mardi 22 janvier 2019

Narcose 43


Périssable - comme l'est l'homme


Périssable - comme l’est l’homme là-bas aux liaisons cérébrales
peut-être irréversibles on ne sait pas encore
c’est sa femme qui le dit ainsi ici sous cet éplorement de tilleul
plusieurs fois elle le répète
- une femme à la grammaire pourtant parfaite -
sans doute cherche t’elle à assurer la continuité ou la cohésion
d'un ensemble qui n’y paraît plus
ou bien
aujourd’hui que sa langue a fourché
ne sait-elle plus qu’une chose garante de la petite flamme
immatérielle qui reste à ce corps enfoncé
- pas même la face ou le poumon - : la conjonction
de leur deux vies.
Elle tremble.

Je pense à l’iris des marais
sa flamme souterraine -  par une allée d’iris et de lilas
sans qu’on en sache rien - que je vois
périe aussi à l’instant
sorte d’équinoxe entre ce qui est vu
et ce qui est pressenti :
ensemble en-terre

feuilles d’herbe en pardessus
( mais plus dures d’être vues ).
Corps sont renouvelables à l’hiver.

lundi 21 janvier 2019

Narcose 42


Il s'étonnerait de son nom


Il s’étonnerait de son nom
périssable Flambe d’eau pourtant quel flambeau
- gélif et sans combustion - 
pour peu qu’on lise sa langue - le néerlandais Gele lis -
jaune lys, feu avec les laîches
roi du lagunage et de l’épuration des eaux
par  déseutrophisation
- par tous les temps -
il s’étonnerait de son assourdissant
nom de tonnerre.

- à côté, le Ruban de bergère Phalaris
faux-roseau c’est un conte de fée !

dimanche 20 janvier 2019

Narcose 41


Flagelle et flagelle


Flagelle et flagelle.
Flamme en lisière, il - le gel - arrive
qui cautérise la terre
son histoire lasse.

Des mottes et des laines fracassantes
rendent au sol un seul son.

Pas de festin d’iris et aucune consolation.
Faux acore c’est un souvenir bien enfoui, quel nom
lui choisir ?

samedi 19 janvier 2019

Narcose 40


Il avance prolongeant le sillon


Il avance prolongeant le sillon
au cœur des chambres. Stances
et stations.
Il avance avec de simples signes pour lire la nuit.
Pour un peu il s'étonnerait du monde.
Maintenant le vent c’est levé
sur les cendres du sureau ces vergetures c’est
le cadet de ses soucis maintenant.
Vent qui ne joue plus de son sambukê
va fustiger d’autres crêtes !

vendredi 18 janvier 2019

Narcose 39


Le sillon est profond


Le sillon est profond et droit tracé par le désir
de l’homme-soc. Le coutre verticalement en avant pour fendre
cette nuit est encore dedans, qui se voit. L’ombre du grand sapin
son équerre sombre sur la terre fraîche obscurcit encore un peu plus la nuit
à ses yeux ses pointes émoussées malgré tout la balafrent.
Exactement comme ici, à l’emplacement des iris.
Les mains à l’image d’aigrettes non plus préhensiles volettent
en embrassant l’averse ou bien c’est le vent
dont lui non plus ne peut se soustraire.
Maintenant la lumière hivernale blanchit la terre.
Il s’agit peut-être de neige.

Espace éperdument ouvert. Science qu’avive le vent.

Il suit la ligne droite qui passe par lui
si près du sapin l’abri de ses branches
- hutte ou bûcher ou seulement une ombre enracinée -
ou bien cette nuit est comme un bestiaire découvert

Plus loin le peintre ( GG XX )

jeudi 17 janvier 2019

Narcose 38


Six figures extraites de choses vues


Six figures extraites de choses vues
et posées. Ce sont des jalons jetés en départ de sillon
mires pour le tracé et la lecture du soc qu’est ce sexe
- arme et désir plantés à rebours de la nuit de pauvre mémoire -
Six figures opposées à la matière - en lisière -
claires réalités campées dans la lumière aveuglante
( mes nuits suffiront-elles à décomposer cet éclair ?)
que l’allée traverse encore.

mercredi 16 janvier 2019

Narcose 37


L'onagre.


