samedi 14 décembre 2019

Le grand laboratoire 2







"Si tu épouses les métamorphoses de la réalité"


Si tu épouses les métamorphoses de la réalité ou
si tu laisses aller, la réalité te traverse.
Il n’y a qu’un seul jour. Toi plongée en elle, elle
plongée en toi.
Il n’y a pas de limites à ce jour.

La lumière provenant de l’imagination.

Et là j’ai des rêves de tulipes
de mobiles éclatants
oscillant dans le vent      - comprenant outre mesure le soleil* -

colorant ce jour osé        - ose jusqu’à une fleur* -

Il n’y a pas plus de limites à ce jour
qu’à toute la lumière provenant de l’imagination

elle qui convertit l’énergie mécanique en énergie électrique
- ô dynamo ! ( bien sûr je fournis le travail ) -
                                        - ouvre quel millième pourquoi* -
Et                                    - Va !


 *E. E. Cummings, No Thanks, traduit et
présenté par Jacques Demarcq, NOUS,
2011, p. 68

vendredi 13 décembre 2019

Désintérêt.


Désintérêt. Mais c'est une chose - pardonnez-
moi - immorale. Désintérêt pour tout à peu près.
Cette manie d'espérer, l’œil contrit !
On ne me fera pas vivre dans l’espoir, non. Victoire
des uns. Personnel devoir accompli de rien, merci !

De la difficulté d’être opposant au Tchad, sous Idriss Déby.
Ou bien : cela n’empêche pas les gens de dormir.
Qu’est-ce qui empêche les gens de dormir ?
Le sismographe est un capteur qui enregistre le mouvement du support sur lequel il se trouve fixé. En l’occurrence il s’agit des mouvements du sol. La plupart du temps, un sismographe est isolé du monde extérieur, pour éviter des perturbations dans les mesures (vent, pression atmosphérique).

Ici tout va bien.
Cité des Arts répercuté x fois dans la paroi
spéculaire. Au bar Le Pixel ils s'embrassent et
gambillent fébrilement. S'embrassent et se serrent.
Novembre électrique. Bientôt des fêtes.

Je vois le Doubs plus tremblant dans sa constance,
sa sévérité d'allié constant derrière la vitre plus noire.
Il avance sous le débit incessant, le rouge et jaune défilé
des autos de l'avenue Gaulard, de l'autre côté, mais il reste avec moi,  
avec ma perplexité. Il demeure proche de la possibilité d'une chose pressentie,
adorable, comme un détachement.

Le grand laboratoire


jeudi 12 décembre 2019

Décadence serait - presque - / une danse


Décadence serait - presque -
                une danse
comme la série des suertes
que mène ici
                la terre
( avec la chute de mes reins )
Une heureuse lidia - somme toute -

J’aurai grimpé plus raidie
que mon attente

mercredi 11 décembre 2019

Et fleurit la rude bourrache


Et fleurit la rude bourrache
sur l’étendue moutonneuse
de terre et de cendres mêlées.
Les cymes dardent encore leurs pointes bleues
au champ de la bataille d’automne.
Tout le temps de cette séquence
m’aiguillonne un matador sans merci

tu disais chute voulait dire renaissance
en parlant d’Antée, le lutteur que régénérait
le sol

mais je ne sais pas où me mène cette saison.

mardi 10 décembre 2019

Je grimpe tout l'après-midi


Je grimpe tout l’après-midi
remontant les racines jusqu’aux plus fines
soies blanchies comme des ossements.
De la terre couverte de fleurs - que je découvre -
en l’occurrence : la raiponce et la nigelle mêlées
- deux font un déjà jardin -
s’associent le cresson de terre le trèfle et
le plantain


Et la bourrache encore fleurie ! Va va !
dans des touffes à la vigueur vernale
où se dissimule la barbarée, la savante - Comme tu préviens l’hiver !
Dis-moi comment mieux l’endurer !

Combien légitime est
l’interjection
du liseron !


Lui le déjà retranché
derrière les mottes. Sa belle racine
aussi volubile que le furent

les tiges interjetées

en surface maintenant on dirait une couverture sèche
et lâche tissée avec la chevelure d’une vieille
- raidie -. - N’est-ce pas ?
C’est dessous - ces dessous ! - que s’est retranchée
toute sa vie.


Des veines et des soies liliales - ah la pâleur des dessous ! - 


Voici une racine nerveuse
une sorte de filandre - comme la veine d’un écorché
à la dissection -.
Di ssé quée par la main experte ès mottes et tessons
ès plaie profonde et attrition

jusqu’à l’effondrement
( et blanche filature à la sorgue )

avec la barbarée en sous-main

lundi 9 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 50



Mais le vent citharède averti


Mais le vent citharède averti
- qui pince, les doigts rougis -
n'y est pas.
Pas d'oblique. La brume ourdit
simplement - volupté des laines
toutes violettes -
à bruits secrets, sur un vaste chablis
l'imagination.
L'humidité de l'air, l'éclat nacré dans l'herbe.

Un poème pour constituer chaque jour  
chaque jour dans sa différence.

dimanche 8 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 49


Incurvant la question


Incurvant la question
jusqu’à la terre
la souche est un début

Incurvant la question
jusqu’à la terre.
Une souche est un début
pour qui veut écouter.

L’imagination requiert
le regard, requiert
le parler avec elle. Un
beau cercle de silence, un beau cercle ouï.

Dévers de mémoire elle sait capter le vent.

Ses attentionnées racines
o combien savantes - et parlantes -
repoussent la totale stupéfaction
et vois ! animant la brume

comme la harpe  - une -
devant l’armure forestière

samedi 7 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 48


L'extrême acuité de la denture


L’extrême acuité de la denture
livide entrant d’un seul coup de botte
un coup rude appliqué sur le fer
dans toute la couleur.

