lundi 12 novembre 2018
Le merle est tombé
Le merle est tombé sur la pierre. Un bec ou un plomb
comment savoir : de désordre dans son plumage, aucun.
Son corps rangé - raidi sans négligence et sans dommage -
posé sur des pétales de rosier Sénégal comme un lit
- un fleuve - indolent rouge carmin sombre avec ces reflets
magenta et
une pointe de jaune sur chacun d’ eux.
Il ne répond pas. A son nom de merle - son beau nom -
je le fais entrer révérencieuse dans mon théâtre singulier
dimanche 11 novembre 2018
Le bruyant Dionysos
Le bruyant Dionysos portant le thyrse chevauche la panthère
- en amazone -
et couronné de lierres. Sur la mosaïque de Délos son
tambourin miroite,
dans les tesselles plus claires.
Font intrusion des sortes de panthères dionysiaques - sansonnets
jaillissants des grands pins -
qui s’esclaffent à ma porte
s’arrachent les pampres et les défroques de figues. L’orgie orchestrée
attire ici mésanges et fauvettes - le ballet -
des merles et un émerillon et même des pics épeiches
la vigne toute entière et le figuier agités des soubresauts
d’un branle au jardin circonscrit comme un théâtre.
Mais c’est la vie qui se joue. Hier à l’ouverture un merle est
mort.
samedi 10 novembre 2018
Rythmée sous les lianes d'un chèvrefeuille
Rythmée sous les lianes d’un chèvrefeuille volubile dévolu
au coudrier bordant la marche enroulée
longeant le haie brune étoilée d’involucres pâles
- plus loin le hallier secoué de toux et de plumes -
je pense à l’ami qui ramena pour moi un pied
de chèvrefeuille sauvage prélevé au bois
et les girolles dorées dont nous faisions les poêlées
qui avaient la saveur de l’éternité qui n’est - telle -
que dans les soirées passées entre amis avec le rosé
qui goutte au cubi après du temps - perdu -
ensemble au bois.
( aussi bien je pense à l’été au bord d’un feu noir
qui s’éteint dans la nuit avec les voix
les bras très blancs et froids
il reste de quoi manger encore un peu
on entend les enfants jouer dans la coudraie )
vendredi 9 novembre 2018
Comment se fait-il
Comment se fait-il que la mort de l’ami
- celui qui plus jamais
ne dira oui -
dilate à ce point l’espace et le temps
( ce n’est pas un non
non plus. J’ai beau
convoquer l’absent
- la tête penchée en avant et de côté,
le dos une arche sombre pour tenir et abriter -
la voix continue doucement
de supposer
les mains d’accompagner ) ce point incandescent
et ravageur mange - comme le feu dévore la pellicule de
gélatine -
l’idée de sa vie.
Le monde compte aujourd’hui une détermination de moins,
j’ignore même où,
et de cela je suis le
témoin.
Ce que j’ai donné je
ne l’ai pas repris tu pourras le dire où tu iras.
jeudi 8 novembre 2018
De nouveau je suis
De nouveau je suis face à la rivière. Je regarde les
ridules
glisser sous les yoles étroites - peintes de damiers, l’une
jaune et
l’autre bleue - amarrées dans l’ombre des saules et des
érables
et dont les pointes avant et arrière,
d’un pouls lent alternativement soulevées
descellent l’accolade des reflets.
Une traîne ô - comète, double comète - s’allonge sur toute
la largeur
de l’eau : c’est le contour des houppes réfléchies
par les rayons obliques. Ma respiration lente aussi et calée
jusqu’à ce que
perce l’aiguille d’un mini kayak orangé qui disperse l’arc.
Des feuilles - pièces détachées - dérivent indolentes.
mercredi 7 novembre 2018
Chaque sarment
Chaque sarment de la vigne une ligne qui court
depuis le cep - tortu mais pilier de droit - jusqu’au
figuier
par les cirres agrippé. D’anciens clous forgés
la rouille suinte au ras des rafles entortillées
sous le raphia poussent les stigmates
chaque grain en témoin
oculaire
mardi 6 novembre 2018
Le rouge-gorge
( Toussaint 2014, extrait )
( texte de la vidéo de A. Callay, octobre 2015 )
Le rouge-gorge est venu ce soir
très près
hardi l'œil-pression
que veut-il de moi ?
Que voit-il que je ne vois ?
L'œil noir ne quittant pas
l'objectif
mes moindres mouvements
pourquoi ? Pour un ver ?
le compas étalonné interne
de tes yeux
ne te sert pas qu'au champ magnétique !
Ici ta boussole n'est pas désorientée
par l'électro-smog,
tu gardes la distance juste et le cap
pour impulser
obtenir ton dû de
danseur sur le manche
danseur sur le cerisier.
lundi 5 novembre 2018
A quoi je pense
A quoi je pense :
demain la soupe sera sure
elle piquera nos langues.
Comme l’été dure la vigne s’aoûte encore
il faut couper les sarments qui obstruent la porte.
