dimanche 19 janvier 2020

Hivernales 10


Pourtant il danse.


Pourtant il danse. Le compas de ses jambes
arpente, aussi vite que les aiguilles d'un cadran,
dressées perpendiculairement, l'espace d'une minute consenti
en seconde, le pourtour d'un cercle brun
découpé sur le sol blanc.
Feu au centre - une fleur -. Le hêtre garde - hautement -
le ton de son être, en son for hêtre, et fort de sa question de temps
estimée - à bas mots - à quelques heures.
Nulle conscience éveillée ne calcule, quand un rai vient bissecter le plan -
ni tension ni position - alors que s'élèvent dans l'air
les aigrettes insolentes et volubiles
d'un réticule calciné - des fleurs
encore.

vendredi 17 janvier 2020

Hivernale 8


Oblique, avec les grandes ombres d’un feu


Oblique, avec les grandes ombres d’un feu
qui luit aussi
au centre d’un cercle plus sombre. Les rais font l’air
dans la futaie éclaircie
qu’enjambe l’homme isocèle - toujours à la légère -

jeudi 16 janvier 2020

Hivernales 7


À travers le fatras des branches


À travers le fatras des branches
et à travers le taillis
la distante lumière de janvier arrive
                      filtrée.
Observer le solstice ici
c’est connaître à jamais l’oblique
- que la neige avive -

mercredi 15 janvier 2020

Hivernales 6


Je veux du robuste


Je veux du robuste comme le fer ou le bois.
Nul ne possède ce que j’ai : un poème est à faire.

Reste un hêtre

dont la substance consonait avec les arbres de ce bois :
droits acacias, frênes élevés, charmes, ah charmes communs,
si peu ordinaires,
et des chênes sessiles.

De concert les feuillages marcescents
- ainsi de tous ceux qui sont à terre
et qu’il accable - 
frémissent et
de concert
ils bruissent avec le vent.

mardi 14 janvier 2020

Hivernales 5


Et la H n’y est pas pour rien


Et la H n’y est pas pour rien, laquelle ainsi s’y entend.
Quelque part il y a la guerre, l’ennui, des réformes ;

Des feux dans le bois éclairci.
Un homme occupé à écimer, solitaire.

Le matériel est posé dans la neige : les bidons
et la tronçonneuse, la veste couchée sur la grume énorme
la hache plantée dans le billot.
Tout est sombre, les fûts épargnés sinuent derrière les flammes.
Le bois se cube et se vend au stère.
Il faudrait l’avoir fini.

Derrière un hallier comme en défens
ce hêtre qui est une question de temps
qui est - on veut voir un défet tant qu’on dirait de lui : dépareillé.

Le hêtre dans la brise rumine sa h ( oblique.
Ici s’abat la hache, d’un coup de glotte ) :
comme une fricative et aussi comme une question,
et la question est topique. C’est l’être.

The how ( the howl ) only
is at my disposal ( proposal ) : watching -
colder than stone   .

lundi 13 janvier 2020

Hivernales 4


"Je suis une question de temps"


Je suis une question de temps* dit ce hêtre
- ou le lui fait-elle dire et elle s’y entend -
et je me demande : comment ?
car temps et manière sont indissociables
tant la question est l’attribut même de l’objet : le sujet.
Il est au présent, durable soliste de concert,
ce qu’est un soupir dans la mesure immense du mouvement.

Et la H n’y est pas pour rien, laquelle ainsi s’y entend.
Quelque part il y a la guerre, l’ennui, des réformes ;*

I cannot say
more than how. The how ( the howl ) only
is at my disposal ( proposal ) : watching -
colder than stone   .**


* Isabelle Sancy, sur le blog En-paraison, Station VII ( Le hêtre )
**William Carlos Williams, Paterson, II

samedi 11 janvier 2020

Hivernales 2


Au matin tout est gelé


Au matin tout est gelé, lorsque je sors
c’est la sittelle qui parle à mon corps aphasique.
Elle assène au tronc du tilleul mais sans assertion
- occupée d’écorce et de temps - la percussion rythmique
de son bec pointé. Le rythme, un juste rythme
efficient sur la rugosité, et qui résonne. Nulle confession
- nul sentiment ni déficit - la sobre réalité
de son animalité. Ce rythme qui me rassérène immédiatement.

vendredi 10 janvier 2020

Hivernales


Jasements si proches


Jasements si proches dans l’herbe glaciale.
Les pies acquiescent tout le temps
le cou fluide - sans férir -.
Où s’en vont les sapins le sol
reste gelé et sonnant comme les pierres
hivernal. Elles tournent et acquiescent
mécaniques : William, tu disais grâce et précision
d’une turbine ( ou d’une dynamo )* ? Voilà mon atonie enrôlée par les pies !
Leur âme est dans leur corps de pie, dynamique
sans aucun doute, et je demande : est-ce que le bruit
de mes pieds volontaire me rendra à la vie si proche, Nicanor ?**


*W. Carlos Williams, Paterson, Livre I, chap. II
**Nicanor Parra, Solo de piano, Poèmes et antipoèmes

jeudi 9 janvier 2020

Le nouvel horizon 5


Mais c'est un pré d'herbe


Mais c’est un pré d’herbe, un référentiel.
C’est un système de points dont je calcule les coordonnées,
depuis mon affût, et elles me renseignent
sur la qualité des vents et des ciels.
La cime des sapins avance doucement, que les pies tolèrent.

mercredi 8 janvier 2020

Le nouvel horizon 4


S'en vont tomber dans le cercle.


