vendredi 13 août 2021

En ville

En ville la croyance attribue le prestige
des grands arbres à la demeure, et
par métonymie à la famille. Majestueux
magnolias et platanes qui ne partagez pourtant
pas votre âge. Mais l'homme s'arroge
 
votre grandeur. Il pense gagner en sagesse
et en puissance sous la couronne. Erreur.
L'arbre est un monde dont il est exclu.
Une dimension non comptée. Sa simple respiration
est un penser intelligent.
 
Impossible à évaluer la vitalité, l'intelligence avisée
de ce noyer déployé au bord du pré. Impossible à dénombrer.
C'est elle qui lui a fait garder de ce côté ses distances
avec la maison. Son feuillage vibratile : un langage
d'humilité qui s'entend dans la haute sphère.

mercredi 11 août 2021

mardi 10 août 2021

Dans l'atelier - Soudain ( juin 2016 )


 

À fragmentation 183


 

Cathartique silence

Cathartique silence de la buse lissant le pré.
On entend peu la bruyère qui roule. Le rouge-queue
qui était entré dans la pièce nous attendait sur la ferme,
l'intention perdue au fond de l'œil, son pouls comme
celui des lézards dans l'ébrasement, tant le seuil ici est indistinct.

lundi 9 août 2021

À fragmentation 182


 

Vert nerprun

Vert nerprun, bleu argent, sang de Saint Jean,
qui veut soutenir ce nuancier ?
Qui vient ?
Osmonde, son règne bienveillant arrondit la terre,
les pentes couvertes de sa miséricorde.

dimanche 8 août 2021

À fragmentation 181


 

Pour exemple

Pour exemple la pierre (rouge).
Elle bouge sous la treille de vigne ou la fougère,
et le noyer, dont les vibrations de l'ombre
écroulent les murs, respire au pré.
La lauze rappelle le cochenille.

samedi 7 août 2021

À fragmentation 180


 

Je suis le chemin

Je suis le chemin. Chemine un œil avide,
embusqué dans la calandre. Mais où sont
les cylindres au juste ? Respire, quelque part calcule
à son insu le volume aspiré par la course du cœur.
Quelque part lamine l'étoffe des couleurs.

vendredi 6 août 2021

À fragmentation 179


 

qui nous transporte

qui nous transporte. Bleu laiteron des champs
à vive allure formule ton phrasé ondulant
dans la desserte.
Entre treillis et tabis pour l'étoffe ondée
de la vacance.

jeudi 5 août 2021

À fragmentation 178


 

Je comprends autrement

Je comprends autrement ce transport.
Pour la première fois j'entends les mots Transport to Summer.
La route est teinte de chicorée et vipérine,
millepertuis alliés dans la vacance des bas-côtés
- cette alliance passée pour la métaphore -

mercredi 4 août 2021

À fragmentation 177


 

Elles apportent l’eau

Elles apportent l’eau pour le transport.
Le mot de la capillaire abonde dans la bouche à goût de sang.
Brillance des frondes de toutes les fougères, sores
et sporanges poudroient le mur
quand je reviens pensive sur l’instant de l’été.

mardi 3 août 2021

À fragmentation 176


 

Ainsi, une figure

Ainsi, une figure dans votre mot rayonne,
sa chevelure effleure la passante, la hèle, 
la hale. Eh ? Qui veut quoi ? Qui tire de la voix
peccante la pensée ténue - un phylactère où fleurisse
la parole non suspecte, sans révélation - ?
 
L’œil est traîné dans la poussière. Tant pis.
La peau expire, images et pores obstrués, peu importe.
Devant le mur comme une pensée plus réelle,
réverbération de l’ombre si c’est possible et
les capillaires afflouent la métaphore.

lundi 2 août 2021

À fragmentation 175


 

(Il a fallu

(Il a fallu que l’homme s’invente une nature peccamineuse
et la Thériaque aussitôt, pour soulager ses humeurs).
Je soulève la poussière en respirant.
La parole édifie l’intime en l’ensevelissant
comme le mur, oui, que nous avons relevé.

dimanche 1 août 2021

À fragmentation 174


 

Tout comme ce lézard

Tout comme ce lézard j’encours la responsabilité
devant la lumière, elle qui fait chuter le mur
en ombre fertile, fermentaire.
Ma responsabilité de contemplatrice à l’aplomb douteux :
si je chéris l’équerre pour l’assise et le rêve
 
si j’y reviens sans cesse, c’est aussi qu’on voit mieux
depuis l’ombre. Qu’on reprend le souffle expiré
dans la côte. La poussière a couvert l’humeur,
c’est pas grave, puisque l’alcool du mur réanime.
Et la fronde du cétérach, de la capillaire ou de la rue des murailles
 
- effleure et colore le bras -
dont les sores soupçonnent le moment d'être venu.
Aspléniums noirs vous crevez le mur et l’indusie,
là au nord exultez - vous ne minez pas -,
si ténu est le rhizome.

samedi 31 juillet 2021

À fragmentation 173


 

C’est mon affaire.

