lundi 11 mai 2026
Elle, sort interminablement du cadre
Elle, sort interminablement du cadre
– son pré carré ou sa zone d’astreinte –
elle m’arrive
me chavire.
dimanche 10 mai 2026
Toi tu avances avec les mains
Toi tu avances avec les mains et moi avec le nez
(est-ce ce qui nous distingue ?)
En faction sur un muret, comme un point cardinal,
(mais atteignable) deux pupilles suspendues dans le noir :
je suis le méridien – ah l’espoir, ligne imaginaire ! – qui me conduira droit à elles.
Mais elles s’évanouissent et je reste désorientée
près d’un lilas juste éclos et d’un muret plus noir que la nuit.
Où je vois qu’il est impossible d’exprimer autre chose que de l’humain.
samedi 9 mai 2026
Le soir l’odeur des lilas
Le soir l’odeur des lilas
mêlée à celle des pommiers,
un parc olfactif dans lequel je cherche le chat
blessé dans la bagarre de la veille.
Les ombres se sont retirées dans la nuit.
La haie s’ébroue à mon passage, m’insuffle aussitôt un espoir.
Le rossignol philomèle chante-t-il pour elle
ou pour lui seul ?
vendredi 8 mai 2026
Inondant le gravier, le soleil,
Inondant le gravier, le soleil,
sa stricte équerre déplaçant mon attention,
comme celle des bourdons
(et sur fond de guerre, missiles se croisant dans les images comme en l'air)
un vert résurgent pousse vers lui.
jeudi 7 mai 2026
Augustes Bombus
Augustes Bombus
sur la corde d’avril – sur la corde raide –
frénétiques pollinisateurs sur lesquels repose
la promesse d’un futur
leur égarement – de gros ballots mal réceptionnés – pour
conjurer le nôtre et par la dédramatisation
(bouffonnerie et parodie) bien rodée : voilà le printemps
de la décrépitude.
mercredi 6 mai 2026
Maintenant le jardin est plein de bourdons terrestres
Maintenant le jardin est plein de bourdons terrestres,
peluches désorientées agitant l’herbe ou chevauchant l’air.
Je les vois butiner les pierres sur la façade ensoleillée,
ivres de lumière ambrée,
et ils tombent parfois subitement au pied du mur – fruit
de millions d’années de coévolution, c’est de haut qu’ils tombent
tout comme nous –
et ils repartent lestement après un agile roulé-boulé
comme des vibrants bateleurs pendant un intermède.
mardi 5 mai 2026
Cette surface vue à distance
Cette surface vue à distance,
une étendue uniforme – un pré, une pré vision –
d’un seul tenant du muret à l’autre muret sur laquelle
elle, la bergeronnette, se tient prête, à piéter plutôt que voler ?
Brin et brin et brin montant, soulevant solidairement ce poids plume
à la candeur éclatante, à peine dissociable des pâquerettes.
lundi 4 mai 2026
Les faits, rien que les faits
Les faits, rien que les faits,
dirent certains. Mais lorsque les faits s’amenuisent ?
Lorsque la journée consiste en la vision
d’une bergeronnette circonspecte posée sur l’herbe rase
comme une balle de ping-pong tremblotante
attendant un souffle – ou le souffle (et l’inspiration ?) – pour décoller ?
dimanche 3 mai 2026
Comme elle j’ai des arbres
Comme elle j’ai des arbres sous lesquels errer
et comme le peintre je voudrais pouvoir créer un point d’accroche
– un accord –
qui sonne la coïncidence de nos mondes, cher lecteur.
L’herbe nocturne, phosphorescente et quasi surnaturelle,
et l’observation des phénomènes
supplantent l’idée pour le déshérité du discours.
samedi 2 mai 2026
Lumière verte sous les épicéas
Lumière verte sous les épicéas
dont les longs bras touchent terre
je veux crier maison ! ou plutôt giron !
– les grosses racines affleurant je suis assise là
à humer l’air balsamique –
vendredi 1 mai 2026
Moi depuis cette fosse
Moi depuis cette fosse,
menton levé vers celle qui, point de pure logique – une tautologie en fait –
culmine dans l’accord entre nous : idole
– mais brève et passable –
incarnée dans son prédicat,
moi depuis cette fosse, je nais à cet espace, à cette lumière.
Je l’accueille, elle qui réalise l’espace
– inaccessible pays de peinture,
éminemment sensuel, éminemment présent –
Comme tu t’abstrais, tu viens ?