S’en vont tomber dans le cercle.
S’en zigzagant, reflets de métal aimantés,
dirait-on, aux nuages. Sans déchoir,
tombés sous les sapins où tout paraît noir
sauf le bec.

Assise devant l’âtre, un puits
où valse la monotonie - là - 
où commence également mon atonie.
Le temps - comme un fleuve, âpre débit
d’heures lisses et de sauts - quelques remous de plumages distants.

mardi 7 janvier 2020

Le nouvel horizon 3



Maintenant c'est un carré brun


Maintenant c’est un carré brun, la resserre
que la couleur, elle, franchira librement
j’en sais quelque chose
à l’abri des gelées.
La limite que le rouge-gorge sursaute sans cesse
est constituée d’un opus de terre cuite linéaire,
des tuiles plates mantelées de mousse et de lichen
directement posées sur la terre.

Les pies dans leur circonspection sont restées sur l’herbe.
Je soutiens le rouge-gorge qui surpique les espaces.
Les merles se sont tus dans le cercle.

lundi 6 janvier 2020

Le nouvel horizon 2






Levant la tête


Levant la tête
levant ce que je crois bien être           - éblouie -
par telle hauteur : autour de moi de grands sapins
révérencieux
déploient
des trésors d’ombre rêche de déférence dans la rouille des branches les plus basses
un balancement comme une altération/une aliénation

et l’éclat distant - hirsute saillie des cimes toutes givrées -
saillie à l’âpreté de laquelle tout cède
et rien
- un peu de la splendeur lunaire -

Un poème, quel remède à l’isolement 
est-ce lancement ou même franchissement des voix des vues cette distance
que polit encore le vent

dans des flaques en suspens des accès
- accessibilités nerveuses entrevues -

à la distance avouée et toujours infranchie

Et elles - les cimes des sapins - tisonnent
maintenant la nuit
instruisent une science par le vent
- née de l’expérience -
comme attisée.
Mais la voix reste trop proche
suspendue dans l’ombre sèche.
Décombres rouillés, traversés de fulgurances

Lettre de vent - commerce de vent - top là !
comme je vous comprends, soudain suspendue !

dimanche 5 janvier 2020

Le nouvel horizon



multiples et uniques


multiples et uniques
tulipes, vos justes minutes
avant la nuit
tremblotant de tous vos plis
sont comme un livre 

Tulipe ( en bulbe )  : est une conscience de l’après,
- un présent de réserve -
que la tunique pare silencieuse. J’enfreins le présent
à la lecture de ces cuivres mutiques.
Or le temps demeure intact et
blanc.

samedi 4 janvier 2020

Grand laboratoire 20


Je m'occupe de vous


Je m’occupe de vous ( je ne m’occupe pas de vous )
je vous vois déjà, rouges, si peu de temps qu’il faut être là.
Être là.
Il n’y aura pas de trêve de noël : on se bat.
Pourquoi ? il y a la grève qui n’a rien à voir - avoir -
avec un rivage, si peut soit-il. Mais si : c’est parce que les chômeurs
étaient en place de Grève, sur les bords de Seine, pour l’embauche, que la
cessation manifeste d’activité porte son nom. Au bord de sables et de graviers,
les désœuvrés sont à la Grève aussi quand le bourreau tranche une tête.
Vous vos têtes flamboyantes seront là érigées quand à genoux
j’implorerai le printemps
seront là jalonnant le terrain quand
je viendrai au jardin travailler,

multiples et uniques tulipes

vendredi 3 janvier 2020

Grand laboratoire 19


Les merles se sont tus


Les merles se sont tus à chaque coup de fusil
petits dieux topiques ne nous lâchent pas pourtant
sur l’herbe vigilants. Le rouge-gorge reste le plus
domestique.


Toi, la terre t'entend venir
avec tes sabots pesants de boue tu
plonges
ton toi - pensées, sentiments, tes émotions c'est
lourd de sens - c'est lourd malgré tout
les efforts que tu fais.
Effondre
la terre t'aidera. Quand tu retournes ce n'est
pas un retour sur le dormant
c'est un soulèvement

de vouloir en tirer autant.

Qui pensait tant de vie ? Qui supposait la compacité,
qui l'inextricable enlacement ? Tant de véhémence.


jeudi 2 janvier 2020

Grand laboratoire 18


Oh ! tant vers le haut


- Oh ! tant vers le haut
que tu dures,  
tulipe et tu… oh !
- feu de toi, feu ton instant !
Voici ce que j’ai envie de te dire
en tenant

le bulbe
dont tu fais feu
est un livre que tu ouvres.

Si solennel est ton poing levé
en avril
sur la nudité crue
de la terre. Un unique phare, j’ai dit,
un appel à
- aimer est un risque - 

à s’embarquer - oh !
mets tous les points sur les I
dans le dit sexué de printemps