jeudi 15 octobre 2026
Quelquefois rien.
Quelquefois rien.
Hier ils étaient trois lérots, comme
pour prouver leur capacité de multiplication indéfinie
alors que la végétation semble se réserver pour s’épargner ?
– ou se retirer – ?
La prolifération mise en scène, jour après jour
pour garantir la continuité du rêve ?
La perpétuation de l’imagination (prodigalité d’images) ?
mercredi 14 octobre 2026
Des caquètements –
Des caquètements – mâchoires se ferment sur rien
(comme nous, bientôt sans mobile et
rien sous la dent) : c’est la frustration qui se fait entendre
(comme moi, à scruter
les états de la couleur et du goût
le problème étant le point de comparaison
comme toujours ou
comme jamais ?) –
Des caquètements criblent l’espace
le grand blason d’or et de sable
pour estrade et champ clos
mardi 13 octobre 2026
Comme dans un rêve ils sont deux,
Comme dans un rêve ils sont deux,
deux lérots maintenant parcourent
– côté nuit – l’embrasure de la porte vitrée
entre les sarments bouclés de la treille et
les feuilles contournées du figuier.
Se sachant hors d’atteinte ils évoluent
sous le spot extérieur comme en piste,
suivis dans leur jeu par deux chats
confinés derrière la vitre.
Nuit écartelée d’or et de sable,
nuit d’armes inégales mais subjuguées
se blasonne ainsi dans le rêve.
lundi 12 octobre 2026
Le poème ainsi
Le poème ainsi
– densément tissé de toutes les combinaisons –
a une vie autonome (une forme,
une profondeur)
qui offre simultanément une compréhension immédiate
et une résistance. Tout parle la langue de l’idiome
(comme un rêve lisible par d’autres)
samedi 10 octobre 2026
Une approche intuitive
Une approche intuitive,
vérifiée – certifiée – par la seule sensation.
Pas à pas mot à mot, comme à tâtons
vers la racine renouvelée du mobile.
(non que la vision nous trompe
mais les mots réalisent la prodigalité d’images)
(un hérisson aussi petit qu’un oursin
échoue par deux fois à mes pieds,
en plein après-midi
comment ne pas voir la vague itérative
refaire l’image ?)
vendredi 9 octobre 2026
Réfraction, ce que fait un poème
Réfraction, ce que fait un poème
malgré toute notre bonne volonté
et le « devoir de vérité » dont je me suis fait le serment.
À part moi (mon for intérieur troublé
de ce que cet engagement est si facile à détourner par l’image)
je me demande en quoi « alvéoles » est plus vrai
que « fleur » ou « phosphore ».
J’ai de bons yeux encore. Ou bien cette vérité se situe-t-elle
quelque part entre les termes, au point effectif de leur croisement – explosif –
qui, distordant l’image, permet l’approximation,
l'éclosion de la réalité.
jeudi 8 octobre 2026
Je pense aussi à un cristal de phosphore blanc
Je pense aussi à un cristal de phosphore blanc
lévitant dans l’ombre clairsemée
ocelles approximatifs
l’air vibrant de chaleur propice
aux mirages.
mercredi 7 octobre 2026
Corneilles accro
Corneilles accro cette fois-ci défendant la place et
vindicatives.
Bataille bruyante dans la cime du charme aussi.
L’arbre se départ de sa passivité et renâclant
s’ébroue.
Toute la cime chavire,
déverse des débris d’alvéoles
d’une blancheur diaphane.
Au pied du tronc fleurissent d’incomparables fleurs de cire.
De gros capitules albinos
posés en suspension dans les herbes
oscillent lentement
ces fleurs, éblouissantes de candeur
dans l’été noir.
Translucidité effrayante.
La structure vide de tout couvain, miel, pollen
éclaire sous le charme
(sa pâleur étale)
mardi 6 octobre 2026
Implacable le soleil
Implacable le soleil
sur les cimes qu’on scrute les yeux mi-clos,
la main en visière.
Le jardin est scellé, retiré en lui-même
– un corps émacié, livré à la lumière
et suffoqué
(lividité et rigidité du cadavre )
requiescat in pace –
Mais la vie sans humilité résonne dans ces interstices
comme sur une charogne.
Bruyamment captif de ses hôtes
l’arbre est un ring, non le havre.
Lutte féroce à tous les étages.
lundi 5 octobre 2026
L’aridité nourrit aussi.
L’aridité nourrit aussi.
La vie persiste, tenace. Dure.
Aveuglante et féroce bataille dans le figuier
pour l’humide feu de la figue.
La goutte vitale enfin distillée.
vendredi 2 octobre 2026
Une guerre médique
Une guerre médique. Le trésor rutilant
s’épanche – feu grégeois pris sur lui-même – une sorte de politique dite
« de la terre brûlée »
fait feu de cette Byzance assiégée ?
jeudi 1 octobre 2026
Les bombes sont à retardement
Les bombes sont à retardement et
les sansonnets n’y prennent garde.
Comme grenades – mais nonchalantes –
lâchées sans sommation.
Un feu liquide brûle sous l’arbre
parmi les corps
(qui, paradoxalement, nourrira la terre).