L’onagre.
( bien que ) déferrée  sous sa coupe
je suis l’allée - celle-là même où l’iris -
comme l’homme à tête d’oiseau
devant les Six figures inintelligibles six
témoins ( chacun maître-étalon ) arrachés à la terre - chaos de bête éventrée
nuit de racines enlacées sous des houppes
sapin, pailles, fleurs et os calcinés -
l’allée les traverse

mardi 15 janvier 2019

Narcose 36


L'onagre par exemple


L’onagre par exemple. Le parfum - frangipane têtu -
le parfum de sa robe temple-de-sphinx créée au bord de la nuit
brûle, le temps d’une question à propos de temps, puis ôtée
- en cinq sec à son pied déchue -
elle flambe à mes pieds soufrés je sais
Lazare alors rémanent ( et déferré )

lundi 14 janvier 2019

Narcose 35


"D'autres fleurs ont failli me perdre"


D'autres fleurs ont failli me perdre ou me trouver
à moi l’iris ouvre des - où ils vrillent -
des vues sur une autre rive - ciel froid si près ouvert à la houe -
je l’entends dire que tous les chevaux sont  lancés contre le vent ou
cavales lancées contre ce banc - dans l’eau tombées :
c’est un tombeau. Mais l’iris est là.
Dire : « Je suis Lazare et je reviens d’entre les morts,
Je reviens pour te dire tout, je te dirai tout »
et  « Non, ce n’est pas ça du tout;
Ce n’est pas ça du tout que j’avais voulu dire. »
- Eh bien ! Accrochez-vous aux branches !
( mes nuits suffiront-elles à décomposer cet éclair ?
mes poèmes à élucider ce mystère ? )
dire qu’il est là malgré qu’on ne le voit pas.

dimanche 13 janvier 2019

Narcose 34


C'est ce que dit


C’est ce que dit - édifie - Grégoire de Tour
qui explique ainsi l’usage de l’iris sur le manteau et la bannière de Clovis
( l’illustre, au combat le glorieux, le premier Loys )
puis des rois francs et carolingiens après lui.

Dont les rhizomes se mêlent aux nuages dans les reflets de l’eau
ce qui me bouleverse au printemps debout entre les saules
ciel profond caillebotté semé d’iris à mes pieds
- de la Vienne à l’Ognon à la Loue -
ce qui me touche aujourd’hui la terre effondrée
ouvre et renoue sous la houe
l’iris-fondation des berges et des ciels
fondation d’occident - terre de marécages -
et offre le passage aux hommes

Dont l’aigrette trifide sème au champ d’azur jusqu’à
prendre nom Semé de France par les Armes

Alors que
nous le savons bien
Alors que nous ne faisons tous que flotter
comme par accident au gré d’un souffle.

samedi 12 janvier 2019

Narcose 33


Grégoire de Tour a décrit le gué


Grégoire de Tour a décrit le gué
que formait sur la rivière en crue la colonie d’iris des marais
qu’une biche emprunta devant Clovis apeurée
montrant la voie aux armées de francisques et aux angons
c’était une biche qui fuyait le chasseur
- Qu’ils y viennent par-dessus les rhizomes épais !
c’est ce qu’ils ont fait : et l’iris a donné de sa flamme 
dans les os
et ils sont venus avec sa fleur
jaillie de leurs talons :
de la même souche ils tirèrent leur force

vendredi 11 janvier 2019

Narcose 32


Ses feuilles en forme de glaive pointés


Ses feuilles en forme de glaives pointés
masquaient dans leur faisceau les tiges à feuilles caulinaires
que j’allais visiter. Trois est le chiffre de sa fleur érigé
autant de fois que fleurit la couronne à trois tépales
connivents hors de trois tépales étroits dressés
entourant trois stigmates et trois étamines. Ce qui fait
quatre fois trois attributs synthétisés sur l’écu en trois pétales
rabattus ceinturés d’un biais.
C’est lui l’iris des marais dont une colonie stabilisait
les vasières de la Vienne qui permit le passage de Clovis
( s’ensuit la victoire sur les wisigoths à Vouillé ).
Le retour sur l’autre rive, spectaculaire.

