samedi 7 mai 2022
Au soir
Au soir je le vois, traîné derrière son char
(opportunément celui dont beaucoup dépend, à côté des
poulets blancs
et luisant de pluie) harassé, couvert de terre,
est-ce que nous vivons avec autre chose
que des images, pensé-je ? Maintenant le poème s’assombrit.
Les chats rôdent sur la terre remuée, d’où monte une odeur
putride, et une myriade de petits insectes danse
en orbite au-dessus des trous, qui les agace.
Dans sa prodigalité inintelligible,
par deux fois
elle a exposé la salamandre.
vendredi 6 mai 2022
Un essaim
Un essaim de souches là encore éparses.
Coupées du sol nourricier, énervées. Et médusées,
mais c’est que s’amuse le garçon, quel héros fait-il,
(quel défricheur, ou quel clair-semeur)
quel héros fait mieux que lui, sans affaiblir
son objet, résonner l’intervalle ?
jeudi 5 mai 2022
Mais quoi ?
Mais quoi ? L'héroïsme
est une pose de théâtre*
il le sait bien, lui qui joue et convoque les tragédies,
tout à la fois phalangite et hétaire acculé,
il vient mourir dans
la pâquerette et se consume humblement
vaincu, … et souillé de vantardise*.
Car les souches ont sauté comme des têtes.
Échevelées, entière[s]
dans la poussière**, elles gisent
tout autour sur la
terre dissidente. Naguère charmante[s]**.
Il finit son jeu. Pauvre cœur poussiéreux. Combien de pertes ?
Eh ! Pourquoi tu
fais ça ? Il fallait l’éclaircir.
*Simone Weil, L’Iliade
ou le poème de la force, publié dans Les Cahiers du Sud [ Marseille ]
de décembre 1940 à janvier 1941 sous le nom de Émile Novis,
p.19
**ibidem, p.2, citant L’Iliade
mercredi 4 mai 2022
Lui
Lui (mon garçon),
combat cette formation
serrée en « tortue romaine », à la machette ! Comme il y va !
Voici le printemps que nous menons, ici aussi,
et feux de tous bois, cornouillers et troènes, fusains
entoilés de soies solides des chenilles fileuses
d’hyponomeutes.
mardi 3 mai 2022
Des fagots
Des fagots étayent la voûte.
Fatras d’épines imputrescibles dont
les voussures obscurcissent le sol.
Le lierre ici aussi surpique. Matelasse. Rapetasse.
Solidarise l’abri. On
y survivrait !
(s’il le
fallait !)
-Mais on y vit !
Cette haie hirsute, refuge des turdidés,
grives et alliés,
rossignol philomèle
rouge gorge et merles, sa durabilité triomphante
loge leur clameur,
rampante, tu veux
dire ? Rampante,
et triomphante : pérennité exemplaire à travers
la succession d’individus. Le marcottage
stratégique en ordre de marche : chaque souche pied à
pied
gagne du terrain.
lundi 2 mai 2022
Et le bouclier
Et le bouclier de ronces formé à la défense,
tandis qu’agressent les premières lignes,
adroites au tir et rompues au siège.
Cette beauté architectonique le phagocyte
et digère longuement sous ses cintres tactiques.
dimanche 1 mai 2022
La haie l’éprouve
La haie l’éprouve, son front hérissé.
La haie le gagne. Comme si elle attendait son heure,
son front hâtif de réaction en chaîne, de motif déflagrant :
flèche trempée à la flamme, poudre noire,
sarisse effilée, léger xyston pour la joute.
samedi 30 avril 2022
Feux.
Feux. Il y a tant à résoudre. Fusain et
cornouiller tant ignorés, voici encore
un mécompte, du bois dur dont on faisait
les lances. Mon fils en porteur de sarisse
traverse le préau.
vendredi 29 avril 2022
(Ou l’inverse)
(Ou l’inverse). Campagne au si doux visage,
qui fut le théâtre d’opérations, chaque buisson
- oh ! la fatale anthropisation -
bruisse exubérant d’histoires,
chaque arbre frémit dans les haies, les dépressions
et les dolines immémoriales, non trous de mémoire
mais puits
et caches aux troncs tors
et branches contortées, et haut chevêtre
où si des jambes gambillent
ce ne sont pas pendus mais jeux d’enfants,
et vigne-blanche qui faseye.
