mercredi 16 septembre 2026
Le champ
Le champ est un désert dont on attend la renaissance
avec la peur au ventre – l’appréhension de la fin
de la faculté de percevoir –
peur du vide permanent – la disparition des images –
ou plutôt de la fin de la prodigalité d’images ?
(de l’imagination ?)
mardi 15 septembre 2026
Voudrais-je de la licorne en captivité ?
Voudrais-je de la licorne en captivité ?
Traquée, débusquée, assaillie ? Ramenée en trophée ?
Parquée ?
Ce que je voudrais c’est vieillir en vie,
dans un monde vivant, parmi les vivants
– incorporée –
(à l’épicentre de ma seule sensation).
On veut toujours que l’imagination soit la faculté de former des images. Or, elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. S’il n’y a pas changement d’images, union inattendue des images, il n’y a pas imagination, il n’y a pas d’action imaginante. Si une image présente ne fait pas penser à une image absente, si une image occasionnelle ne détermine pas une prodigalité d’images aberrantes, une explosion d’images, il n’y a pas imagination.
Gaston Bachelard, L’air et les songes. Essai sur l’imagination du mouvement, José Corti, 1943
L’imagination est un mobile
créateur de mouvement perpétuel, et d’images
qui seraient des transpositions (de nos perceptions et
de nos savoirs).
Un transport perpétuel.
Je me fie entièrement à ce mobile lorsque
je considère le champ desséché.
Chats bredouilles, dépités – comme moi –
de n’avoir rien pris, hors les feuilles
et du vent.
lundi 14 septembre 2026
Ce ravissant éventail
Ce ravissant éventail
désormais obsolète fend mon cœur
encore et encore.
C’est une dague acérée que je retrouve plus tard,
hissée sur le manche d’une pelle et
cherchant peut-être le défaut à mon cœur comme à une cuirasse ?
dimanche 13 septembre 2026
Et je ne l’avais d'abord pas vue, mante
Et je ne l’avais d'abord pas vue, mante spectrale
– deux belles bractées homochromes
déployées comme une fleur en nylon parmi les bractées bruissantes –
qui invoque mon attention – trop tard –
Elle ventilait microscopique
une portion d’espace
pas même suffisante à sa survie.
Ocelles brandies. Bras agités.
Ravisseuse sans rien saisir.
samedi 12 septembre 2026
Pas de commensalité heureuse.
Pas de commensalité heureuse.
Chacun pour soi à la sauvette (et en mode furtif).
Et (en mode « à mon corps défendant »)
l’eau des coupelles bue.
La cohésion de l’Éden en question.
Une question de bon sens : pas de cohésion
sans ressource.
vendredi 11 septembre 2026
Se montrent seulement les éprouvés
Se montrent seulement les éprouvés
les indigents égarés sur le sol recuit, hérisson
en plein jour, fouineuse merlette.
Le rideau de porte respire, laissant
croire à la vie.
jeudi 10 septembre 2026
Le feu de mon esprit
[Ce feu-là, sur un indicateur similaire à l’échelle de Richter,
quel retentissement ?]
Le feu de mon esprit, l’embrasement de ma vision
quel retentissement ?
Sur le champ sonore, la crépitation de la terre
interroge. Qui va-là ? Qui vient ?
Même faction assidue, même qui-vive.
Mais avec la conscience d’un désenchantement.
mercredi 9 septembre 2026
La brise descend puis remonte
La brise descend puis remonte
soulevant feuilles et chats, fétus d’imagos,
s’exalte
roussissant l’air chaud.
Ils folâtrent sur ce champ exacerbé.
Réchappent de ce feu ils se font flammes
flammèches portant l’incendie au loin à ma vue éblouie
embrasent le couchant.
Ce feu-là, sur un indicateur similaire à l’échelle de Richter,
quel retentissement ?
mardi 8 septembre 2026
Ce champ ballotté
Ce champ ballotté comme un
berceau par une brise chaude
devenu si léger qu’il s’envolerait
– qu’il s’envole – flamboyant
et eux virevoltent pour en saisir
les escarbilles.
lundi 7 septembre 2026
Étique et pourtant
Étique et pourtant
l’herbe grave son dur motif : chaume enchevêtré
(ce paillis dérogatoire qui comprend le temps
ni semis ni verdure,
mais le nouage d’un champ
prochain)
Dans mes pieds
c’est là qu’ils jouent à se perdre
chats comme chants, ils tombent comme des graines
leurs jeux l’égayent, champ de demain
dans la lumière brûlante du soir
c’est là qu’ils le couchent.


