mercredi 23 octobre 2019

Souvenir d'Afrique 7


Le grain du mur est visible


Le grain du mur est visible.
L’ombre des branches comme le fléau
sur l’aire bat le crépi.
Oh le vent par projections régulières refait l’opus.

Cette phrase cet air est une intrigue

diurne son cri saisissant l’envide autour des arbres.

Le sol reprend possession de la phrase la nuit par les masses
et les massifs en montant le long des murs.

mardi 22 octobre 2019

Souvenir d'Afrique 6


Comme nous il erre


Comme nous il erre tout autour
sans doute
et prospecte
quand nous ne faisons souvent que survoler
sans but
natifs de rien d’autre que de l’œil noir
qui nous entoura avec amour - ou sans -.
Mais c’est à travers cet amour que la conscience ordinaire
parfois touche terre. Lumière scellée.

Lui ses orbes lents, des airs concentriques
et détachés.
Rien ne l’arrête, il ne se pose pas
son œil pique et repique
c’est l’air qu’il décèle


Je dis lumière scellée en pensant à celle
qui fut accumulée dans la journée par la lampe solaire
pour être restituée en sentinelle bleutée.
Les épillets désarticulés toujours plus noirs
sous elle hameçonnent ma jambe
de leurs triades.

La phrase perd sa lumière irréfragable.
Une seule phrase à l’univocité compromise, se dit-il
mais pas indéchiffrable non plus. De grandes ombres montent le long des murs
en un décor imbriqué dans un opus crédible.
La tête couronnée de buissons éclairée
en contre plongée.

lundi 21 octobre 2019

Souvenir d'Afrique 5


Ça coule encore.


Ça coule encore.
Je suis le chemin dérouté par les eaux
déroutée
déboutée dans la boue

je suis des yeux le vigile lent
l’archer et la mouche       le milan

des poupées dans les arbres côtoient
les urodèles
- et même elles leur ressemblent -
Qui va-là ?
( car c’est l’heure de la naissance )
Enfin qui va là ?

Je visualise d’autres boues. Debout
dans le miroir j’entends qu’on dit Poussez
Madame ! comme si j’y étais.
Vous m’en direz tant.

Comment nommerez-vous l’enfant ?
Cette crue - un exercice de patience avant tout pronom -
qui enfle incompressible en elle

comme en ce courtil détrempé
où il a trop plu


tout se dérobe
le sol en premier lieu

dimanche 20 octobre 2019

Souvenir d'Afrique 4


Qui vient déjà retournant le feuillage


Qui vient déjà retournant le feuillage
appuyer sa lumière fracturant la crête

dans l'odeur d'entrailles des éboulis
d'orage en orage glisse jusqu'au canale
tout ce qui n'a pas d'attache

…je rends ses glissements, son instabilité,
ses défauts, à notre sol silencieux et apparemment immobile ;
et c'est ce même sol qui une fois de plus remue sous nos pieds.

se refléter dans la robe noir pangaré du païen
dont les ars frissonnent

des flammèches

dans l'air parcouru d'aile sombre ce porteur d'eau
flirte avec l'éclair
traîne un ciel énorme derrière lui et le sol
plus clair qui bée

refoule dans un bruit de succion - de vulve mouillée - le clapotis
de bêtes jadis inaperçues pourtant que nous reconnaissons
comme nôtres
et c’est un empiètement jusque sur le pas
de porte la terre gorgée d'eau de charognes et de chair palpitant
molle comme de la pulpe

où le chat effaré crachote devant cet inconnu rampant

samedi 19 octobre 2019

Souvenir d'Afrique 3


Pas une prophétie.


Pas une prophétie.
Tout ce qui se trouve dans les zones monoculaires
manque de détail.
( Mais il perçoit très bien le mouvement. )
Sa vue est orientée vers le bas, précise dans le champ de vision binoculaire
c'est-à-dire - loin - devant lui.

Il voit très bien ce qu’il s’apprête à parcourir
et par où il peut fuir. L’opportunité est au sol
et dans le sabot.

