samedi 7 mai 2022

À fragmentation 452


 

Au soir

Au soir je le vois, traîné derrière son char
(opportunément celui dont beaucoup dépend, à côté des poulets blancs
et luisant de pluie) harassé, couvert de terre,
est-ce que nous vivons avec autre chose
que des images, pensé-je ? Maintenant le poème s’assombrit.
 
Les chats rôdent sur la terre remuée, d’où monte une odeur
putride, et une myriade de petits insectes danse
en orbite au-dessus des trous, qui les agace.
Dans sa prodigalité inintelligible, par deux fois
elle a exposé la salamandre.

vendredi 6 mai 2022

Expositions 159 - ( février 2017 )


 

À fragmentation 451


 

Un essaim

Un essaim de souches là encore éparses.
Coupées du sol nourricier, énervées. Et médusées,
mais c’est que s’amuse le garçon, quel héros fait-il,
(quel défricheur, ou quel clair-semeur) 
quel héros fait mieux que lui, sans affaiblir son objet, résonner l’intervalle ?

jeudi 5 mai 2022

Expositions 158 - ( février 2017 )


 

À fragmentation 450


 

Mais quoi ?

Mais quoi ? L'héroïsme est une pose de théâtre*
il le sait bien, lui qui joue et convoque les tragédies,
tout à la fois phalangite et hétaire acculé,
il vient mourir dans la pâquerette et se consume humblement
vaincu,  … et souillé de vantardise*.
 
Car les souches ont sauté comme des têtes.
Échevelées, entière[s] dans la poussière**, elles gisent
tout autour sur la terre dissidente. Naguère charmante[s]**.
Il finit son jeu. Pauvre cœur poussiéreux. Combien de pertes ?
Eh ! Pourquoi tu fais ça ? Il fallait l’éclaircir.
 
*Simone Weil, L’Iliade ou le poème de la force, publié dans Les Cahiers du Sud [ Marseille ]
de décembre 1940 à janvier 1941 sous le nom de Émile Novis, p.19
**ibidem, p.2, citant L’Iliade

mercredi 4 mai 2022

Expositions 157 - ( janvier 2017 )


 

À fragmentation 449


 

Lui

Lui (mon garçon), combat cette formation
serrée en « tortue romaine », à la machette ! Comme il y va !
Voici le printemps que nous menons, ici aussi,
et feux de tous bois, cornouillers et troènes, fusains
entoilés de soies solides des chenilles fileuses d’hyponomeutes.

mardi 3 mai 2022

Expositions 156 - ( avril 2017 )


 

À fragmentation 448


 

Des fagots

Des fagots étayent la voûte.
Fatras d’épines imputrescibles dont
les voussures obscurcissent le sol.
Le lierre ici aussi surpique. Matelasse. Rapetasse.
Solidarise l’abri. On y survivrait !
 
(s’il le fallait !)
-Mais on y vit ! Cette haie hirsute, refuge des turdidés,
grives et alliés, rossignol philomèle
rouge gorge et merles, sa durabilité triomphante
loge leur clameur,
 
rampante, tu veux dire ? Rampante,
et triomphante : pérennité exemplaire à travers
la succession d’individus. Le marcottage
stratégique en ordre de marche : chaque souche pied à pied
gagne du terrain.

lundi 2 mai 2022

dimanche 1 mai 2022

Expositions 154 - ( avril 2017 )


 

À fragmentation 446


 

La haie l’éprouve

La haie l’éprouve, son front hérissé.
La haie le gagne. Comme si elle attendait son heure,
son front hâtif de réaction en chaîne, de motif déflagrant :
flèche trempée à la flamme, poudre noire,
sarisse effilée, léger xyston pour la joute.

vendredi 29 avril 2022

Expositions 152 - ( avril 2017 )


 

À fragmentation 444


 

(Ou l’inverse)

