mardi 19 décembre 2023
mais non à la coul eur
mais non à la coul eur - pourquoi fait-elle ça ? -
(pour le tourment et l’algie pour l’anesthésie pour le bourbier ?)
Viola odorata taiseuse honore le temps violent,
(belle petite ver tueuse)
le vent étoi lant ses ver
tes cordées ramp
antes ma nuit houleuse
cours fangeuse !
Salue pour moi et révère
mon amour !
(qui hante mes nuits à la fin des temps
s’ouvre sans voix
et s’en retourne.)
lundi 18 décembre 2023
Encore plus ténue la violette
Encore plus ténue la violette
- l’unique, éperdue -
éperdument violette bien que chaotique, et si chétive
- l’éperon incarné se sait connivent, flanqué dans les réniformes
atours disloqués, stolons épars -
elle surnage
ébrouée à peine issue des glèbes qui l’ont coulée
(parce que ce fut - totalement - pertes et fracas)
sa fleur solitaire se dérobe à la forme,
mais non à la couleur
dimanche 17 décembre 2023
Le voici ce pur espace
Le voici ce pur espace où sans fin
s’ouvrent et se fanent les fleurs, sans fin
vont et viennent les bêtes - Misu, il était
l’une d’elles - et sans dommage et sans âge pressenti
(c'est-à-dire sans défection, mais ne serait-ce pas plutôt le temps ?)
sont.
Lui n’a rien vu de cela, comme il n’a pas vu la voiture.
Simplement il allait et venait. Il revenait vers la maison.
Et nous : spectateurs, toujours, partout,
Tournés vers tout cela et jamais au-delà !
En sommes submergés. L’agençons. Sa ruine survient.
L’agençons de nouveau et périclitons nous-mêmes.*
*Rainer Maria Rilke, « Huitième élégie de Duino », traduite par Jean-Pierre Lefebvre et Maurice Regnaut
samedi 16 décembre 2023
Mais moi je détiens mon amour
Mais moi je détiens mon amour - chaud -
à une profondeur où les images
non seulement prennent mais se maintiennent.
Contraint par l’absence et magnifié par l’absence.
Je consens à l’obsidionale image qui tient lieu de sujet,
reprends de cette la ferveur qui incendie la page.
Page - ce désir - que le trèfle enlumine
par un violet présent en marge de mes vœux
(l’obole est apaisante et dépurative),
peut-on vraiment parler palingénésie ?
vendredi 15 décembre 2023
On voit venir le crépuscule
On voit venir le crépuscule de l’année
ses Saturnales et leur magnificence
- fêtes et munificence, plus exactement -
pendant lesquelles la paix règne dit-on
et la communication avec les morts est établie.
Je prends aux mots.
Je prends date.
jeudi 14 décembre 2023
se faufilant
se faufilant - sa science du pré lui fait connaître raison
mieux vaut bâtir discrètement
que pas - pas à pas
soustrait aux rafales. Et les folioles,
sans un faux pas leur elliptique modestie
les fait tenir encore dans ce désastre
trois paumes conjuguées auxquelles il ne manque pourtant rien
entre la stipule et le globule
je les chéris pour la leçon d’excentricité
et la constance des distances focales
je les chéris de me divertir,
j’accepte le violet présent
(moins nectarifère qu’à mon enfance
- mais j’étais insouciante alors -
disons : présent un peu acerbe)
Rien n’est gravé sur ces pierres.
Entends ceci :
que c’est le dernier trèfle
qui fleurit la parole consentie
(à peine parole, dit-il) un goût
proche de la parole des mondes, tenant du monde.
(je pense : à lui aussi, sa douceur était une tempête.
Le trèfle maintenant le ravit, ténu entre les herbes exténuées.)
mercredi 13 décembre 2023
Le trèfle lui
Le trèfle lui contre le vent
amenuise sa pensée ternaire
au ras de l’herbier moins assujetti
fatalement moins fleur aussi - mais quand même -
relief d’un âge florissant
auquel seul il survit
mardi 12 décembre 2023
J’en suis l’asymptote
J’en suis l’asymptote (de la raison) - sans la toucher -
pensive (et poussive)
mon esprit indécent perçoit
ce que le corps sens (a senti)
sympathie, encore sympathie !
J’entretiens et je ressasse une question chaude (fermentative)
profonde (impénétrable)
la réfléchis irrésolue dans le plan du poème
qui seul la comprend (la lysant)
espérant de cette dissolution qu’elle rénove la vision
lundi 11 décembre 2023
Cultive donc les pierres !
Cultive donc les pierres !
Cultive la mémoire à l’emplacement des fleurs,
attends-toi à te voir repartir.
Attends ! N’attends pas !
Retourne à la fleur !
Je retourne au chat, sa version
toute aussi souterraine que - là, l’hypocentre -
la source - à l’endroit du concours de failles -
ou la racine qui s’étend.
Qui sait ce qu’un obituaire ardent trouvera de raison
et ce qui en ressortira ?
dimanche 10 décembre 2023
Que faire ?
Que faire ? Accepter la déficience
ou habiter la prolongation
(de la sensation)
?
Ai-je besoin de recette pour le renoncement ?
Non !
Ai-je besoin ? Non !
Je l’entends (je vois les pierres, blanches sur l’amas noueux)
conjurer la ruine, abjurer la décence.
samedi 9 décembre 2023
Il n’est plus là,
Il n’est plus là,
mais je le suis, moi !
Que faire de sa chair souvenue
(à la fois présence massive
épaisseur vécue
et absence
- sous mes doigts
horriblement amputés -) ?