Fils de Poséidon l’ébranleur du sol, Dieu des tremblements de terre
et des sources, embrasseur de terre tout comme Antée,
Pégase fait jaillir l’eau des souterrains d’un coup sonore comme l’éclair
de son sabot.

D’un coup rétrospectif et aveugle.

Moi j’attendais l’orage qui vient parfaire cette source.

vendredi 18 octobre 2019

Souvenir d'Afrique 2


Le céleste et royal milan


Le céleste et royal milan
           tourne prospectif

juste au-dessus du bai-brun
           patrimonial
- tout récemment la race a été reconnue -
lequel caracole dans l’enclos
( mais se heurte aux clôtures
et aux sels )

se heurte et se heurte aux clôtures

en terrien lui rétrospectif
n’a qu’un peu de répit pour présent

et pour tourner son œil - son regard -
vers le motif - mobile furtif
qui vient depuis son flanc -
moi émergeant dans sa pupille

jeudi 17 octobre 2019

Souvenir d'Afrique



Subitement le moro-sphinx ou colibri


Subitement le moro-sphinx ou colibri
en vol stationnaire devant l’anneau rouillé
scellé dans la pierre. Que butiner ?

L’anneau témoin du temps révolu
où le cheval attendait le cavalier devant l’auberge,
longe coulée dans la retenue,
le pommeau de l’épée du temps entrée d’un coup d’estoc
dans la façade du relais,
ou bien ce qui émerge, le clou de l’histoire.

Non, le voici qui pénètre dans le puits noir
du mortier de chaux délité, entre deux blocs.   
Et c’est exactement ce que je fais, je me dis

mercredi 16 octobre 2019

Je voulais aller plus loin


Je voulais aller plus loin - sûrement plus avant
où la route finit - pensant qu’il y a un sentier
un escalier dans la roche ou des degrés sous la végétation

( le païen ne nécessitait pas d’être ferré.
Endurant et apte aux terrains escarpés. Pied ferme. )

Finalement je cherchais peut-être l’embarcadère
pour cet autre versant de temps
le point d’incidence se situant quelque part sur la place

Tu dis que dans ton enfance on appelait nid
les maisons du sommet - et j’entendis aire -

un chien bifrons - ouvreur comme sont les chiens -
accompagna l’après-midi indécis

l’attente sur la place brûlante et sans un arbre
que l’on touchât perplexes ce monde absent

lundi 14 octobre 2019

Semblant de toilette 48


Pas la vision


Pas la vision. Nuancier à peine concevable
l’ascension troublée par le vent - vif, cismontain - quand
arrêtant l’auto sur le bas-côté pour regarder - enfin -
serrés sur le schiste inséable on essaie juste de rester debout

et pour passer le col, passer sur l’autre flanc.
Des verts et des roux, des aromates sous la poussière
qui nous trouve et nous trouble, puis à rebours
dans la chênaie, la châtaigneraie oubliées

Au bord de la route défile le schiste lustré -
le calcschiste à vive allure - et l’eau ruisselle.
Une hache aux tempes et à l’œil appuie son biseau sa
lame fraîche comme un écho au cresson de fontaine

dimanche 13 octobre 2019

Semblant de toilette 47


En quoi des enclaves ciblées sur la paroi


En quoi des enclaves ciblées sur la paroi
avec la H pour mouche et pour but
l’alliance - ce signe abrupte - comme une échelle
pourraient-elles répondre de la vie, et de la vue ?

Non il n’y a aucune garantie. On peut passer là
sans rien voir. Pas même le cercle. Pas
la source qui suinte au décrochement du rocher
sous les fougères le cade et le chêne vert

samedi 12 octobre 2019

Semblant de toilette 46


Des cercles sur des redans cimentés


Des cercles sur des redans cimentés,
appuyés sur le rocher au-dessus du vide
comme des plates-formes le long des
routes étroites où l’on ne se croise pas.

