort
dernièrement - poser la question :
Et c’est quoi, le destin ? Cet érable qui se brise en hécatombe de feuilles ?
Un vautour qui dévale par-derrière un groupe d’affamés ?
ou le destin gît-il à l’intérieur de la lignée ?*
 
Je ne sais que penser, la question me plonge dans la perplexité.
Et justement les voici pour incurver notre nuit - c'est-à-dire
lui donner forme et apparence terrestre - les oiseaux
qui traversaient l’après-midi à tire d’aile, les voici venir-
agir à la volée, lignée en tête, et d’une seule traite.
 
 
*Stitt fin souffleur, Clayton Eshleman, traduction de Auxeméry pour POEZIBAO

vendredi 19 mars 2021

Commedia 28 ( septembre-octobre 2016 )



 

À fragmentation 40


 

Lui nidifie avec le détail et la précision

Lui nidifie avec le détail et la précision. Avec le sûr
instinct que nous voulons reconnaître aux animaux et
valorisons chez eux, mais dont nous nous défions
pour nous-mêmes. Je veux connaître les détails éminents
où ils trônent essentiels, c'est-à-dire à la fourche de l’arbre.

jeudi 18 mars 2021

Commedia 27 ( septembre-octobre 2016 )




 

À fragmentation 39


 

Moi je m’effraie de ne pas bouger

Moi je m’effraie de ne pas bouger,
je laisse passer bien des choses, incapable
de distinguer leurs singularités. Ce qui ne signifie pas
que je voie l’ensemble : les disparités font un chantier
aveuglant quelquefois pour l’assoiffé de précisions, sans cesse insatiable.

mercredi 17 mars 2021

Commedia 26 ( septembre-octobre 2016 )



 

À fragmentation 38


 

Je suis un son étrange

Je suis un son étrange, son objet étranger et aphone, celui dont
il n’a cure, comme il n’a cure de l’astreinte, comme il vit.
Regarde-le, peut-être juste à côté du nid mais là,
sa persévérance est une arme. Et j’ajoute, puisque je suis
là aussi, le silence transpercé de ses cris.

mardi 16 mars 2021

Commedia 25 ( septembre-octobre 2016 )





 

À fragmentation 37


 

Dans un sens il reste un fil

Dans un sens il reste un fil, acéré il fend l’air léger,
un flou pénétrant dans mon dos qui produit une sensation aiguë,
un courant d’air, ou bien posé à l’extrémité d’une branche qui le balance,
ou encore en vol stationnaire. Dans un sens sur le fil
chantant et son chant comme un sabre expose l’air.