(Ou l’inverse). Campagne au si doux visage,
qui fut le théâtre d’opérations, chaque buisson
- oh ! la fatale anthropisation -
bruisse exubérant d’histoires,
chaque arbre frémit dans les haies, les dépressions
 
et les dolines immémoriales, non trous de mémoire
mais puits
et caches aux troncs tors
et branches contortées, et haut chevêtre
où si des jambes gambillent
 
ce ne sont pas pendus mais jeux d’enfants,
et vigne-blanche qui faseye.
Feux de broussailles parfaitement résolus, non
demi combustion des corps et des ruines
(par manque ou excès de comburant).

mardi 26 avril 2022

Expositions 149 - ( avril 2017 )


 

À fragmentation 441


 

Maintenant

Maintenant le ciel est encerclé
par ce mouvement conversant de l’aigrette
pivotant sur elle-même
et la volte des rameaux.
Un bleu détouré louvoie sur son herbe.
 
(il est vrai que la sensation
n’a pas de forme). Une vérité par jour, a-t-il dit,
un monde par sensation.
Gérer l’épars,
le poème a cette économie.

lundi 25 avril 2022

Expositions 148 - ( avril 2017 )


 

À fragmentation 440


 

Mais ce n'est pas avec l'esprit d'escalier

Mais ce n'est pas avec l'esprit d'escalier qu'on élève sa vision !
Oui. Avec l'esprit d'escalier la concaténation
de cause en effet (de nez de marche en nez de marche)
se poursuit sans observation. Nous voici à la chaîne 
(des chaînes aux pieds de la lettre, en le descendant),
 
tandis que celui qui va le nez au vent, sans chercher la répartie ?
Prendre l'air. Voilà tout ce qu'il veut.
Et restituer (n'est pas rétorquer, en aucune façon).
La semence dans sa légèreté germe où elle atterrit.
Séquence d’accommodations, enchevêtrement indécent et arrangements
 
alors, valse-oscillation lente des ramilles,
exposition charmante, herbe longue
(qui majore l'eau et délie l'aigrette)
oiseaux oiseaux
oiseaux
 
(toute chose dont j’ignore la forme sinon passagère,
variation de lumière et d’air)
je m’égaille avec vous et j’ajuste brièvement ma forme passagère
(l’affilant comme l’est l’aigrette)
à la forme qui réjouit.

dimanche 24 avril 2022

Expositions 147 - ( avril 2017 )


 

À fragmentation 439


 

(C’est ère que j’aurais dû dire

(C’est ère que j’aurais dû dire. Voici l’ère
de l’aigrette.
Voici l’aigrette qui s’affranchit,
après qu’a éclaté la sphère parfaite - la somme
des aigrettes est une espèce de joyau indivis qui orne le présent
 
au pieds de cippes déboulonnés, couchés dans l’herbe - mais fragile. 
Si cette sphère manifestait l’espace à travers sa figure,
à travers la congrégation des parties,
l’aigrette fait voir la forme des mouvements de l’air.
grâce auxquels elle s’émancipe. 
 
Couchés dans l’herbe alors
sous l’arbre vertébral et la ramille légère - la grille
qui nous ressasse - alors,
- nous aussi sommes occultés par l’herbe - je voudrais qu’on fasse (juste un instant)
fi des figures et des images, des morts immortalisées
 
-tu voudrais quoi ? Un peu de désorientation
et de grâce - de grâce ! -. Un peu d’anémochorie !
(qui n’est pas un sport mais un transport)
Paroles en l’air !
Paroles éparses ! Vivez !

vendredi 22 avril 2022

Expositions 145 - ( avril 2017 )


 

À fragmentation 437


 

Plus près.

Plus près.
La boue s’accroche aux bulbes. Obus non.
Trous, non. Turricules abondamment dispersés
parmi l’herbe, symptôme de la bioturbation verticale
dans le substrat.
 
Et puis dru. Poussée à
la volonté verticale - mais au ras des pâquerettes
vraiment -, cette gloire des champs de bataille
s’écrase pour mieux briller.
À la mitraille se prête.

jeudi 21 avril 2022