C’est mon affaire.
Cette petite chose chancelle dans l’air asséché
ou sur la pierre méridienne le gnomon forgé
oriente un hasardeux lacertidé podarcis muralis, mais si peu,
la chose est si imprédictible !
 
Est-ce que la brûlure est une fatalité ?
Le sol ressuie, le mur blanchit. De nouveau
l’ombre habite l’édifice qui a failli par le ventre
de nouveau il arpente la page ensoleillée
sur laquelle je suis alitée.

vendredi 30 juillet 2021

À fragmentation 172


 

Et j’honore le vivant instinct

Et j’honore le vivant instinct de leur raison. Fais
une construction réaliste à partir des choses vues,
si petites soient-elles, qui sont chaque fois un tremblement du réel.
Chacune est le passage unique d’un réel perpétuel, commun
et si singulier : communauté de péril et de solitude, dit l’autre.

jeudi 29 juillet 2021

À fragmentation 171


 

car la nature

car la nature est quête de contentement.
La seule gloire est de survivre, voilà ce que nous disent
ceux qui côtoyèrent la mort au quotidien.
Et les fleurs, et les chiens. (Au-delà de la gloire : ce sont les mots de la réalité.
La mort en est.) : alors je révère la gloire des fleurs et des chiens.

mercredi 28 juillet 2021

À fragmentation 170


 

La mort se sait

La mort se sait plutôt qu’elle ne se vit,
mais quand on y pense, ce savoir, c’est lui qui donne précisément son goût
et sa température à la vie que nous nous faisons : la réalité.
Et toi, tu ne changes donc pas ? Si, bien sûr que si, me voici,
variations de l’attente, joyeuse par nature,

mardi 27 juillet 2021

À fragmentation 169


 

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Qu’est-ce que ça veut dire ? Rien. Toujours la même chose.
Le réel ne change pas, quoique nous prenions soin de changer le décor.
Je me suis partout où je vais, je suis comme la mort 
présente en chaque souffle, chaque effleurement.
Un goût de détrempe dans le ventre des murs.
 
Ne disais-tu pas « perpétuelle première fois » ? Perpétuel
est réel, première fois est réaliste : c’est ce que nous éprouvons,
ce que nous transcrivons, sentiment de la nouveauté, surprise,
émerveillement (éventuellement) : une représentation.
« Première fois » évoque la vie élaborée, décomptée, ordonnée.

lundi 26 juillet 2021

Il y a un site !


 Il y a un site !

Dans la lame 38 ( septembre 2015 )


 

À fragmentation 168


 

rien ne peut se comparer

rien ne peut se comparer, dit l’un. Alors ?
C’est une question de placement et de sonorité.
Il y a un mur nouveau où il y avait un mur, bâti dans
ses fondations mêmes, avec les mêmes pierres qui ont déjà servi,
mais autrement agencées,
 
et qui rendent un son différent.
C’est dans ce fruit-là que nous mordons, espérant
trouver le goût singulier - ni meilleur ni moins bon -
du présent dans le temps de la fabrication.
Nous ne nommons rien, a fortiori rien de neuf.

dimanche 25 juillet 2021

Dans la lame 37 ( septembre 2015 )


 

À fragmentation 167


 

Scellé

Scellé, dans un geste d’imposition.
Puisque tes mains se retirent. Le mot du mur
contient les pierres, le mot contentif n’attend
maintenant plus qu’un point d’orgue : une faîtée de dalles
comme de cloches secrètes. Pourtant

samedi 24 juillet 2021

Dans la lame 36 ( septembre 2015 )


 

À fragmentation 166


 

de réparation

de réparation. (pas de consolation cependant quand je te vois
apparier ces pierres, tes mains font les rapprochements,
elles seules suggèrent la forme et le fruit est donné finalement
dans la hauteur. Mais la contention à toucher, à chercher,
l’occulte satisfaction de l’élévation.)
 
Je vois tes mains qui sans voir contestent la rugosité des faces,
jaugent les largeurs. Angles et arêtes avivent ce que les jointures craignent :
crudité trop crue. Au moindre choc - un mat ébranlement de l’espace -
descend la fourrure. C’est que sondée l’âme résonne dans ses vides.
Quand tes mains s’arrêtent cesse le chant.

jeudi 22 juillet 2021

Dans la lame 34 ( septembre 2015 )


 

À fragmentation 164


 

La forme

La forme fut trouvée en amont de nous, bien en amont.
- Chaque moellon à peine ébauché renferme sa fonction. -
Nous, avec la boutisse et la panneresse, ou encore la parpaigne,
on cherche l'alliance, retournant le geste à des fins d’accord,
de complicité, d’entente avec les éléments

mercredi 21 juillet 2021

Dans la lame 33 ( septembre 2015 )


 

À fragmentation 163


 

Car chacune

Car chacune, bien qu’elle se taise, convoque dans l’opus
l’opus tout entier : souvient et soutient la précédente et la suivante.
Nous allons avec les pierres, nos mains ne voient pas
mais entendent l’accord qui se lie avec la clef
afin que remonte l’été.