samedi 11 janvier 2020

Hivernales 2


Au matin tout est gelé


Au matin tout est gelé, lorsque je sors
c’est la sittelle qui parle à mon corps aphasique.
Elle assène au tronc du tilleul mais sans assertion
- occupée d’écorce et de temps - la percussion rythmique
de son bec pointé. Le rythme, un juste rythme
efficient sur la rugosité, et qui résonne. Nulle confession
- nul sentiment ni déficit - la sobre réalité
de son animalité. Ce rythme qui me rassérène immédiatement.

vendredi 10 janvier 2020

Hivernales


Jasements si proches


Jasements si proches dans l’herbe glaciale.
Les pies acquiescent tout le temps
le cou fluide - sans férir -.
Où s’en vont les sapins le sol
reste gelé et sonnant comme les pierres
hivernal. Elles tournent et acquiescent
mécaniques : William, tu disais grâce et précision
d’une turbine ( ou d’une dynamo )* ? Voilà mon atonie enrôlée par les pies !
Leur âme est dans leur corps de pie, dynamique
sans aucun doute, et je demande : est-ce que le bruit
de mes pieds volontaires me rendra à la vie si proche, Nicanor ?**


*W. Carlos Williams, Paterson, Livre I, chap. II
**Nicanor Parra, Solo de piano, Poèmes et antipoèmes

jeudi 9 janvier 2020

Le nouvel horizon 5


Mais c'est un pré d'herbe


Mais c’est un pré d’herbe, un référentiel.
C’est un système de points dont je calcule les coordonnées,
depuis mon affût, et elles me renseignent
sur la qualité des vents et des ciels.
La cime des sapins avance doucement, que les pies tolèrent.

mercredi 8 janvier 2020

Le nouvel horizon 4


S'en vont tomber dans le cercle.


S’en vont tomber dans le cercle.
S’en zigzagant, reflets de métal aimantés,
dirait-on, aux nuages. Sans déchoir,
tombés sous les sapins où tout paraît noir
sauf le bec.

Assise devant l’âtre, un puits
où valse la monotonie - là - 
où commence également mon atonie.
Le temps - comme un fleuve, âpre débit
d’heures lisses et de sauts - quelques remous de plumages distants.

mardi 7 janvier 2020

Le nouvel horizon 3



Maintenant c'est un carré brun


Maintenant c’est un carré brun, la resserre
que la couleur, elle, franchira librement
j’en sais quelque chose
à l’abri des gelées.
La limite que le rouge-gorge sursaute sans cesse
est constituée d’un opus de terre cuite linéaire,
des tuiles plates mantelées de mousse et de lichen
directement posées sur la terre.

Les pies dans leur circonspection sont restées sur l’herbe.
Je soutiens le rouge-gorge qui surpique les espaces.
Les merles se sont tus dans le cercle.

lundi 6 janvier 2020

Le nouvel horizon 2






Levant la tête


Levant la tête
levant ce que je crois bien être           - éblouie -
par telle hauteur : autour de moi de grands sapins
révérencieux
déploient
des trésors d’ombre rêche de déférence dans la rouille des branches les plus basses
un balancement comme une altération/une aliénation

et l’éclat distant - hirsute saillie des cimes toutes givrées -
saillie à l’âpreté de laquelle tout cède
et rien
- un peu de la splendeur lunaire -

Un poème, quel remède à l’isolement 
est-ce lancement ou même franchissement des voix des vues cette distance
que polit encore le vent

dans des flaques en suspens des accès
- accessibilités nerveuses entrevues -

à la distance avouée et toujours infranchie

Et elles - les cimes des sapins - tisonnent
maintenant la nuit
instruisent une science par le vent
- née de l’expérience -
comme attisée.
Mais la voix reste trop proche
suspendue dans l’ombre sèche.
Décombres rouillés, traversés de fulgurances

Lettre de vent - commerce de vent - top là !
comme je vous comprends, soudain suspendue !

dimanche 5 janvier 2020

Le nouvel horizon



multiples et uniques


multiples et uniques
tulipes, vos justes minutes
avant la nuit
tremblotant de tous vos plis
sont comme un livre 

Tulipe ( en bulbe )  : est une conscience de l’après,
- un présent de réserve -
que la tunique pare silencieuse. J’enfreins le présent
à la lecture de ces cuivres mutiques.
Or le temps demeure intact et
blanc.

samedi 4 janvier 2020

Grand laboratoire 20


Je m'occupe de vous


Je m’occupe de vous ( je ne m’occupe pas de vous )
je vous vois déjà, rouges, si peu de temps qu’il faut être là.
Être là.
Il n’y aura pas de trêve de noël : on se bat.
Pourquoi ? il y a la grève qui n’a rien à voir - avoir -
avec un rivage, si peu soit-il. Mais si : c’est parce que les chômeurs
étaient en place de Grève, sur les bords de Seine, pour l’embauche, que la
cessation manifeste d’activité porte son nom. Au bord de sables et de graviers,
les désœuvrés sont à la Grève aussi quand le bourreau tranche une tête.
Vous vos têtes flamboyantes seront là érigées quand à genoux
j’implorerai le printemps
seront là jalonnant le terrain quand
je viendrai au jardin travailler,

multiples et uniques tulipes

vendredi 3 janvier 2020

Grand laboratoire 19


Les merles se sont tus


Les merles se sont tus à chaque coup de fusil
petits dieux topiques ne nous lâchent pas pourtant
sur l’herbe vigilants. Le rouge-gorge reste le plus
domestique.


