mercredi 16 septembre 2026

La croisée 132


 

Le champ

 

Le champ est un désert dont on attend la renaissance

avec la peur au ventre – l’appréhension de la fin

de la faculté de percevoir –

 

peur du vide permanent – la disparition des images –

 

ou plutôt de la fin de la prodigalité d’images ?

(de l’imagination ?)

 

mardi 15 septembre 2026

La croisée 131


 

Voudrais-je de la licorne en captivité ?

 

Voudrais-je de la licorne en captivité ?

Traquée, débusquée, assaillie ? Ramenée en trophée ?

Parquée ?

Ce que je voudrais c’est vieillir en vie,

dans un monde vivant, parmi les vivants

– incorporée –

(à l’épicentre de ma seule sensation).


On veut toujours que l’imagination soit la faculté de former des images. Or, elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. S’il n’y a pas changement d’images, union inattendue des images, il n’y a pas imagination, il n’y a pas d’action imaginante. Si une image présente ne fait pas penser à une image absente, si une image occasionnelle ne détermine pas une prodigalité d’images aberrantes, une explosion d’images, il n’y a pas imagination.

Gaston Bachelard, L’air et les songes. Essai sur l’imagination du mouvement, José Corti, 1943

 

L’imagination est un mobile

créateur de mouvement perpétuel, et d’images

qui seraient des transpositions (de nos perceptions et

de nos savoirs).

Un transport perpétuel.

 

Je me fie entièrement à ce mobile lorsque

je considère le champ desséché.

 

Chats bredouilles, dépités – comme moi –

de n’avoir rien pris, hors les feuilles

et du vent.

 

lundi 14 septembre 2026

La croisée 130


 

Ce ravissant éventail

 

Ce ravissant éventail

désormais obsolète            fend mon cœur

encore et encore.

 

C’est une dague acérée que je retrouve plus tard,

hissée sur le manche d’une pelle et

cherchant peut-être le défaut à mon cœur comme à une cuirasse ?

 

dimanche 13 septembre 2026

La croisée 129

Et je ne l’avais d'abord pas vue, mante

 

Et je ne l’avais d'abord pas vue, mante spectrale

– deux belles bractées homochromes

déployées comme une fleur en nylon parmi les bractées bruissantes –

qui invoque mon attention – trop tard –

 

Elle ventilait microscopique

une portion d’espace

pas même suffisante à sa survie.

 

Ocelles brandies. Bras agités.

Ravisseuse sans rien saisir.

 

samedi 12 septembre 2026

La croisée 128


 

Pas de commensalité heureuse.

 

Pas de commensalité heureuse.

Chacun pour soi à la sauvette (et en mode furtif).

Et (en mode « à mon corps défendant »)

l’eau des coupelles bue.

La cohésion de l’Éden en question.

Une question de bon sens : pas de cohésion

sans ressource.

 

vendredi 11 septembre 2026

La croisée 127


 

Se montrent seulement les éprouvés

 

Se montrent seulement les éprouvés

les indigents égarés sur le sol recuit, hérisson

en plein jour, fouineuse merlette.

Le rideau de porte respire, laissant

croire à la vie.

 

jeudi 10 septembre 2026

La croisée 126


 

Le feu de mon esprit

 

[Ce feu-là, sur un indicateur similaire à l’échelle de Richter,

quel retentissement ?]


Le feu de mon esprit, l’embrasement de ma vision

quel retentissement ?

Sur le champ sonore, la crépitation de la terre

interroge. Qui va-là ? Qui vient ?

Même faction assidue, même qui-vive.

Mais avec la conscience d’un désenchantement.

 

mercredi 9 septembre 2026

La croisée 125


 

La brise descend puis remonte

 

La brise descend puis remonte

soulevant feuilles et chats, fétus d’imagos,

                                                                     s’exalte

roussissant l’air chaud.

 

Ils folâtrent sur ce champ exacerbé.


Réchappent de ce feu          ils se font flammes

 

flammèches portant l’incendie au loin              à ma vue éblouie

embrasent le couchant.

 

Ce feu-là, sur un indicateur similaire à l’échelle de Richter,

quel retentissement ?

 

 

mardi 8 septembre 2026

La croisée 124


 

Ce champ ballotté

 

Ce champ ballotté comme un

berceau par une brise chaude

devenu si léger qu’il s’envolerait

– qu’il s’envole – flamboyant

et eux virevoltent pour en saisir

les escarbilles.


lundi 7 septembre 2026

La croisée 123


 

Étique et pourtant

 

Étique et pourtant

l’herbe grave son dur motif : chaume enchevêtré

 

(ce paillis dérogatoire qui comprend le temps

ni semis ni verdure,

mais le nouage d’un champ

prochain)

 

Dans mes pieds

c’est là qu’ils jouent à se perdre

chats comme chants, ils tombent comme des graines

 

leurs jeux l’égayent, champ de demain

dans la lumière brûlante du soir

c’est là qu’ils le couchent.