lundi 24 décembre 2018

Feu de tes glaives


Feu de tes glaives
iris jaune faux acore dit des marais
feu de ta fleur si fine emportée sur la svelte
tige. Fleuron claironnant haut. Ou Roland de tout son cor.
Dans la boue tes rhizomes sont la réserve
un Enfer provisoire qu’il me faut visible pour continuer
sachant, clairon des bords de Lys,
enfin comment recommencer.
Enfin faire avec la dormance.


Pourquoi tiens-tu ? Pourquoi lâches-tu ?

dimanche 23 décembre 2018

Narcose 14


Comme par cette allée


Comme par cette allée empierrée
où je progresse lentement parmi
roses et chardons calcinés
onagres ou molènes iris faux acore
s’oublient un moment pour ne garder
de sens que les gestes précis :
rabattre pailler sarcler
Car même le vide se travaille.

samedi 22 décembre 2018

Narcose 13


Des mots des pailles


Des mots des pailles et sans souci du résultat
absorbée par ces -
détresse respiratoire
souffles éparpillés dans - ces cercles, le chevelu, la cépée
et l’érable
recréés en vérité :
sur la rive écarlate
insufflent au poème que je tresse
vie

vendredi 21 décembre 2018

Narcose 12


Devant le Doubs


Devant le Doubs.
Plate sur l’eau plate avec la pluie
qui crépite en cercles concentriques
japonisants. La brume amortit tous les bruits

La yole à damiers bleus arrimée au reflet d’un érable tête en bas
la gueule prête à mordre, à sectionner le fil continu du réel
ce réel un érable feuillu encore qui prend racines dans son reflet
chevelu d’un vieil or décoiffé dans les cercles où la cépée vient puiser

des pailles

jeudi 20 décembre 2018

Narcose 11


Elles gisent à présent


Elles gisent à présent
dans l’herbe grise
au pied du cerisier
les ailes disloquées d’un merle
humérus et cubitus la membrure si délicate
à la parfaite articulation et filetée de sang
un échantillon effiloché de la petite couverture alaire
aux reflets bleutés le bouquet d’alules asymétriques
puis deux rangées bien nettes de tectrices et de rémiges primaires.
Panoplie pensé-je en m’inclinant. Ou écorché. Le bec béant posé entre elles.
J’ai cherché l’épervier ou l'émerillon. Il n’y avait là que le soleil
descendant entre le frêne et le cerisier jusque sur ma charretée de feuilles
et le buisson dissonant de la clématite des haies.

mercredi 19 décembre 2018

Narcose 10


Piètres figures sous la houe


Piètres figures sous la houe
fourbues et rompues et qui rouillent
je prends la neige de vitesse
elle que son odeur devance au nord qui est partout
plus bleu impavide.

Dans la nuit du 19 novembre 1985
la neige tomba sur les pins filiformes
à ce moment aussi l’obliquité était une variation
de la perpendiculaire, chose ordinaire à regarder et
représenter.
Comme un hourdis tout neuf elle accusait de sa clarté
l’oblique des colombes noires derrière la vitre noire.

mardi 18 décembre 2018

Narcose 9


Car les graines éclatent


Car les graines éclatent sous
les mains gantées
sèment ce que l’ivresse arbore :
une promesse ou bien plus un appel
comme un arbre que l’on plante hisse
ostensiblement ses gemmes.
Vous ne vous lèverez désormais que pour un regard.
Pour l’instant ce que les mains détiennent :
poussière, akènes. Vent brûlant au nord. Cet instant même.

Là, je n’ai de mains qui se tiennent
De ce qui est accordé pour la disparition
Ni pieds qui pèsent sur tant d’oubli
D’os morts et de fleurs mortes
Et les fleurs t’appellent de ma voix

lundi 17 décembre 2018

Narcose 8


Un enchevêtrement dans sa voix


Un enchevêtrement dans sa voix
contre le mur - que mes mains,
dont mes mains se sont saisies -
que l’outil brûle. Un rein
pour deux hurle encore dans le ravin
à sec de l’été précédent. Ici aussi
les fleurs attendent dans la resserre.

Népètes. Exténuation de ce mur d’étoiles
que je dissémine en tournant
Tout est arme et tout désir.

dimanche 16 décembre 2018

Narcose 7


Par une allée d'iris


Par une allée d’iris et de lilas
de rosiers calcinés, d’Echinops - toutes absentes -
où népètes et calaments sont les manants
plus robustes ébouriffés
je vais non soustraite au vent
vers où il prend
source déchirée dans le lierre et le roncier

samedi 15 décembre 2018

Narcose 6



Ah, le bel outil


Ah, le bel outil
que cette houe
fourchue ou carrée
donnée pour l’interrogation
- binage et sarclage de la terre -.
Fleur en dedans nombreuse
il n’a pas été nécessaire d’être ivre - je l’étais pourtant
suroxygénée, sans rien attendre de cette narcose -  d’autres fleurs ont failli me perdre -
pour prendre ce fer lustral pour un astre
- le tridenté - puisque je vois un ciel quand je m’incline vers
elle

vendredi 14 décembre 2018

Narcose 5


Aujourd'hui le brouillard


Aujourd’hui le brouillard suce mes doigts actifs
sur les fanes et les feuilles. Et de ma bouche sort une buée
en forme de poire qui tombe mollement et
peut-être se mêle t’elle à la terre noire qui a eu si soif cet été.
Je les vois, cette poire et les gros palets bruns des cyclamens
couchés côte à côte enfouis sous les feuilles d’or du charme.

jeudi 13 décembre 2018

Narcose 4


Mais rien n'atténue la chute


Mais rien n’atténue la chute. Et comme les émotions
se suivent et bouleversent la vision - collisions des faits discordants -
il est nécessaire et salutaire - perdurer comment ? -
de transformer ces émotions, les dynamiser
en une forme : beauté incidente travaillée et acceptée.