Feux de broussailles parfaitement résolus, non
demi combustion des corps et des ruines
(par manque ou excès de comburant).
jeudi 28 avril 2022
Soit chacune d’elle le pavillon
Soit chacune d’elle le pavillon du
printemps en action.
À ce théâtre d’opération (le verger)
nous convoquons la vie, ses ombres divisées.
(Ou à chaque théâtre sa campagne).
mercredi 27 avril 2022
Errer.
Errer. Emprunter le paysage, doucement
approcher les fleurs au verger : il sera toujours temps de.
Considérer les charniers. Avide et
claironnant,
le monde est là repris dans chaque fleur de
pommier.
mardi 26 avril 2022
Maintenant
Maintenant le ciel est encerclé
par ce mouvement conversant de
l’aigrette
pivotant sur elle-même
et la volte des rameaux.
Un bleu détouré louvoie sur son herbe.
(il est vrai que la sensation
n’a pas de forme). Une
vérité par jour, a-t-il dit,
un monde par sensation.
Gérer l’épars,
le poème a cette économie.
lundi 25 avril 2022
Mais ce n'est pas avec l'esprit d'escalier
Mais ce n'est pas avec
l'esprit d'escalier qu'on élève sa vision !
Oui. Avec l'esprit d'escalier la concaténation
de cause en effet (de nez de marche en nez de marche)
se poursuit sans observation. Nous voici à la chaîne
(des chaînes aux pieds de la lettre, en le descendant),
tandis que celui qui va le nez au vent, sans chercher la
répartie ?
Prendre l'air. Voilà tout ce qu'il veut.
Et restituer (n'est pas rétorquer, en aucune façon).
La semence dans sa légèreté germe où elle atterrit.
Séquence d’accommodations, enchevêtrement indécent et
arrangements
alors, valse-oscillation lente des ramilles,
exposition charmante, herbe longue
(qui majore l'eau et délie l'aigrette)
oiseaux oiseaux
oiseaux
(toute chose dont j’ignore la forme sinon passagère,
variation de lumière et d’air)
je m’égaille avec vous et j’ajuste brièvement ma forme passagère
(l’affilant comme l’est l’aigrette)
à la forme qui réjouit.
dimanche 24 avril 2022
(C’est ère que j’aurais dû dire
(C’est ère que
j’aurais dû dire. Voici l’ère
de l’aigrette.
Voici l’aigrette qui s’affranchit,
après qu’a éclaté la sphère parfaite - la somme
des aigrettes est une espèce de joyau indivis qui orne le
présent
au pieds de cippes déboulonnés, couchés dans l’herbe - mais fragile.
Si cette sphère manifestait l’espace à travers sa figure,
à travers la congrégation des parties,
l’aigrette fait voir la forme des mouvements de l’air.
grâce auxquels elle s’émancipe.
Couchés dans l’herbe alors
sous l’arbre vertébral et la ramille légère - la grille
qui nous ressasse - alors,
- nous aussi sommes occultés par l’herbe - je voudrais qu’on
fasse (juste un instant)
fi des figures et des images, des morts immortalisées
-tu voudrais
quoi ? Un peu de désorientation
et de grâce - de grâce ! -. Un peu d’anémochorie !
(qui n’est pas un
sport mais un transport)
Paroles en l’air !
Paroles éparses ! Vivez !
samedi 23 avril 2022
Ici ici ici.
Ici ici ici.
Et là.
Le soleil brille. Voici
venir le règne de l’aigrette.
L’acuité éparse en suspension.
vendredi 22 avril 2022
Plus près.
Plus près.
La boue s’accroche aux bulbes. Obus non.
Trous, non. Turricules abondamment dispersés
parmi l’herbe, symptôme de la bioturbation verticale
dans le substrat.
Et puis dru. Poussée à
la volonté verticale - mais au ras des pâquerettes
vraiment -, cette gloire des champs de bataille
s’écrase pour mieux briller.
À la mitraille se prête.
jeudi 21 avril 2022
Un dos que caresse l’œil
Un dos que caresse l’œil. Forêts de poils
et festons. Les respirations sourdes et la vapeur
dépaysent. La lente percolation des terres
irrigue aussi subtilement les images surimprimées
de fosses communes et d’ossuaires à ciel ouvert.
mercredi 20 avril 2022
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