vendredi 17 mai 2019

Scène courtoise sur un coffret

Scène courtoise sur un coffret orné d’œillets blancs
ou de lychnis dioïques ( compagnons blancs ) Cela est ma joie
dit-elle et lui joue du luth pour la conquérir.
C’est ce même livre que je feuillette
où Christine de Pisan creuse au Champ des Lettres
avec la bêche ferrée de son intelligence le jardin clos de plessis
où fonder la Cité des Dames. Sa pioche d’Interrogation ardemment
s’ingénie à cultiver sa pensée et son jouir en indissociables amants.
Clos, clos toujours est le jardin de ces inséparables
car c’est à l’image de l’hortus conclusus que sûrement
l’air de toutes parts forme la clôture du jardin.
Où l’on apprend qu’il n’a pas toujours été gênant
d’évertuer son être au pré du présent.
Approche, observation,  et déduction. Ceci comme un usage possible de la poésie.
- Tu veux te rendre utile dis-tu ? Je réponds que tu as infiniment
raison de rester les yeux rivés sur ton livre en ce jardin ! Infiniment sans ironie.
Car en une époque d’injustice quoi de plus juste, équitable
même, que la quête et la déduction de cette belle dame sans merci ?*

* en pensant à K. Rakosi

__

En une époque d’injustice
il est embarrassant
de se faire surprendre
à jouer du luth.
Ego sans bornes,
je veux me rendre utile
(alors, ne reste pas
les yeux rivés sur ce livre !)
Suis très sérieux
et généreux
(toi l’ironie, casse-toi !)
tout à l’excellence
de la belle dame sans merci.  

Karl Rakosi, The Collected Poems (1986) Poèmes choisis  Traduit de l’américain par Auxeméry.
Découvert sur le blog Beauty will save the world  
https://schabrieres.wordpress.com/


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