jeudi 15 octobre 2026

La croisée 158


 

Quelquefois rien.

 

Quelquefois rien.

Hier ils étaient trois lérots, comme

pour prouver leur capacité de multiplication indéfinie

alors que la végétation semble se réserver pour s’épargner ?

– ou se retirer – ?

La prolifération mise en scène, jour après jour

pour garantir la continuité du rêve ?

La perpétuation de l’imagination (prodigalité d’images) ?

 

mercredi 14 octobre 2026

La croisée 157


 

Des caquètements –

 

Des caquètements –                          mâchoires se ferment sur rien

(comme nous, bientôt sans mobile et

rien sous la dent)                        : c’est la frustration qui se fait entendre

 

(comme moi, à scruter

les états de la couleur et du goût

le problème étant le point de comparaison

comme toujours ou

comme jamais ?) –

 

Des caquètements criblent l’espace

le grand blason d’or et de sable

 

pour estrade et champ clos

 

mardi 13 octobre 2026

La croisée 156


 

Comme dans un rêve ils sont deux,

 

Comme dans un rêve ils sont deux,

deux lérots maintenant parcourent

– côté nuit – l’embrasure de la porte vitrée

entre les sarments bouclés de la treille et

les feuilles contournées du figuier.

Se sachant hors d’atteinte ils évoluent

sous le spot extérieur comme en piste,

suivis dans leur jeu par deux chats 

confinés derrière la vitre.

 

Nuit écartelée d’or et de sable,

nuit d’armes inégales mais subjuguées

se blasonne ainsi dans le rêve.

 

lundi 12 octobre 2026

La croisée 155


 

Le poème ainsi

 

Le poème ainsi

– densément tissé de toutes les combinaisons –

a une vie autonome (une forme,

une profondeur)

qui offre simultanément une compréhension immédiate

et une résistance. Tout parle la langue de l’idiome

(comme un rêve lisible par d’autres)

 

samedi 10 octobre 2026

La croisée 154


 

Une approche intuitive

 

Une approche intuitive,

vérifiée – certifiée – par la seule sensation.

 

Pas à pas mot à mot, comme à tâtons

vers la racine renouvelée du mobile.

(non que la vision nous trompe

mais les mots réalisent la prodigalité d’images)

 

(un hérisson aussi petit qu’un oursin

échoue par deux fois à mes pieds,

en plein après-midi

 

comment ne pas voir la vague itérative

refaire l’image ?)

 

vendredi 9 octobre 2026

La croisée 153


 

Réfraction, ce que fait un poème

 

Réfraction, ce que fait un poème

malgré toute notre bonne volonté

et le « devoir de vérité » dont je me suis fait le serment.

 

À part moi (mon for intérieur troublé

de ce que cet engagement est si facile à détourner par l’image)

je me demande en quoi « alvéoles » est plus vrai

que « fleur » ou « phosphore ».

J’ai de bons yeux encore. Ou bien cette vérité se situe-t-elle

quelque part entre les termes, au point effectif de leur croisement – explosif –

qui, distordant l’image, permet l’approximation,

l'éclosion de la réalité.

 

jeudi 8 octobre 2026

mercredi 7 octobre 2026

La croisée 151


 

Corneilles accro

 

Corneilles accro cette fois-ci défendant la place et

vindicatives.

Bataille bruyante dans la cime du charme aussi.

L’arbre se départ de sa passivité et renâclant

s’ébroue.

Toute la cime chavire,

déverse des débris d’alvéoles

d’une blancheur diaphane.

Au pied du tronc fleurissent d’incomparables fleurs de cire.

 

De gros capitules albinos

posés en suspension dans les herbes

oscillent lentement

 

ces fleurs, éblouissantes de candeur

dans l’été noir.

 

Translucidité effrayante.

La structure vide de tout couvain, miel, pollen

éclaire sous le charme

(sa pâleur étale)

 

mardi 6 octobre 2026

La croisée 150


 

Implacable le soleil

 

Implacable le soleil

sur les cimes qu’on scrute les yeux mi-clos,

la main en visière.

 

Le jardin est scellé, retiré en lui-même

– un corps émacié, livré à la lumière

et suffoqué

(lividité et rigidité du cadavre )

requiescat in pace –


Mais la vie sans humilité résonne dans ces interstices

comme sur une charogne.

Bruyamment captif de ses hôtes

l’arbre est un ring, non le havre.

Lutte féroce à tous les étages.

 

lundi 5 octobre 2026

La croisée 149


 

L’aridité nourrit aussi.

 

L’aridité nourrit aussi.

La vie persiste, tenace. Dure.

Aveuglante et féroce bataille dans le figuier

pour l’humide feu de la figue.

 

La goutte vitale enfin distillée.

 

vendredi 2 octobre 2026

La croisée 148


 

Une guerre médique

 

Une guerre médique. Le trésor rutilant

s’épanche – feu grégeois pris sur lui-même – une sorte de politique dite

« de la terre brûlée » 

fait feu de cette Byzance assiégée ?

 

jeudi 1 octobre 2026

La croisée 147


 

Les bombes sont à retardement

 

Les bombes sont à retardement et

les sansonnets n’y prennent garde.

Comme grenades – mais nonchalantes –

lâchées sans sommation.

Un feu liquide brûle sous l’arbre

parmi les corps

(qui, paradoxalement, nourrira la terre).