En lisant Il n’est
plus d’élégantes histoires de rédemption
chez H. Cole je me demande quelle sorte de déception
- s’impose déception
ce mot
au vu de sarments qui jonchent le sol ainsi
séparés du cep
une sorte de déposition je crois ( j’entends tout autre
chose ) -
quelle déception,
donc, portent les chasselas mûrs accrochés sur
la façade sud près du figuier.
Les fauvettes s’enfuient à mon moindre geste
à main nue pourchassant l’assaut
du massif amont.
Il n’y aura pas de réparation
sauf consentement dionysiaque à leur fête.
dimanche 4 novembre 2018
Car la table
Car la table - je dis parfois l’autel à photographie
parce que vouée si petite qu’elle semble consacrée dans
l’attente -
qui n’est pourtant pas une girelle de potier
participe du mouvement général
giratoire et foireux - à vide sans tourner court -
où se noie toute ma volonté pour faire place
à l’incident : l’image incidente
ce sacrifice de la volonté qui est retour à la vie
( sous la forme d’une
réalité )
résolution par la lumière :
un théâtre où les bijoux sont vrais
il y a de vrais joyaux
dans le giroiement de mouches
qui surexposent.
Moi comme au théâtre je parle sans vous voir
immobile comme l’ombre
du saule
samedi 3 novembre 2018
à la projection
à la projection de ce portique foisonnant
de feuillage de grappes et d’oiseaux - vignes fauvettes et
figues entrelacées
en une indienne tissée
de rouges cirres bourses violets gris et verts lucides où
les
becs virevoltent circulaires piquent dans les sycones -
à la roue giratoire de cette ombre portée au sol
sinon consentir compter
avec ces figures :
prise dans ce filet
vendredi 2 novembre 2018
Et comment et avec quelle émotion
Et comment et avec quelle émotion mes mains
tremblent - travesties ces mouches lumineuses
en strictes formalistes ordonnent la cérémonie -
empreintes de brèves résilles elles
- ces mains toutes frêles sous les raisins factices - elles volent
dans l’ombre furtive du vol des fauvettes
pour se saisir finalement du motif sur l’autel à
photographies :
une pelure d’oignon ou un fourmilion à quatre taches
jeudi 1 novembre 2018
C'est le treillis de la vigne
C’est le treillis de la vigne
lancé par-dessus le figuier
qui donne cette lumière si particulière
- des rais fluides et un moucheté doré -
à la pièce. Je sais surtout le vital repaire
secoué de bien des querelles
d’oiseaux qui pénètrent en dedans ;
un tumulte forain fait tanguer tables et chaises
le manège tridimensionnel
entraîne la bête avec la lumière
mercredi 31 octobre 2018
Dans le rectangle de lumière
Dans le rectangle de lumière
l’événement singulier de sa présence ( déjà ) Distoleon
porté par son ombre
déformée si volatile, décentre le motif.
Un instant même il triple sa dérisoire et railleuse inertie.
Est-ce trop, deux ombres ?
Distoleon chromatique
joue à merveille de ces intervalles
qu’il anime, il jongle avec les nombres
et je le suis
tant me réjouit cette vie résiduelle. Que faire sinon ?
mardi 30 octobre 2018
Une autre vie
Une autre vie que j’ose
entre les
- aux doigts de - secondes pulsées
multiples et démultipliées
abîmées :
encore d’heureuses heures
lundi 29 octobre 2018
D'un doigt
D’un doigt j’écarte les possibles
pour ne voir - regarder voir -
que les faits - un orient -
visibles ( y compris cet air égaré )
et passant d’une langue à l’autre
je transcris la vie - une et risible -
qui ne sait plus être - cet effacement
horrible retrait sans rire qui ne resplendit pas assez -
dimanche 28 octobre 2018
Et j'ai là en plein soleil
Et j’ai là en plein soleil pressant
- variable mesure des équerres -
recluse dans sa forme naïve
la croit-on définitive ? vraiment ?
une nature morte semblant
- rétive à tout œil -
un Distoleon indocile.
Que la lumière creuse ou parfile
ce fin filet pour la vue dont l’irisation
imprécise enclot la forme
libérant ainsi
- en réseau réversible
ou irréversible
qui déchiffrera l’étoffe réfractaire ? -
d’étroites roses ou d’autres fleurs
et des sortes de papillons et tout un bestiaire.
Qui ne sont pas des visions mais des choses visibles
bien que peu ( visibles )
et fugitives
comme sont les ombres
samedi 27 octobre 2018
C'est Lucas
C’est Lucas qui voit le martin pêcheur
qui a vu sa proie
lui depuis un roc
aigu et véloce
à l’heure dite
première.
Plus tôt c’était un feu
entre les bois du Mont
et le bois St Père.
Une grande flamme
embrasa soudain toute la hauteur
du pare-brise.
vendredi 26 octobre 2018
Querelle de fauvettes
Querelle de fauvettes et de merles
au sommet du figuier. Autant de bruit et
de tumulte qu’une tempête !
Ou bien c’est encore l’épervier.
jeudi 25 octobre 2018
D'estoc et de taille
D’estoc et de taille
mais imprécise
- intempérie d’entrailles -
elle n’empêche pourtant pas la terre
de tourner la petite phrase assassine
mercredi 24 octobre 2018
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