Toute ma sympathie nerveuse est à l’œuvre
- non pour faire le mort avec lui,
non pour le ressusciter, opération impossible -
mais pour recouvrer ma sensibilité digitale
et mon toucher.
Impuissante, et face au retrait hivernal,
je forme l’amalgame le plus délirant :
me prends à penser qu’il est en charge, ressource souterraine,
réservée dans un organe spécialisé, comme les vivaces,
l’est-il ?
vendredi 8 décembre 2023
et en procédant avec langueur
et en procédant avec langueur - patience -
et rousseur,
ralentit la pression systémique
et la fréquence cardiaque du monde,
accomplit sa condensation
jusqu’à la dernière image.
(Non sauf à cette dernière.)
jeudi 7 décembre 2023
Est-ce un chat ? / Est-ce un poème ?
Est-ce un chat ?
Est-ce un poème ?
Le poème s’anime
approchant l’être dialogique
vaquant dans la profondeur du monde
qui en une seule saison fomenta l’amour
teinta l’extase à nos bras
- chaude évidence de la distillation à feu nu -
en procédant avec patience
mercredi 6 décembre 2023
- mais c’est peut-être une illusion -
- mais c’est peut-être une illusion -
Lui a été capable de tout saisir.
La griffe alerte
avec l’acuité de la serpe
- dure à l’oiseau, verdier ou grimpereau,
mésange -
elle fauchait tout ce qui lui agaçait les dents :
le sourire dans ce cas comme une serpe
brillait dans l’ombre, purement expédiente.
Ce qui dansait stoppait net
à la hauteur de la tragédie. Bien des branches plus haut, le silence.
Après quoi il disparaissait.
Rompu le chant (mais pas la grâce),
silence rendu presque sans violence
inadvertant.
Réprouvant ces manières
j’apprenais pourtant : tout repart.
Mais toucher aux choses, dit-il encore
(résonne encore)
(moi : rien du vent
j’ai bien trop peur d’arrêter les temps précaires.)
La griffe surpasse le vie
entrant dans le vif (du sujet)
tandis que vos logiques chiffrées
(vos chiffres) tuent
époumonent
il est dans le vrai.
La véracité s’envide autour de lui
comme le fil ténu autour du ver.
Il survit à son monde.
Tandis que le décompte continue
intraitable -
ces 1400, 3900, 7840 puis 10000
dont tant (tant qu’on ne puisse se représenter) -
(tyrannie. Ces chiffres soutiennent notre propension à l’abstraction
et fomentent en chacun le coup d’état de l’adrénaline
puis de l’insensibilité)
Mais vois que la terreur est sans degré.
Un seul a suffi.
Presque un enfant (difficile à dire) mais
voyez-vous
j’halète encore.
Lui survis.
mardi 5 décembre 2023
sa chair imagée
sa chair imagée
sa chaleur.
Que traverse (ma persévérance à l’aimer)
et reste au contact - comme par tannage
il établit les liaisons qui l’endureront (vivant plutôt qu’induré)
liaisons solides et chaleureuses
remettant la dégradation à (plus tard)
son état gazeux voire liquide -
que traverse mon amour !
Millepertuis, achillée
millefeuille
marguerite, centaurée
jacée
version vulnéraire du monde aimé
lundi 4 décembre 2023
Et moi chérissant le bouquet
Et moi chérissant le bouquet du simple monde
- un leurre peut-être bien -
(fleur) sa version exubérante brasille dans l’herbe mouillée
millepertuis encore, achillée
millefeuille
marguerite, centaurée
jacée
dessous l’averse où lace
la Suzanne aux yeux noirs
(garde-le pour moi dans ton temps,
cordiale)
où l’alkékenge
revendique l’espace
garde le chat de ma pensée
dimanche 3 décembre 2023
Aucun cercle ne rend compte de sa révolution
Aucun cercle ne rend compte de sa révolution. L’esparcette,
l’esparcette, sa tranquille libration
ne nivelle pas plus la prairie fauchée ras.
Le fourrage est rentré.
Un sourire a fané comme une fleur, sans ruines,
ailleurs
pleuvent les bombes.
L’alkékenge maintenant
coquerique,
poussant son rhombe.
Le chat s’engouffre dans le cri et se perd.
J’épelle un fruit, dit-il, qui disparaît*
irrévocablement.
*Benoît Sudreau, « La couleur sur les toits », in Catharogrammes, in Charges, éditions tituli, Paris, 2020, page 12
samedi 2 décembre 2023
je veux dire
je veux dire : comme son sourire absorbe
tout plan d’accession à quoi que ce soit
(tout projet de compréhension)
en tournant il divertissait les regards
- volait l’attention avec l’habileté de l’escamoteur -
et récréait les esprits
(à son actif il refaisait le monde)
aujourd’hui je poursuis dans l’herbe sans cercle
quêtant sa marque,
son sourire accompli
qui m’attend
sourit
(ce n’est pas le chat de Cheshire et pourtant)
nihil abondant (ainsi s’épanouit le bouquet déchirant de l’absence)
ce sourire - ce hile -
qui nous lie encore l’un à l’autre
luxurie.
vendredi 1 décembre 2023
Maître du pourchas
Maître du pourchas
et du jeu, et rondement
mais sûrement renversant la préséance
- sa course n’épuise pourtant pas le cercle
qui l’entraîne
comme
gravir la montagne ne l’abaisse pas :
rien n’entame l’inexplicable
(pas même la précision) -
c’est gracieusement - tout étant grâce à ses yeux -
que son sourire anéantit l’objectif









