jeudi 13 novembre 2025
Vire au mauve caput mortuum
Vire au mauve caput mortuum
(le résidu dont on ne peut plus rien tirer)
La robe de reste après la calcination et l’intempérie
aussi je te pleure jusqu’à résolution aussi je te pleure
C’est dire : finalement
elle est ce qui reste de ce qu’elle a été
cet été que j’ai vu je t’ai vue
elle est cette couleur dernière du reste
après que l’esprit l’a quittée volatilisé
mercredi 12 novembre 2025
Voici le clou au talus – point final
Voici le clou au talus – point final
et clou de l’automne vénéneux –
couleur cerne-et-lilas, son illusoire
saison nous engage pourtant à traverser
le temps [colchique]
c’est qu’il n’aurait aucune notion
de ce qu’est une génération, se présentant Filium ante patrem
ou bien l’instinct sûr de ce qu’elle est
(d’elle aussi aurai-je les fruits hâtés
ne serait-ce que des signes
pour pourvoir à mon printemps ?)
mardi 11 novembre 2025
Comblant le fossé
Comblant le fossé le brouillard vibrant de lumière
léger léger bien que grainant
(ou vibrant parce que grainant)
vert printemps fourvoyé [cerfeuil des bois, anthrisque sauvage]
stimule l’œil – le mince espoir de vision,
de vision d’ensemble, malgré tout –
viendras-tu à moi, malgré tout, dans la splendeur de l’image ?
viens habiter ma raison, leste-la de tes bruns
Et c’est une splendeur !
Au printemps, première ombellifère, le cerfeuil verdissait la lisière
renouvelant à notre insu tout le plan de visée.
Aujourd’hui, monté au créneau de sa grenaison
son meilleur profil conquiert les bas-côtés d’un même élan.
D’un même élan à mes pieds mouillés de bruine
surmonte la berce et l’ortie, des bois noircis au bitume.
C’est lui qui s’avance, précis, c’est lui dans un habit de fougère.
C’est toi dans un récit dramatique
(elle ne peut quitter l’image défaillante, elle implore l’image de revenir à elle)
lundi 10 novembre 2025
Où je te sais
Où je te sais
Où je te sais ne plus
Hampes jalons de la molène
– des torches s’éteignent
à la mesure de la nuit
c’est une nuit plurielle issue de la multiplication des signes –
et de l’onagre
– des candélabres s’allument
et orientent la course des astres –
les myriades de fins capitules des vergerettes annuelles,
vedettes très ponctuelles
là
dimanche 9 novembre 2025
Chercher l’image d’elle
Chercher l’image d’elle qui contienne l’émotion
celle qui réalise (plus loin que l’horreur, l’image
qui sans endeuiller la vision accompagne le reste à venir
– dans sa meilleure acception –)
Une onagre ramifiée
orante en jaune soufre luminescente dans le soir tombant
égale la lueur d’un lampadaire
elles sont plusieurs à contourner le village,
une voie suave annèle ainsi sans pouvoir échapper
à son champ gravitationnel.
Plus loin nulle onagre. J’erre avec elles
demeure où je peux encore te trouver
samedi 8 novembre 2025
Oseille crépue
Oseille crépue, ortie et porcelle enracinée :
la triade d’octobre, vénérées dans un même culte à l’automne.
Et celui qui fait l’arbre, élégant cocardier
aux fers de flèches luisants et au panache érigé [chénopode bon-henri]
Il forme son cortège grandiloquent, sans dramatiser l’heure
ni la saison. École de conduite. Sûre stature.
Et encore de belles marguerites incidentes
inclinées vers les trèfles roses et les petites brunelles
enfouies sous les feuilles de noyer.
De belles compassions, main dans la main à présent.
Ce qu’elle savait de l’herbe, des amitiés
des tolérances,
ce qu’elle faisait là parmi les simples
vivant évitant la subsomption fatale, je suppose,
et je l’y admirais
vendredi 7 novembre 2025
C’est pour mieux te voir, ma petite !
C’est pour mieux te voir, ma petite !