J’ai la séquence tangible
et le trophée silencieux.

vendredi 6 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 47


Elle court grand erre tout l'après-midi


Elle court grande erre tout l’après-midi
écumant le bois.
Écumant et aboyant.
Je l’entends. Qu’est-ce que j’en dis ?

Collant à la terre ma bêche alourdie
sourde autant que je suis muette
plonge ses dents des racines
dans la conscience de l’effondrement.

Ce mot meuble comme l’air
et les mottes en contrepoids.
De la matière - non des sons - déchirant
le réel. De la terre brune.

jeudi 5 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 46



Et derrière, en dépit de la brume


Et derrière, en dépit de la brume
l’armure sombre des bois.

Les détonations intermittentes
l’ébrèchent. Souffles et feux.
Des échardes un peu assourdies
parviennent dans l’air meuble
à former des caillots.

L'air rougit d’un seul coup.
J’entends jusqu’aux grelots dont
la meute est colletée.

mercredi 4 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 45


Me rétame l'absence de silhouette


Me rétame l’absence de silhouette
dans la brume; où se profilait le trait
comme d’un soliste demeure un bourdon
à l’âme du bosquet de trois

l’horizontale d’un seul coup d’œil de la haie
jusqu’à la garde descendue

mardi 3 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 44



Bien sûr chercher une réponse à la question


Bien sûr chercher une réponse à la question
celle qui n’a pas de mots présente dans le champ
au centre d’un chablis qui s’est couché
mais qui fait l’esclandre pour cet arbre ?

lundi 2 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 43


Le poème crée des chemins


Le poème crée des chemins.
Comme un morceau de papier découpé
la lune contamine l’obscurité
par érosion de la couleur. Sans cause nul
ne se perd plus dans ce jardin.

Fleurs de garde comme on dirait de bière
les asters lancéolés s’étiolent si finement
sous la lune d’une couleur similaire

longuement - doublement - fermentés
tout au fond d’un courtil éblouissant

dimanche 1 décembre 2019

Souvenir d'Afrique 42


C'est ainsi qu'on se joignit à


C’est ainsi qu’on se joignit à
plus vivant que soi - un livre où lèvent
des lièvres sur la vitre où coulent
de longues jambes comme des
accoudoirs qui enjambent le jour finissant
dans le plein cintre de lune ou
les lèvres lippues des arrosoirs. Les
larges pommes comme des étendards
flambent - alors que s’essayant
à des questions qui n’appartiennent pas
on ne fait que surnager -.
Que la parole est brève
comparée à ce que l’on vit. Pourtant
le poème est vrai.

samedi 30 novembre 2019

Souvenir d'Afrique 41


Petit monde


Petit monde - un mur exigu à l’aplomb du lampadaire
d’un jaune sali décrépi par endroits l’enduit de mortier grossier
s’égaye sous lui, cette incontinence m’effraie - aux grands reflets.

La pluie gifle la joue d’une plus vive obliquité dans la lumière, déjetée
par la gouttière. Regard en biais. Il parcourt la façade comme un livre
et demande le langage en est-il perturbé ?

D’ailleurs les jouées sont embuées le dessin moins net
des ombres - vous m’en direz tant arrive le froid par l’est il neige en plaine et
sur les reliefs est une rengaine bien rodée presque

un exécuteur testamentaire - ce qui ne dit pas, non, loin de là,
l’euphorie d’être vivant dans le langage près de la fenêtre,
à lire tout simplement quand arrive l’hiver

vendredi 29 novembre 2019

Souvenir d'Afrique 40


Ce ne sont pas des spectres


Ce ne sont pas des spectres mais des êtres vivants
occupés à transmettre encore le patrimoine génital.
Occupés - comme nous tous - à transmettre.
Héritage pour le compte de
                              nature - qui nous somme et qui est nous -.
Voici que peut-être ma volonté même d’être là, de voir et de témoigner,
fait partie intégrante du génotype.
Que peut-être les phalènes, et moi, sommes enchaînées ici au réverbère
par la reproduction et la contemplation.
Que la littéralité au pied de ce mur déroute.
( cependant avec le temps le voyage prend du sens
comme s’il était nôtre ?)

Qu’en restera t’il ? Des images, un jeu : mouvement dans un espace défini.
Et un nombre certain d’arpenteuses auxquelles il me faudra disputer,
au prochain printemps, pommiers et cognassiers

jeudi 28 novembre 2019

Souvenir d'Afrique 39


Blancheur radiante


Blancheur radiante. Attente de concert sous le lampadaire
où les phalènes spéculaires inondent la vision.
Mon gouvernement dans la nuit me commande de rester, encore,
à l’exposition.
La lumière l’exaspère - comme elle exaspère le mur entier dans le halo -.
L’ attente la consume patiemment.

De brèves ombres dans le verset qui s’avèrent pour l’œil
- comme un mystère qui reste présent -
( c’est toute la distance entre les corps )
de petites ombres portées.

mercredi 27 novembre 2019

Souvenir d'Afrique 38


Oh je pâtis vraiment


Oh je pâtis vraiment, ou je dois dire véritablement,
de voir les phalènes, les unes rampant
comme atrophiées, les mâles papillonnant lamentablement
à l’opposé. Chacun tire de son côté.
Mais c’est la vie sur ce mur éclairé      la vie qui
perdure ainsi, radicalement
                   La nature trouve toujours simplement une autre issue
Oui c’est ça ! Ce qui a été sera             nouveau
résiduel et résurgent
comme l’eau

comme j’aurais aimé te parler de cette eau.
Mais déjà je ne te vois plus.
( pourtant ce ne sont pas des spectres que je regarde là )