dimanche 17 février 2019

Narcose 69


Pas seulement le grès


Pas seulement le grès - qui est sable consolidé -
se dissocie et s’évase en or graduel
fleurissant tantôt. Aussi s’écoule à travers la concavité
de deux mains associées la lumière du soleil
composant les motifs variés de notre nature

samedi 16 février 2019

Narcose 68


Ainsi la vie


Ainsi la vie est une cause - une -
entrevue ( avec l’écriture ) - cause
qu’on approche seulement
balbutiant - Qu’entend-on ?
Ce que rien n’arrive à dire
en une seule fois - pour toutes je veux dire : une -
est - heureusement ! -
heureusement est à redire
toujours sans présumer du résultat. Du jeu dans la fonction
vitale et relative de toutes nos questions.
( il est probable que ce jeu soit une réalité plus vraisemblable )

vendredi 15 février 2019

Narcose 67


Tout parle


Tout parle.
Les marches aussi parlent
en fondant avec la neige qui les recouvrait.
Ce qui - ce rien - s’écoulant en particules infinitésimales
est la force qui rénove la terre, en premier lieu l’herbe
au pied de ces blocs, sera verveine sauvage et violette cordée.
L’ancolie colletée tu la verras aussi.
Est-ce ainsi que les pierres fleurissent ?
Au froid soleil, veux-tu bien
caresser avec moi l’herbe qui a déjà digéré la pierre ?

jeudi 14 février 2019

Narcose 66


Par temps clair, que dire ?


Par temps clair, que dire ?
Sous le figuier dénudé ressuient lentement trois marches, des blocs de grès émoussés
- comme la sensibilité au temps qui s’écoule - usure polie, verte semonce :
- Vite cueillir ce qui n’est pas du sable ici mais le givre en
paillettes dans l’ombre d’un triangle de terre violette !
Mais voici ce que fait le temps : ces blocs un peu plus disloqués
dégueulent sur l’herbe mouillée le matériau qui les fonde.
Bientôt résolues ces marches comme l’est neige au soleil !

mercredi 13 février 2019

Narcose 65


Arbres sans question


Arbres sans question
et mots    - dont le mystère n’est pas la définition
mais l’association
indéfinie vertu inhérente et non réservée -

Je, je dis bien je
est une clef qui n’entre pas dans tout
- loin de moi l’idée - mais qui permet d’essayer,

dépose l’émotion dans un poème - une forme objective -

te dis, donc : la nuit vient quand sous le cerisier,
non loin du Douglas aux longs bras
- un géant qui vibre avec le vent et dont le tronc sinue
comme l’eau, effet de chute inéluctable, aux
aiguilles démultipliées de la pluie mille étroits pertuis brillent - je suis inclinée
dans l’obscurité déjà, à ramasser le bois pour le fagot,
où je vois - par le grand sapin qui l’enrichit - que la nuit
appareille

à toutes profondeurs, saluts, le houx, la houe
qui luit aux côtés, bonheur de la consonance, et majesté de la clématite
dans le vent de poupe, comme une gigantesque mue

mardi 12 février 2019

Narcose 64


Des chiens hurlent


Des chiens hurlent
- au nombre de sept -
sept dogues de fer (gris de Payne ou noir de vigne ) - mais pas dogues d’armure -
perclus de saisissement dans le chenil exigu
qui gît derrière la lune
et dans l’ombre qui tangue
cette fois-ci d’un grand Douglas - grand mât
de hune pensé-je -

le châssis craque
et à terre s’entrechoquent
arcs et quadrilatères
migratoires

en portiers de nuit apeurés par le lièvre qui tremble

lundi 11 février 2019

Narcose 63


Ces akènes


Ces akènes - pourvus d’arêtes plumeuses, pâles et fébriles comme des poussins -
( tes yeux, fleurs de glace et de neige
semées par des vents déchirants sur les cordages de navires avariés ; ta main levée,
une signature ambiguë ) -
bruissent dans le gréement du vaisseau qu’il m’a semblé - lui -

Je suis comme l'eau qui s'écoule et tous mes os sont disjoints ; mon cœur est comme de la cire, il se fond dans mes entrailles.

Rien ne s’épanche hors l’émotion - sensibilité thermique et dilatée -.
Il appareille
et moi de trembler - Tu me réduis à la poussière de la mort - en regardant dans le houx le vent
et la clématite à la frontière d’un champ.
Ce que j’entends ce sont des abois.

dimanche 10 février 2019

Narcose 62


Certes



Certes
mais
fustige une
houssine
- vers et avec le vent -
la pierre
d’un fer aigu - une h consonne - ou
une houe
à fendre le
vers

Au tranchant
qu’effile
en sûr poinçon
toujours plus
la battue.

nous persuade que çà et là un éclat

Il y a des fusains derrière lui
 - vent dans les verges élastiques -
et une clématite est enverguée au dormant du cerisier.
Tout à coup tout l’arbre bouge et branle
l’espar comme un joug. Départ clamé.
Les ailettes se défont et
- la soie effilée ici aussi
comme on soufflerait sur des oisillons -
amortissent
la tristesse

dans un moment de sustentation des ailettes
- anémochores  
et bien que je ne voie le moindre polygone jamais
et sans consolation ( y eut-il jamais chose à dire ;
nous ne nommons rien, il nous est seulement permis d’endurer
) -.
c’est ici que se dépose l’émotion

samedi 9 février 2019

Narcose 61


Comment dis-tu, déjà ?