Les bas-côtés et la forêt toute entière
ont adopté sa couleur. Elle est dorénavant
partout, entre mon attention et le monde,
impressionnant mon paysage.
Il reste des chicorées au bleu parcellaire,
mal accommodé à la submersion des bruns,
de la boue, à l’humidité stagnante, à la perte.
Bleu flottant au-dessus des bermes comme le visage d’un noyé,
tourné vers le haut.
Des nuages passent.
La porcelle s’ébroue dans la rosée matinale
jeudi 6 novembre 2025
Plantains j’ouvre les yeux
Plantains j’ouvre les yeux : la plaie de l’épi simple
(et l’antidote)
la plaie sur la cornée, la plaie sur le pré devant
réitérée
cicatrices conjonctives, noircies (plus près ce sont les fibres
qui s’associent)
l’extraordinaire endurance au passage.
Partout elle allait pied léger, sans crainte et sans un frisson.
Un jour un épillet d’orge des rats (ou d’avoine sauvage) avait infiltré sa cornée
mercredi 5 novembre 2025
Cardères sauvages
Cardères sauvages : inflorescences couleur miel,
des petites ruches oblongues
dont les rayons seraient apparents,
les longues bractées de l’involucre en garde-corps.
Garde-toi, garde-moi
mais garde-toi de l’oubli
prends-moi pour forme
(celle qui avait le goût de l’herbe et la prudence des fruits)
mardi 4 novembre 2025
En parlant d’ombre
En parlant d’ombre, celle-ci dans l’angle temporal du champ de vision
– plutôt dans la mémoire – défile,
en frise décharnée, une danse macabre
dont l’ossature brune sans ciller [cardère sauvage]
adorne le fossé
puis dans le soleil soudain une farandole de cabaret.
Il n’y a pas loin de l’une à l’autre, la lumière
ranime la mémoire des images et des rythmes :
son pelage tacheté dans lequel enfouir la main.
lundi 3 novembre 2025
Elle avait pourtant
Elle avait pourtant, bien qu’on ne puisse parler de coloration cryptique,
la couleur de la patience crépue, dont j’aurais pris le panicule pour son périscope.
Mais combien d’elles dissimulées dans les herbes ?
Une seule, partout à l’affût.
Cette patience, longue-vue sans optique apparemment, hérisse maintenant
ce pré dit inculte et non loin (parce que ces refus dans la parcelle
cette ombre au tableau) une friche.
Elle, elle dramatise la séquence avec ses candélabres calcinés sur la table rase
du pâturage
dimanche 2 novembre 2025
Pas de côté point de côté
Pas de côté point de côté jambes saisies
par le froid
dans l’herbe cruciale, porcelle à demi
couchée croise la marguerite grande, grande
croisade grand assaut
d’Astéracées
conquiert le petit pré
son territoire aux erres bientôt rompues
samedi 1 novembre 2025
Trèfle fou
Trèfle fou replie ses globes dans l’herbe dense
confie ses derniers roses à la rouille
ses trois folioles à la brune collent aux semelles
aux basques dit-on, sur le sabot fol il prédit la fin de partie (pour tous).
Rouille qui prend aussi mes os et mes pensées et bien plus que rosée
enlace les pensées de pas dansé et celles de retour
à tâtons vers la maison
sur le sentier hanté par une image mémorisée :
ma Petite dans le trèfle danse sur elle-même
La porcelle enracinée supervise mes hésitations
pas de côté comme avancées
vendredi 31 octobre 2025
Du calice enflé
Du calice enflé à résille fine
les claquets jouent avec nous un jeu bon enfant et bruyant,
comme d’un instrument
avec un léger ton de badinerie – voire de grivoiserie –
Ses larrons extravertis, tous de la partie, n’en font qu’une, [Blanc compagnon, Rouge compagnon]
(une qui ne suffit pas à faire taire le monde mais à l’enjouer oui)
Viens, silène, exacerber l’été exhausser l’absente viens jouer avec moi
jeudi 30 octobre 2025
Il reste les lanternes
Il reste les lanternes – pas des vessies –
ces fleurs blanc pur exorbitées,
expressives comme des mains compassionnées [silène enflé, claquet]
elles s’inclinent cordialement au passage.
