mercredi 21 août 2024

d’éblouissantes / surbrillances qui

 

d’éblouissantes

surbrillances qui

éraillent

aussi la tunique

(lascive

flânant)

sur le glacis des verts

ce pâtis

indifférencié

 

mardi 20 août 2024

À la boîte blanche, vues 447


 

le voici

 

le voici

harceleur

qui persécute

l’horizontale

évidence

perfore l’étendu

paysage lacéré

par ces douces langues d’agneau 

(imago : survivance imaginaire)

 

dimanche 18 août 2024

À la boîte blanche, vues 445


 

L’été

 

L’été est parvenu jusqu’ici

et hisse le plantain - haut l’épi -

pointilleux sur le vert indi

visible (bien plus haut que la ligne d’horizon

parcourue des yeux, lorsque nous sommes allongés au préau)

 

samedi 17 août 2024

À la boîte blanche, vues 444


 

Pendant que l’œil rivé à la margelle

 

Pendant que l’œil rivé à la margelle implacable

(la pierre de l’implacable :

refuserons-nous la modération et la sobriété,

refuserons-nous maintenant le prix du sang ?)

 

expie l’exorbitante prétention à régenter, j’oublie le bruit de l’eau

j’omets l’aridité qui ravit la souplesse aux tissus, j’omets le temps.

 

Le bruissement des feuillages donne sa consistance à l’espace.

 

jeudi 15 août 2024

À la boîte blanche, vues 443


 

La présence du chardonneret

 

La présence du chardonneret

et du signe sommaire

- un meneau, une croix grecque -

pour expier l’hybris humaine.

Nous voilà édifiés

nous, pourtant si prévoyants.

 

(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)

 

mercredi 14 août 2024

À la boîte blanche, vues 442


 

et composer avec la vie

 

et composer avec la vie, c’est consentir au collage

(au découpage et au collage, qui n’a pas à voir avec la colle

mais avec la sympathie, l’agrégat, la coordination).

Giovanna Garzoni a peint à même les cerises rutilantes

 

la fenêtre fermée sur la margelle exportée de laquelle,

grande ouverte, nous voyons l’oiseau becqueter ce foie.

Ou assister la peintre grâce à cet étalonnage voyant ?

L’étendard coloré de gueules pour prémonition ?

(le sacrifice et le sang pour étendard

l’ardeur et le feu pour rédemption).

 

(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)

 

mardi 13 août 2024

À la boîte blanche, vues 441


 

notre crédulité mise à l’épreuve

 

notre crédulité mise à l’épreuve de cette optique

qui est pensée. Mais après tout il n’y a pas d’inconséquence logique

à peindre pour témoigner de la vie ET pour créer une réalité,

- de concert -

la peintre étant maître de la trivialité, elle préside aux carrefours

de la pensée la plus complexe

 

qui concerne les faits de la vie la plus courante, la plus quotidienne

et satisfait manifestement à une définition et aux conditions d’une image,

 

(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)

 

lundi 12 août 2024

À la boîte blanche, vues 440


 

et de recomposer à la surface du parchemin

 

et de recomposer à la surface du parchemin notre vie

ses affinités

ses liaisons fortuites qui intriguent l’œil

et égarent la pensée

(fenêtres à meneaux dans l’orbe d’une cerise écarlate

à même la margelle de pierre, sur fond blanc


comme toujours, ou presque, abstrait comme toujours,

ce qui fait paraître l’image pour ce qu’elle est,

un plan de motifs concordants

au centre trivial - non sans distinction pourtant -

de son cadre réflexif. Une section de la pyramide visuelle,

selon une distance donnée)

 

(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)

 

dimanche 11 août 2024

À la boîte blanche, vues 439

 


et c’est un sacrifice

 

et c’est un sacrifice - c’est le sacrifice dont

nous fait offrande Giovanna Garzoni s’attelant

au réalisme, au défi de donner vie à des taches de

gouache colorée disséminées et conjuguées sur parchemin,

comme les six cerises en conjonction (telles des planètes),

reflètent et révèlent (presque) toutes la source de lumière

 

à travers meneau et croisillons simplifiés de la fenêtre.

