lundi 18 avril 2022
Prétention, non.
Prétention, non. Tension ? Vocative attention ?
Sinon, comment rappeler les volatilisées ?
Comment relever tant de morts ?
Et les sapins, leur audience haute
inaugure la haute saison des amours.
dimanche 17 avril 2022
Allons quel bon sang ?
Allons quel bon sang ? Bon sang ! (y en a-t-il
seulement du mauvais ? Ou est-ce encore et toujours
la même atroce farce, qui sème quoi ? En
l’occurrence rien.
Qui sème derrière soi la désolation et la table rase est
mise.)
Et toi postée sous les sapins avec ta prétention
à la narration.
samedi 16 avril 2022
Arbres,
Arbres, c’est votre intégrité qui se répand-là.
On dit que la floraison coule.
(quel bon sang abreuve le sillon
de notre joie printanière)
La charpie vous confond et nous libère.
vendredi 15 avril 2022
(Et tu n’es pas
(Et tu n’es pas tout à fait surprise
quand la neige vient te secourir. Le silence
tombe fragmentaire sur la cerisaie, décorrèle la vue
de l’appréhension.
Chaque corolle te hante, fille de l’air.)
jeudi 14 avril 2022
Elle m’éblouit
Elle m’éblouit - par sa charge dont l’insolence -
dévale la pente
(le verger tout entier s’immole,
la brûlure l’innocente tout en assurant
son triomphe).
mercredi 13 avril 2022
Sapins
Sapins, c’est mon programme envoûtant,
branches incurvées chargées de nouveau
- de haut en bas le bleu -, s’y insère à travers
la braise indécente des cerisiers
une forme de blanchiment des bannières.
mardi 12 avril 2022
Voici les détails
Voici les détails (cet instant donné
- de grâce -) : aiguilles entre les racines résurgentes,
un lit d'écorces, le lierre y est matelassier pour
l'indolence
(un artisan compagnon en la matière),
et la manière, lumière tamisée,
pour toi, pour moi. Au faîte les ébats déliés
des tourterelles je les entends sans les voir. Un
étendard flotte. Instant quelconque par sa fréquence,
sa douceur - la douceur est commune - mais néanmoins réel.
Cela qui fait appel. Quelle fatalité
voudrait que douceur et lumière accordées
ne soient pas relevées ? Non. Aucune.
Être - l’inlassable - invétéré en ce jardin
- qui n'est pas un refuge, ni une formule trop simple -
qui est un
point de comparaison et de départ.
lundi 11 avril 2022
Qui fait écho
Qui fait écho au moelleux en moi.
Cette douceur
- le parfum d’une jacinthe d’Espagne blanche
à l’ombre résinée, presque orangée, du liber -
douceur des clappements mouillés, alors
qu'elles, elles sont muettes)
dimanche 10 avril 2022
(C’est là,
(C’est là, à la cime des sapins,
qu’elles se rallient - deux par deux, à quelle
campagne ? ouvreuses plus qu’hirondelles -
et leurs ébats et battements font entendre les
clapotements moelleux d’une emblématique
frivolité.
samedi 9 avril 2022
Voici la frêle
Voici la frêle, frêle
mèche s’érigeant par un jour froid - ce froid
plus encore que ça et dans le dos -
qui cille à la première venue,
au printemps botté.
Elle n’a qu’un œil (l’œil de l’indulgence)
qui t’accompagne quand tu passes.
Elle te recueille, toi, orant sans
objet sinon ce bourbier - un non-lieu un non-sens (a-
sémantique perdition). Finalement tu la vois.
C’est bien une sorte de mèche, je la vois encore
lorsque plus tard au pied des sapins j’extirpe le lierre
- sa trame expansée, sa sécheresse, sa sévérité,
c’est l’idée de pérennité que je profane ici -
et que j’entends la (frivole) bannière des
tourterelles à la cime.
vendredi 8 avril 2022
Oui mais.
Oui mais.
Vous qui trépassez, vous trépassez
jusque dans mes ornières où je pense
avec la raiponce, l’orée couronnée de cette
échevelée ténue (sa ténuité bleue au revers de
mes nuits).
jeudi 7 avril 2022
De quoi je me plains ?
De quoi je me plains ? J’ai la raiponce, bleue,
l’hôte discret d’un petit bois noir à souhaits, épais,
coupé de laies noires où m’embourber,
et entre lesquelles me perdre. J’ai le temps.