Les silènes ont leur mimétique
leur compromis évolutif, leur partage solidaire et judicieux
des traits d’attractivité
mais toute la souche invite à pleurer ou à jouer. Parle avec elle
m’exhortent-ils, exactement où je la savais, en été,
couchée sous leur tonnelle de blancs
mercredi 29 octobre 2025
Acerbe
Acerbe, voilà ce que paraît le pissenlit, ajourné par
la porcelle qui l’a détrôné.
Il revient, sporadique, pourtant pas tout à fait contre nature.
Si la forme de la nécessité est un capitule
orienté, sa couleur est un jaune d’or éblouissant.
La forme antinomique n’est surtout pas le désastre :
la contingence n’est pas une fleur fanée, mais le regard
que nous portons à ces vies entières et minuscules.
Le désastre c’est elle, désormais absente des bouquets
des fourrés, sa musique inaudible, tue.
Sa véhémence inachevée.
mardi 28 octobre 2025
Et tandis qu’ascendante
Et tandis qu’ascendante celle-ci surpasse les prairies
et les friches, les bords des chemins
jaune capitule brandi vers la lumière [porcelle enracinée]
s’essaye à la course avec celui qui tint le pavé
au premier printemps
je considère moi ma Petite Beauté
affranchie de toute comparaison lorsqu’elle
passait parmi leur jaune éclatant
affranchie de toute probation
(sa réalité irréfutable, bringée, chaude, éclatait à nos yeux)
lundi 27 octobre 2025
Reprends-moi.
Reprends-moi.
On ne s’assoit pas, on passe véloces,
bermes en bandoulières, devant ces simples calcinées.
Quelques îlots de couleur encore – bleu pâle,
jaune citron, violet –
sur l’universelle reprise des verts font tressaillir le regard.
Quand je croise les roses papilionacées [gesse à larges feuilles, pois vivace]
– en racèmes étourdissants –
je virevolte avec elles je suis à vous, je reviens en vrille
J’aurai ses enroulements et ses désenroulements pour critère de sagesse
dimanche 26 octobre 2025
Comme elle épousait l’été
Comme elle épousait l’été façonnant sous la haie
l’herbe à son corps en crèches circulaires
que reprennent aujourd’hui (et ravivent)
les luisantes pendeloques en forme de cœur [capselle bourse-à-pasteur]
incises en exposants au-dessus d’un cœur crucifié,
ces capsules forment un chapelet d’amulettes
à égrener ou un hommage appuyé
Résous-toi. Sieds-toi.
samedi 25 octobre 2025
Orties orties orties
Orties orties orties
laiterons, chicorées noircies : du jaune et du bleu dans le vert purin
qu’allègent soudain les suspensions flottantes d’
indissociables nébuleuses ou amas stellaires,
on pense rêver [vergerette annuelle]
Devant moi mes rêves : elle dans les vergerettes,
elle joue à mes pieds, pour mes yeux cette volte serrée qui
imprime au monde son mouvement circulaire
vendredi 24 octobre 2025
Une invincible qui me dit
Une invincible qui me dit regarde
posée sur l’aire aride (et je crois voir)
comme n’importe quel oiseau de proie :
je crois voir un soleil quand c’est l’endurance,
la fermeté. La stratégie des stolons.
Je la vois en face. J’envie sa discipline.
Ne te résous pas.
Je continue à voir caracoler ma Petite Beauté
jeudi 23 octobre 2025
Pourquoi ne pas se fier à celle-ci ?
Pourquoi ne pas se fier à celle-ci ?
À défaut de déplacer les montagnes
elle fissure l’imprenable et s’y tient, très haute vigie à l’affût
ou bien, dans les mailles de l’asphalte infiltrée
elle ose une fleur solaire [piloselle, épervière piloselle]
alors on la voit mieux qu’une mire,
elle qui semblait postée là pour voir.
Avec cette façon de briller qui me rappelle ma Petite.