Comment l’a-t-elle peint ? Quel point de vue peut nous laisser

croire que le chardonneret consentant posa près de la coupe de figues fraîches ?

Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre

la peintre harcelée par le mobile fatidique

n’a d’autre ressource que de composer avec la vie

 

(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine) 

 

samedi 10 août 2024

À la boîte blanche, vues 438

 


Le chardonneret donne la couleur

 

Le chardonneret donne la couleur à la création

comme Prométhée fait don du feu,

mais aussitôt il becquette la figue-foie de celle

qui rivalise avec le créateur en réalisant cette peinture,

 

(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)


vendredi 9 août 2024

À la boîte blanche, vues 437


 

Tout en bas

 

Tout en bas six cerises liées par trois

comme des points de suspension s’alignent

pour la terminaison.

Le chardonneret sur le côté gauche de la coupe

étalonne la couleur, sorte de palette témoin,

voyons-le comme le nuancier de toute émotion

 

(une fiction, un jeu, voici dans cette effigie polie

- polissée -, la mesure que nous attendions,

figés dans cette scène aride,

affamés sans pouvoir tendre la main

c’est la mesure de feu, le tison sacré qu’il porte avec lui

qui se rappelle à notre léthargie,

 

et réétalonne pour nous la résolution colorée,

sensitive et musculaire.)

 

(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)

 

jeudi 8 août 2024

À la boîte blanche, vues 436


 

Une demi-douzaine de Dottato

 

Une demi-douzaine de Dottato (ou Dalla goccia) charnues

vert paille à la pulpe ambrée

ou plus sûrement des Verdino, les tardives d’Ombrie, délice miellé

portant les stigmates de l’été,

disposées dans une coupe chinoise à décor paysagé et liseré bleu lavande

plus une violette au sommet de la composition

 

(brune plus exactement, par mimétisme avec le chardonneret

qui sur la margelle picore le réceptacle offert

- de la forme d’une navette -

d’un sycone éventré de l’ostiole au pédoncule,

sillon central plus sombre évoquant la fente palpébrale, 

sa ligne doucement convexe jusqu’au larmier


où perle un suc rose)

il y a aussi la branche noueuse

comme un doigt pointé vers l’extérieur du champ

et deux feuilles trilobées font l’obole de peinture - deux bons poids visuels -

sur la balance colorée, qui marque l’équilibre précisément.

Le grené de la pierre l’apparente à un cuir.

 

D'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine


mercredi 7 août 2024

À la boîte blanche, vues 435


 

confond le sang

 

confond le sang par sa frappe syncopale

ses contretemps

les bourrasques soudaines déplacent l’accent,

d’un cran descend le lambrequin dans le figuier)

tandis que le fruit dilué de nos ferveurs

pend axillaire.

 

mardi 6 août 2024

À la boîte blanche, vues 434


 

pour couvrir celui de l’eau

 

pour couvrir celui de l’eau,

et la déliquescence de leurs gisants.

Leur mutité d’innocents à laquelle

mes oreilles ne s’habituent pas (personne

ne s’y habitue lorsqu’elle inonde de son

péremptoire entrain la pensée

 

lundi 5 août 2024

À la boîte blanche, vues 433


 

une bombe), pour la charge enfin,

 

une bombe), pour la charge enfin,

(ficatum, le foie de l’oie engraissée à la figue, en latin

donnerait en espagnol higado, fegato en italien, le foie).

