mercredi 22 octobre 2025

Vert sur vert dans l’ombre verte

 

Vert sur vert dans l’ombre verte

le vert de l’ortie une humilité qui touche

– vouée à la révérence –

 

Passant l’accotement elle s’associe à l’herbe

elle s’associe aux ornières, noires comme le miroir

où je la vois, ma Petite bringée, sur l’ombre de la lisière

 

L’ortie frétille dans l’eau, ses pointes à bout touchant

vers l’œil inquisiteur ne percent rien

 

cherchant la couleur il rejoint là-bas

un îlot d’épilobes cursives après la coupe claire

(l’œil flaire ces choses-là, la reprise)

 

mardi 21 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 841


 

Haie de candélabres

 

Haie de candélabres frêles et austères

tout éteints car temps gris – la solennité du gris,

l’accord hautain juste en lisière de bosquet –                           [lampsane commune]

 

une sourcilleuse, qui ne désespère pas du soleil

et qui réserve sa floraison

 

fleurons resserrés comme en berne        je n’en demandais pas tant

 

je porte ma Petite assez haut dans le regard

(je devrais dire : mes yeux empreints d’elle)

Je m’adosse à la haie qui s’efface

 

lundi 20 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 840


 

Une berce commune

 

Une berce commune aux limbes larges comme des berceaux

découpe l’horizon partiellement masqué,

partiellement ciel (parcielementiel), espace incurvé par ses lignes courbes

qui l’enlacent.

Un frisson dans l’herbe, une oscillation de berce

enchevêtrent les lignes de la très haute charpente anthropique.

 

(C’est que je teste la couche d’herbe

car je suis ma Petite sur ses erres refroidies, dans ses nids qui se délacent.

Les ombelles étoilent dans le ciel.)

 

dimanche 19 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 839


 

Comme est partout la grande marguerite

 

Comme est partout la grande marguerite

au balancement bref – l’amplitude est dans le consentement,

l’épaulement des trèfles contrebute le vertige –

 

le blanc pur du capitule couronne la rouille

qui s’étend du pré au front des forêts

elle qui précède le noir

                                      et sur la berme

                                 les fosses et les talus

prévient les hampes de l’oseille et la petite brunelle

                                                                                    joue avec moi au dernier soleil

 

Des astres frivoles – mieux dire légers car ils ajoutent tant

à notre connaissance –  

 

points mobiles dans ma conscience du changement, tournent

comme des rouelles

                                 (elle était enroulée sur elle-même dans le jardin aux aromates.

Elle respirait doucement ; tout son pelage sentait la népète et le romarin. Puis vers

le roncier du fond partait chasser)

 

samedi 18 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 838


 

Reliefs de l’été

 

Reliefs de l’été :

nous passions par là où sont trèfles et luzerne scabieuse jacée

berce aujourd’hui encore dont les feuilles dessinent des côtes

 

sa fleur explose sans bruit près de mon littoral

en limite d’eaux troublées par la vision partout surexposée

de ma Petite Beauté

 

par ailleurs défaillante

                                    par ailleurs

 

et moi ici stoppée dans le dessin de ma paix            paisible pâture

(paissance sur le lieu commun de la route communale)

 

                                                      manquante au rendez-vous

automnal comme un délassement de quel droit        j’y reviens toujours

de quel droit s’arroger les espaces ? – du bon droit de l’usage

ou de la nécessité ?

– du bon droit de l’inclination ?

 

Elle peut être partout rudérale comme elles toutes

 

vendredi 17 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 837


 

Repose-toi

 

Repose-toi dans le bleu pointé-ponctué

                                                                 bleu à bleu lavé (mais pas fleur bleue)

disséminé sur les bermes

                                               un semis de chicorée craquelle la porcelaine du silence

                                                                 souvient d’autres termes

(à dire dans ses intervalles)

                                                                d’autres fins déniées (à toutes fins utiles)

(je sais où la chercher)

 

ainsi elle revient comme ils et elles reviennent,

ma Petite Beauté dans les molènes

ma Petite Beauté dans les onagres couchée

et les chrysanthèmes

 

la nuit l’herbe des bermes scintille

la rosée fleurit

 

jeudi 16 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 836


 

Regarde tomber le jour

 

Regarde tomber le jour ou bien suis les jalons

que font, de loin en loin, les tiges grêles – noires

à contre-jour –

 

grandes, grêles et tragiques, des pleurantes dans le couchant   [molène Bouillon blanc]

et torses parfois (mèche déviée, fuyant la mémoire et la poix ?)