Ils servent aussi de point de vue.
Un dégagement, une piste pour la 
projection. Voire la coulée aride
du maquis où la poussière éclatante irradie.

vendredi 11 octobre 2019

Semblant de toilette 45


Partout sont des héliports


Partout sont des héliports
cercles peints sur des terre-pleins exigus.
Des havres qui signifient beaucoup,
la H bien visible comme une échelle
à portée de quel ciel quel salut ?

jeudi 10 octobre 2019

Semblant de toilette 44


sans visage


sans visage dans le miroir reflétant plus de ténèbres
que de lumière*
                                          
et favorable aux échos.
Il fait presque totalement noir. Nuit innombrable.
Enfin je peux vous voir objets bruits et grandeurs :
figures furtives - et relatives - de la dynamique des choses.  
Car la nuit dans le miroir consacre la lenteur
j’étais vouée au noir. À cette fête anonyme.
Le cirque d’étoiles est bien visible. 


* Henri Cole, Terre médiane, Le bruit du temps

mercredi 9 octobre 2019

Semblant de toilette 43


La fleur veinée de blanc du grenadier


La fleur veinée de blanc du grenadier
est de marbre face à moi le mystère reste entier.

Dans ma vision seulement des filets de sang
que je suis - en veine dis-tu pas dans la veine
jusqu’au cou - ces veines bien visibles de sang
chaud et pulsé. Oui protège tes yeux avec ta main
en visière et tu verras ta paume. Affronte la portée
affronte toute la musique.

mardi 8 octobre 2019

Semblant de toilette 42



Une veine d'eau.


Une veine d’eau. On parle de veine.
Mais d’air, non. On dit courant.
Mais toi, si tu es en veine ?

Vraiment je ne sais pas. Un filon ?

Une veine se doit d’être cachée. Car
qui voit ses veines voit ses peines. Foutaises.

Je vois milan sans peine
porté par l’air.

Que dire des granites et des marbres ?






lundi 7 octobre 2019

Semblant de toilette 41



Et là


Et là - Oh la ! pas si vite
ne tournons pas la page, pas tout de suite
ça ne fait que commencer !
         je voudrais m’arrêter
et reprendre mon souffle.

Non pas abandonner
arrêter sur un muret, regarder à la ronde, la fuite
des nuages, on dirait des massifs.

Les figures s’imbriquent.
Circulaires, qu’aiguise le vent, ou gibbeuses, mais pas seulement.

Plus bas le cheval dans son pré, le sel un pavé éblouissant.
Une camionnette blanche arrive lentement
elle klaxonne dans chaque virage.

Milan supervise.
Au sommet on est pas plus grand - pour autant -.

samedi 5 octobre 2019

Semblant de toilette 40



J'ai fini par trouver, chez Yi Sang


J’ai fini par trouver, chez Yi Sang, dans Remémoration ordinaire
( il est probable que nous éprouvions tous, à certain moment,
cette rotation des objets, célestes y compris, dans notre corps
et notre vision. Avant la mort ? ) ce phénomène vu avec les cyclamens :
C’est doux comme un printemps tropical là où le brasero éclaire
comme la lumière du soleil dans ce coin j’ai même su me remémorer
une rotation de la Terre autour du Soleil *

Ma main en visière cache le ciel dans son entier.
Il a encore raison, ce jeune homme, le ciel est vraiment
grand comme une paume. Mais de quel côté
de ce ciel grand comme une paume - ou de la paume -
est la vie ? De quel côté vole réellement le milan ?
( les colombes, je ne dis pas, apportant la paix gravée
sur un phylactère, volent, si j’ai bien compris, de l’autre côté )
( voler réellement est une itération. Un re-battement d’ailes.
Y gagnons-nous en réalisme ? Non puisque le milan
ne bat pour ainsi dire pas des ailes. Disons : de quel côté
de ma paume le milan se laisse t’il voler ?
Enfin, qui ravit qui ? )

J’ôte ma main. L’axe - un arbre ou un soleil -
comme un clou dans mon œil
enfonce sa tête - plate - de tapissier,
ma tête éclate. Des frondaisons rouillées, des laines
bouclent au-dessus du bassin formant une voûte ourlée
de gouttelettes, de sang, de secondes éclatantes.
Il n’y a pas de témoin innocent à la source.
Le ciel tourne. Milan n’attend pas.
Au pied levé il reprend le pivot - l’arbre au soleil
est un platane -


*Yi Sang, Plan à vol de corbeau, éditions La Barque, 2019