vendredi 19 octobre 2018

Perspective 4


Comme il fut mon lieu sûr


Comme il fut mon lieu sûr
ce pré des sons :
Oh brutalité et discorde cette broussaille sonore
ces rondes de ronces et ces cirses épineux,
dureté la terre dure, voracité l’Incertaine
l’Arpenteuse tardive et la Pyrale, et oh voracité le rat-taupier
ravages de corps et de silences,
haut affût d’épervier univoque,
mais rien
rien à côté de la morgue et de l’assurance humaines

jeudi 18 octobre 2018

Perspective 3


Immobile est le temps


Immobile est le temps du coït chez les phalènes
surprises la nuit dans la lueur du réverbère
ou côté verger, au fût du tilleul ou du prunier,
éclairé par nos lampes
- phalènes pâles et mimétiques qui faites confiance à l’arbre
pour ne pas vous perdre
où vous vous cachez le jour, la nuit vous révèle
en lieu sûr -

mercredi 17 octobre 2018

Perspective 2


Ou bien ce sont


Ou bien ce sont des Hibernies défeuillantes
dont je retrouve la nymphe lisse et poupine au printemps,
ou encore la Phalène ondée, dite Incertaine.
Des Phalènes du bouleau, c’est le morphe clair qui prédomine ici
elles qui, en vertu d’un nouvel allèle,
avaient su s’adapter à la couleur des zones minières
et des villes industrielles, sous la forme carbonaria.
Comme j’aime ces géométridés qui pourtant me disputent
pommiers et groseilliers. Cet art involontaire
de la survie.
Qu’on la croie morte elle resurgit transmuée.

mardi 16 octobre 2018

Perspective


Pluie et coulée de terre


Pluie et coulée de terre, coulée sur
les pieds soudain 
dans les sandales durcies
j’ai si froid.
Pas plus que l’obscurité des forêts
bientôt la nuit sera noire, il y aura les reflets
du feu sur la vitre
au mur la flammèche des phalènes brumeuses
qui s’accouplent attirées par la lumière
artificielle - vibrant le mâle ailé et la femelle aptère
dans le halo électrique - pour une parcelle thermique
et résiduelle de l’été

lundi 15 octobre 2018

Nos soirs 50



Pensive je regarde


Pensive je regarde depuis ma place les canots sur l’eau
de fins fuseaux multicolores et pourvus de bras lents,
aphones totalement avec une traîne triangulaire de lumière scintillante.
S’immiscent Les trois petits cochons puis Benny à l’eau puis
l’enfant soudain veut voir la rivière
et c’est de nouveau le silence
.

Entre les canots et mon œil une épeire diamant traverse sa toile expansive
.

L’enfant et sa mère reviennent
et Benny et tout tombe à l’eau
.

Seul persiste l’orbitèle en son centre radiante
.

Ce qu’il faut que je rassemble, fermant les yeux
troublée par vos agitations quincaillières
(vos poussettes et vos cuivres )


dimanche 14 octobre 2018

Nos soirs 49







Visible dans le figuier


Visible dans le figuier
- à vingt ou trente - le coup pendable des fourmis
leur contenance, en rang serré ininterrompu, m’agace,
résolues à soustraire toutes les bourses
qu’elles cambriolent en cinq sec pendant que moi
- j’écris le fiasco grandiose de l’été -
pendue devant les figues - d’un violet déguenillé
la défroque misérable - je restitue le dernier
brillant.
A défaut de festoyer. De fiasque pas.

vendredi 12 octobre 2018

Nos soirs 48



L'ombre du figuier


En passante altérée je regarde
et suis les chemins capillaires
jusqu’à l’eau. Puisque aucun chat
ne rentre plus déranger ni l’équerre
ni les lames au plancher
et bien je tarde dans l’ombre du figuier
te cherchant, toucher félin, sur mes bras

jeudi 11 octobre 2018

Nos soirs 47





Voilà : je sais à quoi pense ce fermier


Voilà : je sais à quoi pense ce fermier
qui moissonne son trèfle noir et sec
trônant dans sa cabine climatisée
sur un extraordinaire nuage de poussière ocre ( ou or )
qui brûle dans la lumière du soir
- un nuage qui le soulève et l’apparente à un Dieu - or
- je sais - il pense à la lame fourbie capable d’avaler
1,3 hectare l’heure fois tant d’heures, soit tant de graines
dans le réservoir, soit dix à treize fois plus que ne le faisait son père
en 50 53, lui qui ne recevait pas les subventions européennes,
tandis qu’à peine né, le fils ne résolvait encore pas les problèmes
mathématiques qui l’ont révélé si intelligent, si pragmatique aussi
que cette intelligence lui a permis de développer son entreprise
et d’élever son blé ( 1kg de grain pour 1 kg de pain ! ), son trèfle et son soja
en survivant aux années où les punaises et les coccinelles sont pour dix pour cent
de la récolte.
Il pense à cet échafaudage, cet équilibre savant, et ses pieds dans ses espadrilles conduisent touts seuls
et ses mains voltent en parlant, et il flotte.
Il dit c’est sa cinquante troisième saison.