Toi, la terre t'entend venir
avec tes sabots pesants de boue tu
plonges
ton toi - pensées, sentiments, tes émotions c'est
lourd de sens - c'est lourd malgré tout
les efforts que tu fais.
Effondre
la terre t'aidera. Quand tu retournes ce n'est
pas un retour sur le dormant
c'est un soulèvement

de vouloir en tirer autant.

Qui pensait tant de vie ? Qui supposait la compacité,
qui l'inextricable enlacement ? Tant de véhémence.


jeudi 2 janvier 2020

Grand laboratoire 18


Oh ! tant vers le haut


- Oh ! tant vers le haut
que tu dures,  
tulipe et tu… oh !
- feu de toi, feu ton instant !
Voici ce que j’ai envie de te dire
en tenant

le bulbe
dont tu fais feu
est un livre que tu ouvres.

Si solennel est ton poing levé
en avril
sur la nudité crue
de la terre. Un unique phare, j’ai dit,
un appel à
- aimer est un risque - 

à s’embarquer - oh !
mets tous les points sur les I
dans le dit sexué de printemps

mercredi 1 janvier 2020

Grand laboratoire 17




En un lit de terre


En un lit de terre tu livres la tulipe  
fleur nûment
- sa couleur est un phare
au printemps
                     pour ( ou peut-être bien en vue de )
celui qui flâne - ne dis pas « s’égare » 
                          ne dis rien -
sort de sa réserve et fleurit
et dont je brandis l’étendard
- c’est pour une cause homologique -


Il est certain que - là - seulement
est la valeur sûre 
couleur - stridence verte et rouge -
du mot tulipe - ô logique ! - retentit
aussi fort que le coup de fusil contre l’armure
du bosquet dans mon dos, vif et dur
et qui fait voler tous les oiseaux
de la haie
               en éclat


mardi 31 décembre 2019

Grand laboratoire 16




"Peter Garber affirme..."


Peter Garber affirme que la spéculation n’« était qu’un passe-temps d’hiver insignifiant, joué autour d’une table par des gens hantés par la peste qui essayaient de se distraire en pariant sur un marché de la tulipe en pleine effervescence »
Mais la révélation que le prix d’une fleur d’été pouvait fluctuer aussi violemment en hiver brouille complètement le sens du mot « valeur ».
Brouille tous les sens.
On ne peut que constater le cours de ces valeurs, comme celui du change. Il est la radiographie des échauffements et distensions des âmes commerçantes.

Mais que la chute est spacieuse ! et vivante en sa variation.
Plus tard on la dit illustre, on la vénère comme grandeur.
L’amplitude motive
le motif pour la métaphore
- l’allégresse du transport -

Et en effet, la fluctuation des prix de la tulipe au début du XVIIe siècle obéit [donc] à un modèle que l’on retrouve dans le marché d’autres fleurs d’ornement.

lundi 30 décembre 2019

Grand laboratoire 15



Rembruni d'un coup décembre


Rembruni d’un coup décembre et je sombre avec.
La tulipe m’éclaire malgré tout.


Elle tient haut le flambeau
- tourmenté -
de l’affirmation. L’assertion de sa couleur
florissante - l’animation - dans cette autre peinture.
( où des lames ou des flammes animent la nuit de cet âtre
comme dans un foulon comme

                                     - Prends garde à toi, flamme, la vision ne résiste pas à la cote.

                                     Le vent subjugue. )

dimanche 29 décembre 2019

Grand laboratoire 14



J'ouvre


J’ouvre,
ce sera le problème dans lequel je me perdrai, 
exactement où j’erre en ce moment :
d’énormes racines au fond embrasé - ne sachant pas faire un peu -
de la terre où tout est intriquement vivant.
Ce vivant instruit d’accords patients
c’est de la reliure à jamais.

Heures croisées de rudes accords enracinés-là
- et de toute évidence -
dont ne subsistent que les comment c’est.
Un accommodement pousse plus loin. 


Cette terre-ci est comme ma saison
sans être ma terre elle est ma trempe.
Léthargie : hiémale résolution musculaire, sensation de vie en dedans
des chairs, des pensées, intrication - et intrigue - particulière

au fond est la pensée chauffée au rouge dans un corps froid.
La tulipe en est l’excellente épreuve positive.
Je l’ouvre avant l’heure, je la dispose.

Contemplation en dedans de ce point vivant de référence, dis-tu, mais
retourné vers ce qui est vu. Un poème est symphonie est composition
polyphonique, - terre/tulipe/moi vers ce point courbée -
cet accord imaginé, orchestré, entre ce je qui voit et le réel.
Point vivant de perception. J’ai toutes ces fleurs au fond.

Le poème est une réalité.
Et c’est, au fond, travaillant cette terre-ci, que je me compose.