samedi 12 janvier 2019

Grégoire de Tour a décrit le gué


Grégoire de Tour a décrit le gué
que formait sur la rivière en crue la colonie d’iris des marais
qu’une biche emprunta devant Clovis apeurée
montrant la voie aux armées de francisques et aux angons
c’était une biche qui fuyait le chasseur
- Qu’ils y viennent par-dessus les rhizomes épais !
c’est ce qu’ils ont fait : et l’iris a donné de sa flamme 
dans les os
et ils sont venus avec sa fleur
jaillie de leurs talons :
de la même souche ils tirèrent leur force

vendredi 11 janvier 2019

Narcose 32


Ses feuilles en forme de glaive pointés


Ses feuilles en forme de glaives pointés
masquaient dans leur faisceau les tiges à feuilles caulinaires
que j’allais visiter. Trois est le chiffre de sa fleur érigé
autant de fois que fleurit la couronne à trois tépales
connivents hors de trois tépales étroits dressés
entourant trois stigmates et trois étamines. Ce qui fait
quatre fois trois attributs synthétisés sur l’écu en trois pétales
rabattus ceinturés d’un biais.
C’est lui l’iris des marais dont une colonie stabilisait
les vasières de la Vienne qui permit le passage de Clovis
( s’ensuit la victoire sur les wisigoths à Vouillé ).
Le retour sur l’autre rive, spectaculaire.

La cohorte était somptueuse au printemps véhément.

jeudi 10 janvier 2019

Narcose 31


Il exhorte le monde


Ne m’écoute pas plus léger que les feuilles
Pourquoi me suis-je libéré de toutes les branches
Et ni même l’air ne m’enchaîne
Ni les eaux ne peuvent rien contre mon sort
Ne m’écoute pas venir plus fort que la nuit
Et les fleuves ne te ferment pas le passage
Et les fleurs t’appellent de ma voix

*
Sans la poésie, la vie serait dénuée de présent


Il exhorte le monde
en son lieu - ombres flammes en lisières de la Lys,
ombres feuilletées - comme on le fait aux mourants.
Mais c’est lui-même. Il appelle de sa voix il dit
- je suis la forme, l’Iris, « l’Eros qui maintient la cohésion de tout ce qui vit »,
« qui conserve toutes choses ». Il pleure en lançant ses feuilles
linéaires - des lames flexibles, aujourd’hui rien - faux acore, (ca)lames qui lient,
sensibles à l’air. Il lie les rives sans coudre nos lèvres.

mercredi 9 janvier 2019

Narcose 30


Tout prend forme


Tout prend forme - dans l’œil du témoin - et je reste debout
sans comprendre finalement ni rivière ni rive - mais écrivant, la poésie
fait le présent : reste un lieu renommé -
du passé nulle trace lisible il est là seulement - présent - sous
les mots tout entier dans la souche et le flux - un pied
d’iris dit-on où je voyais une tête ou des corps intriqués
et tout l’écheveau - le rhizome - comme une de ces mêlées
humaines qui ont été chantées souvent. Sardanapale brûla
avec femmes et chevaux dans les volutes de tant de beauté
Dante et Virgile penchés sur le fleuve des coléreux
Roland tombé sous son cor éclatant -
émergeant de ses propres eaux.

mardi 8 janvier 2019

Narcose 29


Tout prend forme


Tout prend forme, la terre prospère au fond recyclant la poussière
les fanes des rames enroulées sur elles-mêmes
à toute profondeur avance le dépeçage
dont jaillira le prochain
( cet iris sera examiné à la lumière du nouveau, cet iris
prend forme )

lundi 7 janvier 2019

Narcose 28


Un écheveau sec.


Un écheveau sec. Faudra t’il l’entretenir
ce feu ou l’image - un feuillage de glaives
perclus de sécheresse que brandir ? - s’effacera t’elle
en fonte et refonte la glèbe rouge à nos pieds
nos fourches d’air soufre ? Des os des os ( qui sourdent
des mottes impavides sous les processionnaires ) 
où d’autres hivers on a vu fermenter les marais énormes ou
encore des écroulements d'eaux et des arbres tordus.

On en aura tant vu. En attendant moi je décompte l’hiver en mois,
en attendant j’écris ce que j’ai vu longeant cette rivière.

dimanche 6 janvier 2019

Narcose 27


L'altération :


L’altération : les signes sont dépareillés de la succession
temporelle et spatiale, et défaits.
J’ôte cette paille sonore. Mais le rhizome atteint, la forme charnue
rouvre des perspectives en refluant dans ses embrassements.
Je vois les corps bruns intriqués des gisants continuer la progression
malgré le grand vent et l’inconsistance de l’image
je vois les tous nouveaux écussons.