La cohorte était somptueuse au printemps véhément.

jeudi 10 janvier 2019

Narcose 31


Il exhorte le monde


Ne m’écoute pas plus léger que les feuilles
Pourquoi me suis-je libéré de toutes les branches
Et ni même l’air ne m’enchaîne
Ni les eaux ne peuvent rien contre mon sort
Ne m’écoute pas venir plus fort que la nuit
Et les fleuves ne te ferment pas le passage
Et les fleurs t’appellent de ma voix

*
Sans la poésie, la vie serait dénuée de présent


Il exhorte le monde
en son lieu - ombres flammes en lisières de la Lys,
ombres feuilletées - comme on le fait aux mourants.
Mais c’est lui-même. Il appelle de sa voix il dit
- je suis la forme, l’Iris, « l’Eros qui maintient la cohésion de tout ce qui vit »,
« qui conserve toutes choses ». Il pleure en lançant ses feuilles
linéaires - des lames flexibles, aujourd’hui rien - faux acore, (ca)lames qui lient,
sensibles à l’air. Il lie les rives sans coudre nos lèvres.

mercredi 9 janvier 2019

Narcose 30


Tout prend forme


Tout prend forme - dans l’œil du témoin - et je reste debout
sans comprendre finalement ni rivière ni rive - mais écrivant, la poésie
fait le présent : reste un lieu renommé -
du passé nulle trace lisible il est là seulement - présent - sous
les mots tout entier dans la souche et le flux - un pied
d’iris dit-on où je voyais une tête ou des corps intriqués
et tout l’écheveau - le rhizome - comme une de ces mêlées
humaines qui ont été chantées souvent. Sardanapale brûla
avec femmes et chevaux dans les volutes de tant de beauté
Dante et Virgile penchés sur le fleuve des coléreux
Roland tombé sous son cor éclatant -
émergeant de ses propres eaux.

mardi 8 janvier 2019

Narcose 29


Tout prend forme


Tout prend forme, la terre prospère au fond recyclant la poussière
les fanes des rames enroulées sur elles-mêmes
à toute profondeur avance le dépeçage
dont jaillira le prochain
( cet iris sera examiné à la lumière du nouveau, cet iris
prend forme )

lundi 7 janvier 2019

Narcose 28


Un écheveau sec.


Un écheveau sec. Faudra t’il l’entretenir
ce feu ou l’image - un feuillage de glaives
perclus de sécheresse que brandir ? - s’effacera t’elle
en fonte et refonte la glèbe rouge à nos pieds
nos fourches d’air soufre ? Des os des os ( qui sourdent
des mottes impavides sous les processionnaires ) 
où d’autres hivers on a vu fermenter les marais énormes ou
encore des écroulements d'eaux et des arbres tordus.

On en aura tant vu. En attendant moi je décompte l’hiver en mois,
en attendant j’écris ce que j’ai vu longeant cette rivière.

dimanche 6 janvier 2019

Narcose 27


L'altération :


L’altération : les signes sont dépareillés de la succession
temporelle et spatiale, et défaits.
J’ôte cette paille sonore. Mais le rhizome atteint, la forme charnue
rouvre des perspectives en refluant dans ses embrassements.
Je vois les corps bruns intriqués des gisants continuer la progression
malgré le grand vent et l’inconsistance de l’image
je vois les tous nouveaux écussons.

Maintenant dans mes mains ce bouquet de flammes désignées
échevelées
et maintenant une rivière dans les yeux.

Au bord de cette eau je regarde. Le sens vient, sens, contresens.
Mes yeux je vous vois aussi. L’ancre ici finit par bouger,
oui, comme les morts bougent.

Evidemment, c’est ce qui est nouveau, ininterprété,
qui, en s’écoulant, refond l’ancien

samedi 5 janvier 2019

Narcose 26


Sussurrent, comme au printemps les eaux


Susurrent, comme au printemps les eaux,
en ce moment
ces feuilles d’iris dont la dessiccation fléchit
la linéarité, envidées autour des tiges.
Un pauvre sens commun consenti par le vent,
entêté dans la chevelure.
Ainsi qu’il périsse.

vendredi 4 janvier 2019

jeudi 3 janvier 2019

Narcose 24


J'en suis aux iris


J’en suis aux iris - voici que s’insinue dans l’oreille
ce Dieu faste symbole de la terre fertile
mort démembré noyé dans le fleuve Nil -
dans les rhizomes les formes humaines
enchevêtrées ici coule une rivière de corps
des têtes grotesques émergent chevelues des remous
qui portèrent et porteront encore bouche que veux-tu la fleur ductile :
parole
encore impensable aujourd’hui sous le vent