Comment dis-tu, déjà ? On me voit venir au fond du jardin
- le refuge des verts - où la voix latine Ilex, ou francique hulis, huls
hulst, serine aiguë à toutes les pensées.

C’est là au début d’un pré et à la fin d’un champ
la lisière amortie où j’écoute le présent
sur un mur enlierré et un houx     au lustre
hivernal et hirsute - si c’est lui - dont la seule étymologie du nom
- ah l’outil acéré que voici - houspille l’oreille

Pourtant c’était en dryade timorée qu’on me le présentait
craignant la lumière ( mais pas l’éclat. )    Certes,

et la battue
     d’ une
sonore
     houssine
fustige     verte avec le vent
     la pierre nue
d’une consonne
- une h ? -     de fer
à fendre le vers

vendredi 8 février 2019

Narcose 60


Cendre dispersée


Cendre dispersée

Oui qu’elle aile
- et sans ternir du tout -
d’un unique battement se pourrait-il ?  
cet air lucide.
Je volerais bien avec elle.
Munie que j’apprenne - et comme j’appréhende
jusqu’à la clématite seulement ! dont elle couvre
les akènes soyeux d’un revers -.
C’est toute la distance qu’elle couvre encore.

jeudi 7 février 2019

Narcose 59


"Avec comme pour langage"


Avec comme pour langage 
un battement d’elle et l’œil rebond de la mésange
quelque part entre le cerisier et le frêne
l’œil en veine et l’air soudain matérialisé par le drapé
- comme le drap matérialise un corps fantôme -
des cendres à la volée

mercredi 6 février 2019

Narcose 58


Une mésange charbonnière


Une mésange charbonnière piétine en m’attendant.
Cette fois-ci je viens avec des cendres.
On nous voit de loin, moi mes reliefs et mes sabots
venir troubler le luxe de ce très lucide hiver
( au moins autant que tu voulus bien le dire Apollinaire :
On voit venir au fond du jardin mes pensées
dans ce qui est ma loge autant que celle des oiseaux : aire
meule précieux glacis, elles montent toucher à la lumière
avant de redescendre comme un large éventail pulvérisé en vol
poudrer la terre le sol de mes pensées déployées - dilapidées ? -
entre mes mains la voix sans paresse

mardi 5 février 2019

Narcose 57


Dans les champs


Dans les champs,
nous prospérons ou nous périssons au hasard,
dociles à la pluie et pour finir aussi à la lumière.
Est-ce que j’ai vu le renard qui a vu la mésange ?
Est-ce que le faucon m’a vue embrasser le regard
- interrogatif et grelottant - de ces quatre cervidés - hères
et biches ou chevreuils figés en file indienne - le profil statique
de fuite ininterrompue, tête de quart, exactement comme sur l'image ?
Dans le champ où tout est visible, de tous je suis la plus malvoyante
car à coup sûr la moins sujette aux abois.

Je promène mon ingénuité souveraine et ma débile
insouciance. Il est probable que je n’en réchappe pas.

lundi 4 février 2019

Narcose 56


Ensuite


Ensuite il y aura, qui sait,
de beaux manches pour merlins et cognées
pelles, pioches, haches, tous faits
de ce bois clair et nerveux,
et dont les biseaux recouperont le biais.
Ce sont-là des pensées infertiles, pensé-je
ou seulement lucides comme le temps

dimanche 3 février 2019

Narcose 55


Plus cinglant et plus dur


Plus cinglant et plus dur - la dure majesté de ce raffinement supérieur à l’opportunité,
lucidité infinie de ces sons, précision délicate du scalpel, cisellement du gel -
( l’opportunité pourtant dans le choix de l’outil )
et partant l’anesthésie et le froid de l'espace asexué

Gel : pour nombre d’espèces, manque résultant de la possibilité non exploitée, par exemple d’une occasion de s'implanter.
Pas pour les humains dont les chemins - forestiers s’entend -
sont rendus soudain plus praticables.

C’est une belle frênaie claire et élastique comblée de fougères brunes et de ronciers.
Loin au-dessus de nos têtes, les samares patientent en grappes,
akènes indéhiscents - c’est la resserre -
en tremblant doucement.

Espace et parole figés en un seul air.  

samedi 2 février 2019

Narcose 54


Ai pensé


Ai pensé à une couche à semis avec châssis vitré
pour y planter graines de tomates et courgettes.
Que me vaut cette pensée ? Une engelure
à l’œil, tandis qu’argumente une mésange pressée
sautillant de branche en branche sur le frêne large
au-dessus du fumier, pour sa compagne postée plus haut.
L’arbre étincelle dans le soleil précaire, tangent
au pré qui me fait face, l’arbre aux bouquets de samares
transies et collées par le gel, qu’on appelle aussi langues-d’oiseau.
L’œil pleure, la mésange guette les déchets de ma jatte
( du gras et des épluchures pour celle qui s’active ) jetés-là
sur les feuilles crêpelées de chou violacé et les graines de courge
filetées de chair orange. Mon offre est tentante, elle piétine impatiente.
Il gèle, tout me paraît plus lucide, et me chaut qu’elle attende mon départ.

vendredi 1 février 2019

Narcose 53


Très heureux hiver enfin


Très heureux hiver enfin
délacé du temps
- cette histoire en lasse plus d’un - arrange
une fleur de gel blanc
à sa boutonnière


Se voient déjà les - saillies - rouges poussées
à la cime des arbres étincelants
( moi je sais les pétales corniculés de l'ancolie )