Maintenant dans mes mains ce bouquet de flammes désignées
échevelées
et maintenant une rivière dans les yeux.

Au bord de cette eau je regarde. Le sens vient, sens, contresens.
Mes yeux je vous vois aussi. L’ancre ici finit par bouger,
oui, comme les morts bougent.

Evidemment, c’est ce qui est nouveau, ininterprété,
qui, en s’écoulant, refond l’ancien

samedi 5 janvier 2019

Narcose 26


Sussurrent, comme au printemps les eaux


Susurrent, comme au printemps les eaux,
en ce moment
ces feuilles d’iris dont la dessiccation fléchit
la linéarité, envidées autour des tiges.
Un pauvre sens commun consenti par le vent,
entêté dans la chevelure.
Ainsi qu’il périsse.

vendredi 4 janvier 2019

jeudi 3 janvier 2019

Narcose 24


J'en suis aux iris


J’en suis aux iris - voici que s’insinue dans l’oreille
ce Dieu faste symbole de la terre fertile
mort démembré noyé dans le fleuve Nil -
dans les rhizomes les formes humaines
enchevêtrées ici coule une rivière de corps
des têtes grotesques émergent chevelues des remous
qui portèrent et porteront encore bouche que veux-tu la fleur ductile :
parole
encore impensable aujourd’hui sous le vent

mercredi 2 janvier 2019

Narcose 23


"flux des os de la mort"


flux des os de la
    mort
c’en est un.
Sous l’iris investi roule l’osselet
- par deux fois - que je tire en sculptant,
et sous mon talon va cette mort appuyée
sans crainte de ce qui a été.
( Sur des os toujours nous marchons
dont nous tirons le monde que nous écrivons )

mardi 1 janvier 2019

Narcose 22


Je ne signe plus


Je ne signe plus. Que vaudrait mon signe malmené
dans le fleuve douteux ? Non je me joins aux choses,
faits et gestes, dits de toutes sortes, et je nage.
J’appartiens au siècle comme l’iris au règne végétal
mon iris Reine des fleurs progressant dans sa boue
là-bas. ( L’homme GG XX marche depuis la grotte
sa naissance promène son regard ithyphallique
son désir voyant c’est ce qui est si bouleversant
le renverse ). Le fleuve affin passe ainsi dans la bibliothèque
où tu écris c’est elle qui t’emporte

"...c’est un palais. C’est un fantôme de chair silencieux en son fauteuil et je lui fais la lecture de toute mon imagination. C’est mon fantôme de chair silencieux dans mon palais.")
Ou les gants d'un conservateur des manuscrits, tout imprégnés du parfum de la cire fleurie (encre, poudre et violette toujours) dont on nourrit chaque centimètre des boiseries, les grandes volées qui conduisent aux réserves, les tables d’étude, les portes et les fenêtres, leur antique pesanteur redoublée par le silence, y souriant comme un gentleman-cambrioleur aux correspondances sûres qui se sont établies entre le contenu des livres et la signature de l’air. L’air est à facettes, il est stupéfiant de ces trésors qui pulvérisent l’âme pleine de chagrin ou de certitude : trésor des longues fenaisons de juin qui déclinent la matière en silence et éclatent de joie lorsque le parfum de la flouve mûrissante justifie par l’absurde le labeur démesuré des hommes. Trésor de la vanille, la gousse et la fleur cireuse devenues une unique goutte à la commissure des lèvres cependant qu’un rideau de poudre d’iris ferme la pièce sur l’intimité, la réminiscence épidermique de la caresse. Un monolithe se referme.

Et ce n’est pas un exergue mais un fleuve qui emporte
et la marée qui remonte.
Ire, non ambire comment faire alors que tout m’échappe
que la complexe architecture s’enrichit de chaque geste
que le moindre remous fait surgir ce qui paraît reposer
dans la boue ?

lundi 31 décembre 2018

Narcose 21


Son nom de "flambe d'eau"


Son nom de flambe d’eau - en Saintonge je crois -
m’éclaire et voilà
feu de ses fleurs que
- je crois le vent les a ôtés […]
tout ce qui m'était à venir
m'est advenu
- comme les amis,
le vent a fait tomber. Il faut faire sans.
pauvre sens et pauvre mémoire

dimanche 30 décembre 2018

Narcose 20


Et toi iris pourtant sans équivoque


Et toi iris pourtant sans équivoque, sœur
de mon hiver stérile ta réserve garde en vie
ma parole. ( De fait cette nuit talaire. ) Toi tu cultives un lieu de feu.
Dans la vigueur de tes rhizomes embourbés jaillit
déjà un coq, la crête du poignard d’or
- ou la pointe hirsute de ta flèche
hirsute comme un angon - .