 

pleure avec elles

 

elle savait furtif le chemin entre les molènes

                 feutré le limbe au-dessus

(se faufile encore son ombre dans leur ombre argentée)

 

La hampe en bordure contorsionne le reste de lumière

 

Tourne ça comme tu veux

 

mercredi 15 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 835


 

Grande ortie

 

Grande ortie bien visible au fond des fossés

sommités inclinées vers le collet comme un retour volontaire

vers le pied, est-ce un repli ? côtoie la belle froncée,

l’oxalique, qui offre en primeur sa couleur

mais ne pourra rien contre la défaite pressentie                       [patience crépue, oseille crépue]

 

ma Petite Beauté comme cette patience était couronnée

de rouille, et comme elle, regardait déchoir son empire

avec un sourire de confiance

 

Dans l’herbe chatoie son œil roux :

un détail dans la permanence alternative du vert, comme un courant

 

mardi 14 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 834


 

Le pré tout entier

 

Le pré tout entier s’oxyde

mais pas la mémoire.

 

L’achillée préside à l’altération d’une souche d’épicéa.

Les corymbes couleur de sel gemme miroitent dans le poudrier.

 

Là, stylite, elle scrutait l’agitation dans l’herbe. Là,

elle présidait la révolution de l’Argus bleu

au-dessus d’un cercle folâtre de têtes roses,                            [trèfle des prés]

roses parmi les écheveaux lâches et les cent minuscules yeux jaunes                                                                                                                                                                [luzerne lupuline] 

 

Des yeux regardent l’envers des choses.

Qui oserait entrer dans la danse ?

Au rose et jaune fox-trot des fabacées Entrez, voyez comme on danse :

elle entrait sans réticence

 

jeudi 9 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 833


 

Plus rose que rose

 

Plus rose que rose, l’épilobe scelle la fin de partie.

Ma Petite Beauté s’inscrit tendrement dans le mouvement.

 

 

Coté soleil brasille un bouquet éblouissant, blanc nacré

comme un œuf au plat

au-dessus d’un fouillis de feuilles découpées                            [achillée millefeuille]

(mais le jaune est ailleurs, décalé au centre de cette autre)      [marguerite commune]

 

mercredi 8 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 832


 

Envolée d’épilobes, mon cœur

 

Envolée d’épilobes, mon cœur           mon cœur soulève-toi

                                                  ne se sent plus.                    mon cœur soulève-toi

 

Elle est là, couchée en surimpression, mais trop pesante pour un cœur léger

(ou trop légère pour un cœur lourd ?)

Sur les épis,

à coté des fleurs, les capsules linéaires

disséminent leur duvet papillonnant.

 

Et voici le tapage d’oisillons plus ravageurs de silence.

Un tumulte virevoltant.                                                          [clématite vigne-blanche]

 

mardi 7 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 831




 

Sa flamboyance

 

Sa flamboyance à l’heure monastique,

la belle pénombre d’un souffle long allonge la hampe,

dont le flambeau montre le chemin.

Trouve-moi cachée dans le silence

 

À revoir sans cesse ma petite, noire comme la nuit

remonter la nuit – comme les phalènes à la livrée mimétique,

morphe clair sur l’écorce claire des bouleaux, morphe brun carbonaria

sur l’écorce noire – je la sais invulnérable.

À la voir ainsi, bringée dans l’herbe piquée de trèfle fanés, de brunelles roussies

à la voir,

               la revoir

 

Lignes floues d’épilobes en épi

flopées d’épilobes ondoyants sous la glissière de sécurité

sans contredire la rigidité de la rampe

moirent de rose-pourpre la fin du chemin

 

lundi 6 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 830


 

Fais ta prière (lentement, aussi)

 

Fais ta prière (lentement, aussi)

alors que celle-ci chaque soir invite à sa coupe

pour y réaliser le temps – le temps d’une éclosion –                 [onagre bisannuelle]

c’est là qu’elle revient sans cesse.

