vendredi 5 juin 2026

La croisée 42

 


(et cherchant plus loin

 

(et cherchant plus loin à propos du sort qui lui fut réservé

je lis qu’on échaudait les hannetons

après les avoir fait tomber en secouant les feuillages

– notamment celui des coudriers dans lesquels

ils dorment pendant le jour,

bêtement exposés à leurs ennemis –

pour en nourrir les poules qui en sont friandes)

 

Je pense aussi au hanneton gisant

sur le sentier de Wislawa Szymborska*,

ordre et netteté (au lieu du mortel gâchis) :

propre et presque précieux parmi les pierres

 

(plus précieux mort que vif, ce hanneton, comme beaucoup d’êtres

dans le monde

 

* Wislawa Szymborska, « Vue d’en haut », De la mort sans exagérer, traduction de Piotr Kaminsky, Fayard / Poésie Fayard

 

jeudi 4 juin 2026

La croisée 41


 

Face au hanneton

 

Face au hanneton pris dans ses cheveux –

alors qu’il s’amarre fermement, raidissant

ses trois paires de pattes crantées

et que le brun métallisé de ses élytres brille sous la lampe,

on pourrait le prendre pour un ornement

ou la barrette qui tient les mèches assemblées –

je repense à cette histoire d’excommunication

prononcée à son encontre après citation devant

un tribunal ecclésiastique : hannetons jugés et proscrits

par contumace à l’issue d’un fameux « procès d’animaux »,

à Lausanne, en 1479.

Je me dis que la ténacité est une vertu, tout de même,

je lui dis accroche-toi – ailleurs que dans la chevelure de ma fille

mais accroche-toi, sûr de ton bon droit –

 

mercredi 3 juin 2026

La croisée 40


 

De nouveau les mesures

 

De nouveau les mesures du rossignol :

alterné de silences qui sont des suspensions

un lacis de phrases qu’il enroule et déroule

– comme la gymnaste ses rubans – rythme

l’écrit et calibre la pensée.

 

mardi 2 juin 2026

La croisée 39


 

Toutes, dès les prémices de crise

 

Toutes, dès les prémices de crise

– le grain ! –

trémulant sur l’axe, leurs œillades et leurs inflexions

sont autant d’invitations au trouble.

 

lundi 1 juin 2026

La croisée 38


 

Le vent agite les marguerites

 

Le vent agite les marguerites

têtes tournées de concert

vers le même point

comme une foule vers l’idole –

mais là nulle représentation, l’astre lui-même

et sa chaleur qui les fait frissonner

et bientôt essaimer.

Clartés discrètes, distinctes et liées à la fois,

une pluralité de moments créant la durée au verger.