Mondes - intérieurs et extérieurs - accordez vous de cette collision
sur la table de dissection dans l’incarnation des images et des mots !
Ne faites qu’un ! Ne faites plus qu’une réalité ( non dédoublée )
immédiate et active
transmuée en énergie, tremblements, joie motrice.

mercredi 12 décembre 2018

Narcose 3


Je fais sécher ce bouquet


Je fais sécher ce bouquet sur du journal.
La dessiccation des chrysanthèmes me ramène
au jonc fleuri de cet été allez savoir ! D’opulents globes
à la blancheur lustrale ils deviennent autres
hirsutes étoiles brunes et crépues brandies au bout
de tiges lignifiées, des moulins de foire qui ne girent plus.
En fait c’est le follicule du jonc qu’ils me rappellent, son allure
échevelée dans la roselière explosible

mardi 11 décembre 2018

Narcose 2


Ainsi du chrysanthème


Ainsi du chrysanthème qui maintient - vaille que vaille -
son double rang de pétales en s’amoindrissant.
Il se retire par son centre, le vert sali
des bractées est comme aspiré et la tige pâlit, le blanc
s’étiole et s’élucide aussi
scarieux. La fleur change d’astre et de sens.

lundi 10 décembre 2018

Narcose


Que les mots ne séparent pas


Que les mots ne séparent pas de la réalité
mais qu’ils la créent - veuillent l’être -
par saillies quotidiennes depuis mes veines,
l’abreuvent tandis que je s’évanouit
- que je, en citerne, s’épuise -
( jusqu’aux capillaires siphonnés )
cependant qu’elle
elle réalise et dilapide ce qui est

dimanche 9 décembre 2018

Les ateliers 10


Mon ombre portée


Mon ombre portée ma doublure
mêlée à la leur, participe à cet instant
autant que - ce qui, soustrait
aux rayons incidents, respire humblement - suggère
- de moi-même méconnaissable - un corps
en relation inconnue : une aventure
La taille de l'ombre portée dépend de la taille de l'objet intercalé et de sa distance relative de la source de lumière. Plus l'objet est près de la source de lumière, plus la zone d'ombre sera grande. Son intensité dépend de la proportion de la lumière apportée par la source masquée. Si la source masquée est la seule source présente, alors la zone à l'ombre est dans l'obscurité totale.

samedi 8 décembre 2018

Les ateliers 9


Ni confession / ni abstraction


Ni confession
ni abstraction, comme la lune émergeant entre les pins.
Comme tu dis cela ! Je voudrais moi aussi
restituer clairement cet instant où je vois le chrysanthème
sur la table éclaboussé de lumière me délivrer
son ordre strictement solaire impulsant
sa dynamique à la pièce et aux objets. La pièce dans laquelle objet
parmi les autres je le suis.

vendredi 7 décembre 2018

Les ateliers 8


L'attraction du chysanthème


L’attraction du chrysanthème est dans ces pesants capitules
la coloration - à y regarder mieux - du cœur verdâtre, où naît le vertige,
( je capitule ), où bouclent les fleurons centraux immaculés,
( tandis que déjà tombent les fleurons périphériques tachés ).
Je suis comme cet insecte fasciné, et incline à me laisser ainsi attirer.
Avec volupté.
Où naît le vertige je capitule.

jeudi 6 décembre 2018

Le chrysanthème se fane


Le chrysanthème se fane.
Je crains de vieillir plus vite si les fleurs sont fanées voilà ce que disait
Du Fu au VIIIème siècle. Je crains moi aussi
de vieillir plus vite si je ne suis ce chrysanthème
dans sa blancheur ordonnée - ligules étagées -
l’ordre pur d’un plumage fuyant en un point centripète.
Je suis le capitule verticillé, fixe ce point, cette force qui aimante
au cœur du réceptacle, j’admets son axe de symétrie
ce vertige.
Et ne cille pas lorsque enfin avec lui je chevauche les nuages.

dimanche 2 décembre 2018

Très solennel et radiant chysanthème


Très solennel et radiant chrysanthème
- blanc si double -
corymbes jaillis de feuilles charnues
- de virides feuilles les portent au-dessus -
mais voici qu’il s’étiole dépérit et se replie
passe avec les nuages jaunis
dans le miroir. Rien que très banal.
Li Qing Zhao, faut-il aussi me comparer au chrysanthème ?

Les ateliers 7


samedi 1 décembre 2018

Un petit chrysanthème blanc


Un petit chrysanthème blanc
dont la sombre blancheur pressée m’aimante
- la belle ordonnance portée au-devant
oppresse - tout comme la pierre noire
rémanente dans la nuit longtemps après que j’aie
scié le bois du sureau cassant comme du verre

puissance de cette fragilité intense poussée vers le haut
et puissance de cette blancheur qui aimante

Les ateliers 6