 

Vision de ma Petite Beauté couchée dans les scabieuses.

Vision d’une écaille de tortue dans les marguerites,

elle, grandie dans les brunelles, les marjolaines, les millepertuis perforés.

Vision de son innocence dans l’innocence d’un pré versant

son semis mémoriel. De plantain à jacée remontant l’allée

allant par l’allée toujours plus loin jusqu’aux onagres.

 

Soufre est la couleur de sa coupe

pleine comme la lune

avec les noctuelles pour satellites.

Le sphinx en rabat la lumière par intermittence

 

dimanche 5 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 829


 

Ce laiteron – un astre solitaire –

 

Ce laiteron – un astre solitaire –

réforme la vision de près.

Sa lumière longtemps compressée dans le bouton

éclate lentement jusqu’à éblouir le plus incrédule

et l’enclore dans son système

 

samedi 4 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 828


 

L’impact jaune

 

L’impact jaune étoile le vert.

Un doigt méfiant s’avance craignant la brûlure.

Épineux ce point et cette éraillure à la surface du fourré dense,

épineuse la figure qui surgit de l’ombre.

Crève-z-yeux roi des champs c’est son nom vernaculaire

nous saute au visage comme une évidence

 

vendredi 3 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 827


 

Elle irradie en mauve

 

Elle irradie en mauve diaphane

l’œil déshabitué à la couleur.

Tout tourne autour d’elle, preuve focale

de sa consistance. Je tourne aussi, le chemin blanc

bordé de ronciers qui cernent ces prés,

la route qui nous y mena               tu me fais tourner la tête

 

 

et ce n’est pas ce jaune incident comme l’éclat d’un tir

dans l’ombre des buissons qui me rend la parallaxe                  [laiteron des champs]

 

jeudi 2 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 826


 

Depuis toujours aimée

 

Depuis toujours aimée                    je t’ai tant aimée

pour sa rudesse (rétive à la main) et sa                    précieuse

présence                 la scabieuse est un joyau irisant l’herbe

un regain                de soleil               le rouement

d’un pré minuscule

 

mercredi 1 octobre 2025

À la boîte blanche, vues 825


 

La scabieuse

 

La scabieuse ne ploie sous aucun prétexte.

Mauve lilas cernée de vert, barrée cette autre fois d’une sorte de fibule

– le corps noble de l’Œdémère noble – qui concentre toute la couleur du présent

 

Elle a l’armure suave et hospitalière

– une contradiction intrinsèque que ne dément pas l’emblème, son capitule –

et conquiert joyausement la berme en déroulant le fil

– son film et sa croisade – de l’effort souterrain

 

mardi 30 septembre 2025

À la boîte blanche, vues 824


 

Encore et toujours l’ubiquiste

 

Encore et toujours l’ubiquiste, le millepertuis,

troue le vert compact du fossé asséché sous le roncier.

Grandi et certain de son faîte, il étaye la timorée, la verveine,

qui s’évertue en mauve, et la douce, très douce nitescence même,

aimée de l’Adèle métallique qu’elle sertit

au sein de son capitule rayonnant                                           [scabieuse « Knautie » des champs]

 

lundi 29 septembre 2025

À la boîte blanche, vues 823


 

Tout reverdit

 

Tout reverdit sauf la jacée qui sonore

diffuse son rose gracieusement. Un rire

fait trembler le pré adjacent.

 

Elle forme le bouquet.

Tout juste refleurie, la juste centaurée jacée

la rose hirsute coiffe l’amour naissant

d’un simple état des lieux – talus reverdis aussi –

de sa simple je suis comme je suis

                                                         échevelle la main à cueillir

                                                         ses ombres digitées

(une écarquillée)

                                                         cent t’aurai mieux qu’une

 

dimanche 28 septembre 2025

À la boîte blanche, vues 822


 

Le roncier fait le sorite

 

Le roncier fait le sorite, en somme

qui enserre dans ses sarments une sorte de vérité concernant l’attente

et la pérennité. Embrasse-moi pour toujours !  

 

C’est là qu’une belle galante sans souci ravive en rose,

apporte son capitule – son capital fraîcheur –

splendeur dans l’herbe, dut-elle passer,                                   [centaurée jacée]

elle persiste à vivre (jamais assez !)