(Et j’ai la paix.)
mercredi 6 avril 2022
Est-ce que le mot
Est-ce que le mot est prépotent ? Ou la peur ?
Voici le prodige, on ne voit que ce qu’on nomme.
Le mot bien entendu éclaire la chose - devrait -.
Je vais voir la raiponce maintenant qui en est une :
(à mes dépens si tu me perds),
oh raiponce, épée, apprends-moi.
Éminente, efforce-moi,
bleuir ce devrait être relativement à toi
ou gésir, si délicatement, après qu’on t’a piétinée.
Comme tu tais ton (gracile) vertige. N’as qu’un
œil (l’œil de l’indulgence).
mardi 5 avril 2022
L'épopée printanière
L'épopée printanière (une geste)
se répand partout
où les mots
se font entendre. Cette fois-ci
la bombe a éventré
un théâtre. Ici les magnolias stellata
éclaboussent la rue d'étoiles lacrymogènes.
Y arriverai-je sans prononcer le mot.
Pas visible ici, c'est une opération
sujette à caution, les mots sont suspectés
d'agir (ils agissent), les significations
gauchies. Dénaturées.
Une chanson. Là la vérité est toujours
difficile à établir, qui ?, comment ?, où ?,
(justement le jeune houx luit aux bois,
tes gros sabots n'ont guère de place, là
la réalité du son remplace le mot.)
Le carnage quotidiennement décompté
rend la plus simple des phrases incorporelle :
je vais aux bois. Les
lauriers sont coupés.
La raiponce bleue s’érige ainsi, elle s’inscrit en
faux.
Je ne l'aurai jamais vue si drue.
lundi 4 avril 2022
Or, oiseaux
Or, oiseaux sur la branche,
primevères
qui commandez le
chorus… or
(crocus, violettes et coucous aussi
pépiement pie : raison majeure du glossolale)
jusqu’où justifier la clameur jaculatoire
participant à l’engouement général ?
Bientôt on témoigne - à contre cœur -
pour ce splendide
bifront :
printemps d’ossuaires nouveaux
et de pigeonneries.
dimanche 3 avril 2022
À vue vos lettres missives
À vue vos lettres missives jetées dans cette mêlée,
- des missiles -
insensibilisant le présent : l’horreur d’une bombe
qui n’a pas explosé.
Tout bonnement l’horreur.
l’inacceptable réalité
manipule si bien la
réalité
(ou l’inverse verse son non-sens au printemps
de l’année) où chaque chose
autour ou dedans, d’indulgence coupable et d’intelligence
collabore.
samedi 2 avril 2022
Ce printemps
Ce printemps s’avère explosible.
Bruyamment s’enchaînent les floraisons
dans une sorte de surenchère
du visible. Près du sol le rictus
de l’appel ostensible, quoique pratiquement désespéré :
ce commissionnement généralisé de gueules
ouvertes,
lamiers, orties, violettes, alors qu’explose la double ceinture
des prunelliers en bord
de route.
(Et puis les détonations, sporadiques aux jardins
des forsythias et des prunus)
Protège tes yeux - plus
becquetés d’oiseaux que dé à coudre -
de tout ce que tu n’auras pour finir pas vu.
Bouche tes oreilles. Ou bien adonne-toi au vacarme.
Mort ou vif quelle
cruauté : tu n’as aucun
moyen d’exprimer de
bonnes intentions qui
ont toute l’apparence
pour des yeux intrigués
d’être tout autre que
liberté. Quel fracas,
quel fracas auras-tu assemblé, baladant ton
imagination douteuse dans un jardin de simples et de vivaces -
la toute modeste ère de tes transports - ? Pour
quelle fin de partie
si bien à portée de jet de métaphores ?
François Villon, La ballade des pendus
Amelia Rosselli, Document, p. 42 et p. 86/87
vendredi 1 avril 2022
Jaune, blanc
Jaune, blanc, son étoilement surprend
celui qui doute - qui cultive le doute comme
d’autres la paix de l’âme, une partie non jouée -).
Reprendrait-il malgré tout, ce printemps ?
La lumière intensément vireuse fait
l’accommodation malaisée,
(à la lumière de lectures multiples),
bombardements de crocus, déflagrations éblouissantes,
et projections de parcelles incandescentes.
Qui doute encore est avisé par l’œil alarmiste des ficaires
et la hurlée des lamiers.
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