jeudi 4 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 21







D'un peu de temps 27


Enfermées ( lamiacées ) avec l’usufruit de ce nom

Enfermées ( lamiacées ) avec l’usufruit de ce nom Lamia,
dont Héra massacra les enfants et qui fut œil pour œil réduite à
dévorer ceux des autres ou à causer leur perdition et leur malheur
mais quelle jouissance tirer de ce bien sans substance et
sans destination ? Ici seule la mort fructifie.

Lamia repose ses yeux. Brillent les chemins usités
des hommes, où la poussière est mêlée à l’air et au pollen.
De sécheresse éternisés ils ne voient pas les bords, ni dérouler
la phrase sans destination de simples et de fraisiers.
Épines pour se rappeler à ces simples.

mercredi 3 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 20



D'un peu de temps 26


À l’autre les fraises sauvages

À l’autre les fraises sauvages la mémoire d’épines petites
chassées loin dans les chairs, - et le chèvrefeuille
et des aromates comme la marjolaine, et encore les ronciers,
édifiés en mur de défense grossièrement architecturé au godet,
sont en fleurs malgré tout - les deux font balancier.

Les lamiacées sont en nombre donc, de ce nom d’ogresse parce que
bilabiées leurs corolles évoquent une gorge, et des pleurs ? Parce que
les noms. Épines dans la pulpe des doigts font se rappeler
ce que sont les monstres, reclus dans la forteresse plus esseulée
des noms. Et ici le silène et là le sylvain azuré.

mardi 2 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 19



D'un peu de temps 25


Comme un panier de fleurs d’acacia


Comme un panier de fleurs d’acacia c’est un nuage
qu’on promène ravi
le cumul de bossages et d’émoluments promis.
Brandillant à main droite comme j’encense volontiers
le talus en pensant au silène sur la flouve odorante ou le brome dressé,
d’une casuelle volupté le pendule.

lundi 1 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 18


D'un peu de temps 24


Maintenant encore


Maintenant encore, hors spéculation - ce qui ne signifie pas sans raison
ni déraisonnable, mais ailleurs - ( sans doute manqué-je d’ambition ), cette pensée,
je suis cachée en elle, comme dans une fleur prodigieuse.
J’explore la fleur.
J’ai insistance d’explorer la fleur. Fleur tu m’insistes.
Pavot distant dans l’œil du sommeil. De l’orbite de l’oubli, si proche,
mais incidemment je suis en toi ainsi confiée à l’espace.

dimanche 31 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 17



D'un peu de temps 23


Au bout du jardin, personne ne vient, non.


Au bout du jardin, personne ne vient, non.

D’ici je vois seulement le cognassier bleui
qui palisse la nuit d’un treillis négatif,
pâle sur fond noir, face illunée face aux sapins,
et la fine clôture du fond, le maillage lâche
du fil de fer, luisant entre les piquets d’acacia gris.

Pas si bête je regarde le doigt qui fait danser la lumière,
la claie des doigts dansants plutôt que la lune, plutôt
que la clôture. Sans languir je sinue dans la nuit.

C’est à moi que je demande à quoi je pensais avant.
Avant d’écrire je vivais hors pensée car je n’avais encore côtoyé aucune fin.
C’est que je vivais, principalement s’entend.
Cet avant dura cent ans ( moins que le temps de le dire où est-ce une idée )
- et tu es venu me chercher -. Depuis tout le jour je t’attends.

samedi 30 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 16




D'un peu de temps 22


L'impact de vos fleurs rouges


L’impact de vos fleurs rouges
sur les verts dégradés
fit l’effet d’une salve.

Tout est calme à présent,
le vent est tombé.
J’ai lu Les poèmes d’amour de Marichiko
dans la nuit, n’ignorant pas les pavots,

la lourde éclosion en suspens
( maintenant que je suis un objectif défilé )
toute chose rendue incandescente,
d'une artillerie d’obusiers à l’affût sous les feuillages.

Je crois que j’entends les grillons ici aussi
dire nous rapiéçons les vieux habits
exactement comme des camelots. Au bout du jardin
c’est seulement la lune qui bouge dans les sapins.

jeudi 28 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 14









D'un peu de temps 20


Me suis-je retirée avec une fleur


Me suis-je retirée avec une fleur,
ou 
ai-je préféré m’enfermer avec un passereau ?

Dans cette force occulte de printemps - engendrement et mort
d’un même puissant mouvement -
souvent je nous ai reconnus, humains  

comme je reconnais la passagère image
véloce sur les graviers.

Il s’agit donc de soupeser le volume
d’explorer l’ère de l’instant
- lequel sans cet effort est d’une inanité ! -

et sans se laisser distraire
relier les ombres avec des corps.

Demeurer au vent,
et dans le paysage.
Sans rien augurer de l’allégresse des naufrages.

mercredi 27 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 13





D'un peu de temps 19


Plus haut l'intuition


Plus haut l’intuition de ses opposés. Soir empourpré,
versatile. La lumière changeante butine à chaque fleur.  
Un peu de ces caducités poudroie au pied, et quelle couleur
n’est pas, au plus près, aussi une odeur, une vibration 
d’une façon subtile, d’être et succulence et caducité ?

Clarté qui sort de cet intact instant-ci, inconnu encore,
du bégaiement,
quand s’affirme, rutilante, une victoire pourpre,
comme un miroir discord.

mardi 26 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 12


D'un peu de temps 18


Je te parle seule


Je te parle seule de cette force
- pléthore régissant jusqu’à sa propre ruine -
par des métaphores passériformes et des couleurs
ou bien le bourdon de la pollinisation vibratile
- mais c’est sans savoir, le plus souvent, qui tu es -,

et c’est toujours sans savoir. Et alors ne demeurent
que les pensées issues de la sensation de cette force.

lundi 25 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 11



D'un peu de temps 17


Car du jour vernaculaire


Car du jour vernaculaire : fleurs, ruche de midi, maladies,
herbe à faucher que sais-je - je ne sais plus -. La langue oublie
opaque sous tes pieds : où te crois-tu ? Ne mets pas les pieds
plus loin que les yeux ne te portent, dis, jusqu’où peux-tu voir ? Prends soin
de ton herbe. Je cherche la chatte marron qui a fait ses petits
et je vois que ce sont les rouges-queues noirs qui nichent ici :

soir versatile dans le courant même - coloré, odorant -
de puissantes saisons, régissant jusqu’à sa propre fin
- la nôtre -

dimanche 24 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 10


D'un peu de temps 16


Et moi je suis une pierre


Et moi je suis une pierre qui accompagne le mouvement.
Bien sûr c’est une image - ça n’en est pas, c’est -
il y a un être rêvant qu’il est une pierre rêvant qu’elle est
une fleur dans la ruche, ou la chambre des vents, il s’agit de s’assurer
qu’il y a un rêve aussi dans la fleur. Moi-même plus obscure

entrant dans cette bouche obscure. Mais face à cette fleur
mieux contemplée que jamais, vécue aussi sensiblement
qu’imagée, je vais, et je n’ai pas peur sous l’égide de ce jeu.
Je joue avec des langues rubanées, du phrasé de l’orchis, suivant
- la nuit - l’autre face vécue, la séquence d’imagination, l’autre mesure.