 

Figue-foie a sa réserve de feu dans l’herbe

mais que l’eau désamorce. Oiseau, figue, pavots,

nous reste le devoir de faire du bruit

 

dimanche 4 août 2024

À la boîte blanche, vues 432


 

pour la grenaille

 

pour la grenaille, et pour la fleur

dont la loque enfle l’herbe maintenant,

- feu et ferment -

gironde prête à embraser le pré, nos préjugés,

et tous nos plans de civilisation

(un foyer bourré d’explosif,

 

samedi 3 août 2024

À la boîte blanche, vues 431


 

ou la figue éventrée

 

ou la figue éventrée

d’où jaillit la pulpe rouge-viscères

qu’il déchirait (sans être l’Aigle du

Caucase il revenait chaque soir puiser

à la source de l’entraille et de la prévoyance,

comme les jours rallongeaient, rouges aussi)

 

vendredi 2 août 2024

À la boîte blanche, vues 430

  

 

passion, sacrifice

 

passion, sacrifice, sont les mots

que nous lui faisions porter

parce que le cirse et le chardon qu’il affectionne

évoquent la couronne d’épines ?

Parce que, chardonneret, la couleur lilas du soleil qu’il gravissait

de capitule en capitule lui seyait si bien

 

jeudi 1 août 2024

À la boîte blanche, vues 429


 

(Ni la peur)

 

(Ni la peur). (Ni ni) la peine, la peur

ou bien le jeu avec la vie de l’autre

précisément qui nous apeure,

 

le chardonneret élégant, sa gorge orageuse

un torrent noir et brun qui écume,

en a fait le jeu et les frais

 

mercredi 31 juillet 2024

À la boîte blanche, vues 428


 

et je pense

 

et je pense : comme lui

nous survivrons, mais moins bien,

notre œil plus naïf a regardé trop loin,

son intention bonne - intention de regard bon

et bienveillant - n’a pas assez mesuré la souffrance,

l’inconfort et l’insatisfaction de la souffrance.

 

mardi 30 juillet 2024

À la boîte blanche, vues 427


 

Le laiteron n’était pas loin pourtant,

 

Le laiteron n’était pas loin pourtant,

pour le soutien à l’oiseau, mais

trop tard ! L’aile déjà dilacérée balayait l’air,

suffocant, l’herbe à la bête pantelante, bec bâillant

 

- l’herbe si bien brossée

dans le sens de la pente légère que l’eau a dévalée -

 

a fait le lit de cette mort horrifiée, bariolée,

(j’imagine l’embrasement et l’explosion

de la poudrière de Delft, ce jour de 1654 ce Coup de tonnerre

à laquelle cet autre petit morceau de rien si beau et si précieux,

à l’attache sur son perchoir réaliste a survécu, lui,

- sa chaînette délicate n’a pas même trémulé -)

 

lundi 29 juillet 2024

À la boîte blanche, vues 426


 

comme l’était celle du chardonneret élégant

 

comme l’était celle du chardonneret élégant

ce matin parmi les plantains sourcilleux,

cette fleur qui bariolait l’horreur d’un jaune éblouissant,

(la tache qui n’était pas de sang

préfigurait déjà le sacrifice

et c’est moi qui haletais).

 

dimanche 28 juillet 2024

À la boîte blanche, vues 425


 

qui s’épanche, comme elle,

 

qui s’épanche, comme elle,

avec le bruit de l’eau, le fleuve

 

au temps adossé, (empoignée

l’aile du pavot par le temps

 

évident

clivant

 

la chair lamellaire si proche et si lointaine

de la mienne

car tout tissu infiltré expose sa structure

au grand jour de la connaissance

(même à l’esprit brumeux

ou perplexe ce hourdis apparaît)

 

samedi 27 juillet 2024

À la boîte blanche, vues 424


 

Je m’égare moi-même

 

Je m’égare moi-même feuille découpée,

je réponds à la tentation de l’eau

de couler avec elle, le fond de gravier

 

bruyamment entrechoque

les lèvres la plaie la première intention

 

elle essaie de ravauder l’invulnérable

 

 

ce motif qui tient à moi autant que moi à lui

haut lieu perçant dans le noir - malgré la nuit -

que passant le fleuve arrache, chair de mes os

 

(le froid me saisit

par les membres entravés, pas un pavot

pour solacier, la plaie fleur de)