mercredi 10 octobre 2018

Nos soirs 46







Lisières impénétrables

Lisières impénétrables et noires :
derrière, le bois fait bloc, derrière son nom de bois.
Bois du Mont, Les Herbeux, Bois St Père, de Chamaillin ( en descendant, avant le Charme de Neuille ), La Charmotte, ou, de l’autre côté, Bois de Bouchaille, Grands Buissons, Bois de Bay au loin, et l’immense Bois de Molvau, au bout du pré accolé au petit Bois de la Velle qui longe le chemin…
Les rayons obliques heurtent ce mur sans jours, qui est représenté sur le parcellaire forestier par un piquetage noir sur l’aplat vert en arrière d’un trait épais, comme un contrefort.
Quelquefois nous traversons la nuit que la route fend.

mardi 9 octobre 2018

Nos soirs 45





J'aimerais dire pommelé


J’aimerais dire pommelé, tant le verger l’est, pommelé
mais non, c’est une masse blanche - par endroits caillebottée -
de fibrilles déliées et de fins chevelus
puis de ridules liées en bottes
sur le bleu élusif et lucide, ce ciel-ci.

lundi 8 octobre 2018

Rêve ( échos ) / Nos soirs 44




Rêve ( échos ) :

C’est quand à vos yeux
dans des vallées par votre compas arpentées, Monsieur

se peut voir               -  la fonction sécante
dans l’angle                  est une fonction transcendante ;
une rose couler

                                   je pense que nous avons passé de bons moments. 

que nos pas remontent à la source très haute des serments.

Ce sont serments informes - air et poussière
dans une froide lumière du nord
( lui toujours cardinal ). Dos au soleil nous montons - nos os
sont éclatants - nous cherchons de concert
une autre langue
radicalement nôtre

et
quel angle former
ou encore en quel arc
la cambrure solaire éclaire
la tangente en un point.
         
                                   parlez-moi. Avec le soutien de vos yeux
                                  pour nous, voici l’asile de ma vie singulière. -
 

dimanche 7 octobre 2018

Nos soirs 43


 





: rien. Ce que j'ai vu / se dérobe


: rien. Ce que j’ai vu
se dérobe.
M’échappent les figures pour se perdre dans la fugue de sommeil,
défaites. Je cours après, débraillée, des lambeaux.
Dans leur mansuétude, elles m’attendent au rocher plat du rêve
moi essoufflée et trempée
( mais c’est encore moi
qui nue et sans repos)

samedi 6 octobre 2018

Nos soirs 42


Mais au sujet des asters


Mais au sujet des asters, je tourne
tout comme ces têtes - une successive identique question
dans un ostinato des roses - tournent
- copies exactes et puis non : erreur, erratique accumulation -
avec le vent, qui lui aussi
montre indécisions
et repentirs
( étourdissement incessant des recommencements )

vendredi 5 octobre 2018

Nos soirs 41


Le sais-tu, oui !


Le sais tu, oui ! pour moi voici des ans, voici
Toujours que ton sourire éblouissant prolonge
La même rose avec son bel été qui plonge
Dans autrefois et puis dans le futur aussi.

Qui plonge - ce bel été, et avec : ton sourire - au passé.
Cet été oui, est déjà conjugué.
Mais ton sourire, lui, dorénavant dans mon souvenir seul
que mots et faits de fleurs prolongent.
Et cela prend forme, à mes yeux, et feuilles
et veut bruisser.
Ainsi des asters amelle - beau deuil rosâtre -
grandis dans le feu.

jeudi 4 octobre 2018

Nos soirs 40



Un pied de luzerne opulent



Un pied de luzerne opulent sur l’asphalte bosselé
comme une plaie noire variqueuse
chaque jour auscultée,
chaque jour donne sa récolte.
Sur cette route le sol est - tel liseron,
tel pissenlit, telle minuscule lupuline auront entrepris de l’effondrer -,
instable malgré toute la volonté
du monde.
Mais pied variable ne faillit pas.
Qui dure encore ?
Luzerne et liseron
humaine volonté.

mercredi 3 octobre 2018

Nos soirs 39


Et quand j'inclus Java


Et quand j’inclus Java - le souvenir de Java - dans mon poème
je la convoque
pour l’accoler à d’autres choses bien réelles
je la protège encore, bien que je n’aie pu la soustraire à la mort
- comment un garçon de huit ans peut-il éteindre
ainsi d’un seul tir d'un seul le monde ? -

Les pierres restent pierres, je vois deux piérides
- vive blancheur distincte - voleter indifférentes au-dessus d’elles.
Je dois joindre encore les fleurs avec des fleurs 
et me soucier d’eau
sinon toujours plus lésé toujours plus irréel
et étranger me sera le monde

mardi 2 octobre 2018

Nos soirs 38



De là où je la couche


De là où je la couche - quelque part entre gravier et mémoire - émane
sa lumière toujours
cette attention qu’elle avait - vigilance auditive - et en quelque sorte flottante
pour tout ce qui arrive.
Java n’est pas indifférente quand elle dort
ni quand elle mange. Sur le gravier, nodale, l’excitabilité de tous ses organes
- son oui toujours ! -
est un don vibrant de vie, y compris à l’attente.
La plus intime fête arrive avec le vent et la samare 
que le tourbillon marginal ralentit
- faute d’oiseau - et apporte dans ses pattes