d’éblouissantes
surbrillances qui
éraillent
aussi la tunique
(lascive
flânant)
sur le glacis des verts
ce pâtis
indifférencié
d’éblouissantes
surbrillances qui
éraillent
aussi la tunique
(lascive
flânant)
sur le glacis des verts
ce pâtis
indifférencié
le voici
harceleur
qui persécute
l’horizontale
évidence
perfore l’étendu
paysage lacéré
par ces douces langues d’agneau
(imago : survivance imaginaire)
le voici qui
vertige
vertical ce vif
d’un doigt ascendant
majeur
indicateur
dresse le champ
des filiations
(schème de croissance)
L’été est parvenu jusqu’ici
et hisse le plantain - haut l’épi -
pointilleux sur le vert indi
visible (bien plus haut que la ligne d’horizon
parcourue des yeux, lorsque nous sommes allongés au préau)
Pendant que l’œil rivé à la margelle implacable
(la pierre de l’implacable :
refuserons-nous la modération et la sobriété,
refuserons-nous maintenant le prix du sang ?)
expie l’exorbitante prétention à régenter, j’oublie le bruit de l’eau
j’omets l’aridité qui ravit la souplesse aux tissus, j’omets le temps.
Le bruissement des feuillages donne sa consistance à l’espace.
La présence du chardonneret
et du signe sommaire
- un meneau, une croix grecque -
pour expier l’hybris humaine.
Nous voilà édifiés
nous, pourtant si prévoyants.
(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)
et composer avec la vie, c’est consentir au collage
(au découpage et au collage, qui n’a pas à voir avec la colle
mais avec la sympathie, l’agrégat, la coordination).
Giovanna Garzoni a peint à même les cerises rutilantes
la fenêtre fermée sur la margelle exportée de laquelle,
grande ouverte, nous voyons l’oiseau becqueter ce foie.
Ou assister la peintre grâce à cet étalonnage voyant ?
L’étendard coloré de gueules pour prémonition ?
(le sacrifice et le sang pour étendard
l’ardeur et le feu pour rédemption).
(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)
notre crédulité mise à l’épreuve de cette optique
qui est pensée. Mais après tout il n’y a pas d’inconséquence logique
à peindre pour témoigner de la vie ET pour créer une réalité,
- de concert -
la peintre étant maître de la trivialité, elle préside aux carrefours
de la pensée la plus complexe
qui concerne les faits de la vie la plus courante, la plus quotidienne
et satisfait manifestement à une définition et aux conditions d’une image,
(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)
et de recomposer à la surface du parchemin notre vie
ses affinités
ses liaisons fortuites qui intriguent l’œil
et égarent la pensée
(fenêtres à meneaux dans l’orbe d’une cerise écarlate
à même la margelle de pierre, sur fond blanc
comme toujours, ou presque, abstrait comme toujours,
ce qui fait paraître l’image pour ce qu’elle est,
un plan de motifs concordants
au centre trivial - non sans distinction pourtant -
de son cadre réflexif. Une section de la pyramide visuelle,
selon une distance donnée)
(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)
et c’est un sacrifice - c’est le sacrifice dont
nous fait offrande Giovanna Garzoni s’attelant
au réalisme, au défi de donner vie à des taches de
gouache colorée disséminées et conjuguées sur parchemin,
comme les six cerises en conjonction (telles des planètes),
reflètent et révèlent (presque) toutes la source de lumière
à travers meneau et croisillons simplifiés de la fenêtre.
Comment l’a-t-elle peint ? Quel point de vue peut nous laisser
croire que le chardonneret consentant posa près de la coupe de figues fraîches ?
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre
la peintre harcelée par le mobile fatidique
n’a d’autre ressource que de composer avec la vie
(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)
Le chardonneret donne la couleur à la création
comme Prométhée fait don du feu,
mais aussitôt il becquette la figue-foie de celle
qui rivalise avec le créateur en réalisant cette peinture,
(toujours d'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine)
Tout en bas six cerises liées par trois
comme des points de suspension s’alignent
pour la terminaison.
Le chardonneret sur le côté gauche de la coupe
étalonne la couleur, sorte de palette témoin,
voyons-le comme le nuancier de toute émotion
(une fiction, un jeu, voici dans cette effigie polie
- polissée -, la mesure que nous attendions,
figés dans cette scène aride,
affamés sans pouvoir tendre la main
c’est la mesure de feu, le tison sacré qu’il porte avec lui
qui se rappelle à notre léthargie,
et réétalonne pour nous la résolution colorée,
sensitive et musculaire.)