samedi 29 décembre 2018

Narcose 19


De fait


De fait
la robe talaire bleue semée d’astres et de constellations
le cosmos unifié enfermé dans ses plis - un éventail brûlant
bleu et or -
la bannière semée de Lys flottant ce ciel fleuri,
évocation des élus dans la lutte pour une idée - parole de la sagesse
qu’ils servaient volontaires (et pourquoi non les sensations, la parole vécue ? ) -
ce que les preux Roland et Olivier ont vu en tombant
claironnant leur mort.
( C’était jour d’assomption - est-ce un hasard ? - Et : fallait-il nécessairement
que les poursuivants fussent Sarrasins ? C’est ainsi que des siècles après,
ont été justifiées les croisades.
Je peux bien, moi, croiser a posteriori l’iris pseudacorus, les freux picorant à proximité,
le coq voisin, Roland, Robert, Dante, Dupin, Rutebeuf et Dylan Thomas
qui l’a déjà si bien fait ! Cette histoire, je la peux tresser puisque je la vis)

Et ensuite il est dit
Le nom fleur de Lys apparaît sous le règne de Louis VII, dans Érec et Énide premier roman arthurien de Chrétien de Troyes ( et l’un des premiers romans courtois ) peu après 1160 et on peut remarquer que ce terme est phonétiquement identique, en tout cas très proche de « Flor de Loys » (Fleur du Roi Louis), Louis VII ayant en fait adopté comme blason l'Iris des marais mais l'assonance entre « Flor de Loys » (l'iris) et « Flor de Lys » a perpétué une équivoque historique



vendredi 28 décembre 2018

Narcose 18


C'est précisément toi l'iris


C’est précisément toi l’iris, l’aigrette trifide
le lys royal [qui] règna[a] du haut des sceptres étincelants
que chante Sedulius dans le De rosae liliique certamine, toi
déjà stylisé à la base des colonnes de Saint-Denis
et sous la forme de rinceaux ornant les évangéliaires et les capitulaires
carolingiens, associé au monde stellaire.
Tout droit venu des jardins mosaïques de Rome et de Ravenne
et de la tradition biblique, ton fleuron a proliféré sur les sceaux
les couronnes et les manteaux honorant l’homme de ton semis
d’or. Nulle plante n’est plus féconde avait dit Pline, nul
glissement sémantique plus efficient.
Agenouillée dans l’allée et m’occupant de tes rhizomes, Reine des fleurs,
j’ai bien conscience d’être reine.
( de ma crasse aurait dit R. Pinget. Certes.
Mais après tout, c’est encore un royaume.)

jeudi 27 décembre 2018

Narcose 17


Je parle ainsi


Je parle ainsi
à genoux dans la boue
occupée au feu de l’iris faux acore
une voix mortelle - fanes et tiges en allées dans la morgue du gel -
et j’entends le cor - son jaune pavillon et strident -
du preux de la chanson rendu au col
( peut-être à cause de La fleur des chevaliers ? Je ne sais, mais hardi, je crois qu’il
la chevauchait,
ne serait-ce pas en effet lui, le cavalier qui tombe en chevauchant la fleur ?)
Tous les freux sont au sol, leur œil vif surveille le mien leur bel
œil statique comme une perle dans l’éclat métallique du plumage et le bec - déjà nivéal - brille
dans l’herbe courte où ils cherchent sautillant des noix et des lombrics -  
lui, contre quoi résista t-il et contre qui ? Le savait-il ?
Ici se profile - une ombre une absence putréfiée - le gel :
ici s’ancre l’iris que trame au revers la vie


Oui les morts bougent.
Ceci, mais pas cela, est ombre, le freux à terre,
Le gisant, des ruines dans l’oreille,
La marée du jeune coq jaillissant du feu

Et

Sème les graines de la neige dans les vergers aux yeux
    rouges,
Et dans les jeunes années du siècle végétal.
Sois le père de tout, même de l’arpent du roi des
    mouches
 


mercredi 26 décembre 2018

Narcose 16


"Cultive les lieues de feu par temps de gel"


Cultive les lieues de feu par temps de gel

Où Roland de tout son cor
s’ancre dans la boue
ancre ta dormance avec un soleil tangent
et la couverture du gel
cette sorte de sceau
dont l’apposition cachette
ton signe arrache un rictus :
ton rhizome ( pourtant non pas mandragore )
garde la mort et la vie en une :
ton feu dans la noue