Une demi-douzaine de Dottato (ou Dalla goccia) charnues
vert paille à la pulpe ambrée
ou plus sûrement des Verdino, les tardives d’Ombrie, délice miellé
portant les stigmates de l’été,
disposées dans une coupe chinoise à décor paysagé et liseré bleu lavande
plus une violette au sommet de la composition
(brune plus exactement, par mimétisme avec le chardonneret
qui sur la margelle picore le réceptacle offert
- de la forme d’une navette -
d’un sycone éventré de l’ostiole au pédoncule,
sillon central plus sombre évoquant la fente palpébrale,
sa ligne doucement convexe jusqu’au larmier
où perle un suc rose)
il y a aussi la branche noueuse
comme un doigt pointé vers l’extérieur du champ
et deux feuilles trilobées font l’obole de peinture - deux bons poids visuels -
sur la balance colorée, qui marque l’équilibre précisément.
Le grené de la pierre l’apparente à un cuir.
D'après Giovanna Garzoni, Figues dans une coupe chinoise, avec cerises et chardonneret, vers 1650, gouache sur parchemin, Florence, Galerie Palatine
confond le sang par sa frappe syncopale
ses contretemps
les bourrasques soudaines déplacent l’accent,
d’un cran descend le lambrequin dans le figuier)
tandis que le fruit dilué de nos ferveurs
pend axillaire.
pour couvrir celui de l’eau,
et la déliquescence de leurs gisants.
Leur mutité d’innocents à laquelle
mes oreilles ne s’habituent pas (personne
ne s’y habitue lorsqu’elle inonde de son
péremptoire entrain la pensée
une bombe), pour la charge enfin,
(ficatum, le foie de l’oie engraissée à la figue, en latin
donnerait en espagnol higado, fegato en italien, le foie).
Figue-foie a sa réserve de feu dans l’herbe
mais que l’eau désamorce. Oiseau, figue, pavots,
nous reste le devoir de faire du bruit
pour la grenaille, et pour la fleur
dont la loque enfle l’herbe maintenant,
- feu et ferment -
gironde prête à embraser le pré, nos préjugés,
et tous nos plans de civilisation
(un foyer bourré d’explosif,
ou la figue éventrée
d’où jaillit la pulpe rouge-viscères
qu’il déchirait (sans être l’Aigle du
Caucase il revenait chaque soir puiser
à la source de l’entraille et de la prévoyance,
comme les jours rallongeaient, rouges aussi)
passion, sacrifice, sont les mots
que nous lui faisions porter
parce que le cirse et le chardon qu’il affectionne
évoquent la couronne d’épines ?
Parce que, chardonneret, la couleur lilas du soleil qu’il gravissait
de capitule en capitule lui seyait si bien
(Ni la peur). (Ni ni) la peine, la peur
ou bien le jeu avec la vie de l’autre
précisément qui nous apeure,
le chardonneret élégant, sa gorge orageuse
un torrent noir et brun qui écume,
en a fait le jeu et les frais
et je pense : comme lui
nous survivrons, mais moins bien,
notre œil plus naïf a regardé trop loin,
son intention bonne - intention de regard bon
et bienveillant - n’a pas assez mesuré la souffrance,
l’inconfort et l’insatisfaction de la souffrance.
Le laiteron n’était pas loin pourtant,
pour le soutien à l’oiseau, mais
trop tard ! L’aile déjà dilacérée balayait l’air,
suffocant, l’herbe à la bête pantelante, bec bâillant
- l’herbe si bien brossée
dans le sens de la pente légère que l’eau a dévalée -
a fait le lit de cette mort horrifiée, bariolée,
(j’imagine l’embrasement et l’explosion
de la poudrière de Delft, ce jour de 1654 ce Coup de tonnerre
à laquelle cet autre petit morceau de rien si beau et si précieux,
à l’attache sur son perchoir réaliste a survécu, lui,
- sa chaînette délicate n’a pas même trémulé -)
comme l’était celle du chardonneret élégant
ce matin parmi les plantains sourcilleux,
cette fleur qui bariolait l’horreur d’un jaune éblouissant,
(la tache qui n’était pas de sang
préfigurait déjà le sacrifice
et c’est moi qui haletais).
qui s’épanche, comme elle,
avec le bruit de l’eau, le fleuve
au temps adossé, (empoignée
l’aile du pavot par le temps
évident
clivant
la chair lamellaire si proche et si lointaine
de la mienne
car tout tissu infiltré expose sa structure
au grand jour de la connaissance
(même à l’esprit brumeux
ou perplexe ce hourdis apparaît)
Je m’égare moi-même feuille découpée,
je réponds à la tentation de l’eau
de couler avec elle, le fond de gravier
bruyamment entrechoque
les lèvres la plaie la première intention
elle essaie de ravauder l’invulnérable
ce motif qui tient à moi autant que moi à lui
haut lieu perçant dans le noir - malgré la nuit -
que passant le fleuve arrache, chair de mes os
(le froid me saisit
par les membres entravés, pas un pavot
pour solacier, la plaie fleur de)