lundi 18 mai 2020

D'un peu de temps 10


réfractaires à toute tentative


réfractaires à toute tentative - de toutes les façons -
pour vous trouver un sens, réfractaires au sens même.
Gracieuse dépense et rythmique, de pair -
ou mieux, de concert - avec le soleil, puis avec la pluie,
qui vous fait glisser, et infléchir, de corolles en loques

renouées au sol, cette libéralité si touchante qui nous amène
à nous rassembler vers vos confins

dimanche 17 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 3





D'un peu de temps 9


Tout fleurit

Tout fleurit
voudrais-je m’en tenir à ça

comme à une longue phrase prolifique ( mais sans prophétie ) 
jamais comme l’idée d’un sujet

                                  *

À quoi se fier ? à l’action favorable de ce rythme
plus vivant que toi car délié, dénué
de tout calcul - non sans objectif cependant
pour l’espèce - je me repose sur vos corymbes 
à l’intelligence prodigue, cornouillers de la haie

samedi 16 mai 2020

Reprendre ( 2016 ) - 2


D'un peu de temps 8


On s'empêtre et on vacille


On s’empêtre et on vacille
au chevêtre des stellaires, un pied à l’étrier.

Nous guette l’œil d’un âne tranquille.
C’est la calamiteuse version de Gilles ou Pierrot
ignorant des choses comme elles devraient être.

Je pensais contente-toi d’être là, pieds et poings liés
dans les ronces, et pas la conteuse imbécile
d’une histoire immaculée.

La pupille d’âne circonspecte, c’est déjà ça,
noire et profonde pupille où tu te reflètes,
elle te fait un miroir plus vérace.

Étoile et orbite à ce talus, chaos inversé,
font de toutes façons la courbe fermée de ton monde.

vendredi 15 mai 2020

Rependre ( 2016 ) - 1


D'un peu de temps 7


Ton chaos - stellaire - à traverser

Ton chaos - stellaire - à traverser
avant toute ! Ton chaos en lisière
de forêt.

Abondante à l’instar de
la langue rossignol que j’entends
coupée seulement par le coucou.

Ton cou rompu à l’exercice :
stricte discipline de collerette immaculée
et pourtant piétinée.

Le système par tant de voix osseuses
traversé - autant d’idiomes -
et frissons sous des ocellures pâles

détermine - somme toute - comme aimant
(déclinatoire) l’inclination subie.
Le nord trouvé au cœur de ton chaos.

jeudi 14 mai 2020

D'un peu de temps 6


Et qu'est-ce qui préside au jeu ( et à la joie ) ?

Et qu’est-ce qui préside au jeu (et à la joie) ? L’écart
entre le vernaculaire et la nomenclature
- l’intervalle ou la solution de continuité -.

L’hiatale interrogation - creuser c’est trou(v)er -
fait place pour la musique. Et l’air. Or
un interstice fait le beau temps. Stellaire

commune à l’orée de tout feu, fais donc 
le trou de la sensation, toi dont c’est la signature,
holostée/langue d’oiseau, suscite
                                               l’appel d’air.

mercredi 13 mai 2020

D'un peu de temps 5


Ce sont de trop frêles solives pour un plancher


Ce sont de trop frêles solives pour un plancher
que ces os de verre où je mets un pied prudent,
suspectant le piège, la fracture sonore au parterre
- macabre -.

J’élabore un contrat
un pont s’établit par-dessus les anses
- mes sceaux de Salomon - entre les collets
de ronces avec

l’aisance du vent dans les os
- les clavicules qui tintent -.
Et passées les épines, les stellaires
aériennes dansent.

-Tu viens ? De quel spectre es-tu prisonnière ?
Cillant je réalise l’inoffensive
quand je suis prise dans le lacs.

L’inclination est enchevêtrée à la lisière du bois.
C’est cette langue d’oiseau penchée vers nous
ces trilles enlacés qui adoucissent la fièvre

et la mort. L’énamoration attend en un coin d’ombre
et de fraîcheur, la possibilité d’un jeu
- recommencé -.

mardi 12 mai 2020

D'un peu de temps 4


- autres frêles stellaires graminées ou bien intermédiaire mouron des oiseaux


- autres frêles stellaires graminées ou bien intermédiaire mouron des oiseaux
qui hantent mon sommeil ( avec le cirse des champs ) -

Mais celles-ci, stellaires holostées, œillets décloués du travers des os,
font un ossuaire indépassable, de verre,
( des spectres aussi, mais sans draperie ), sous le sceau de Salomon,

ses clavicules - ou petites clés - inclinées avec les anses et la brise.

D’une violence décomposée à la lumière,
- les stellaires, elles, clignent -.

lundi 11 mai 2020

D'un peu de temps 3



La fraîcheur est une sensation de longue haleine.


La fraîcheur est une sensation de longue haleine.
De loin à la lisière des bois, quelques branches voussées

effleurent l’herbe. Haute et flammée sous le toucher oscille
à peine en ligne soufrée.

Les stellaires : mires sous l’œil approché.
D’une blancheur gracile le pas tenu - confins tenus - juste au pied du fourré.

Jalons du pas tenu.

De quelle langue fluette d’oiseau est-ce là l’œil
- invitant l’œil, ô cible - haute flambée qu’il faudra bien passer
( comme au cirque le cerceau, mais nous ne sommes pas
alors des tigres ), pour entrer dans ce sous-bois.

D’une crise nous traversons la fébrilité vers cette sensation.


dimanche 10 mai 2020

D'un peu de temps 2


Et moi je me piète aussi

Et moi je me piète aussi ; mais autrement, arc-boutée
contre le temps, pourtant je mourrai d’impatience.

J’embaume la lumière, je regarde la mort fleurir ici,
chaque bourgeon tumescent marqué du fer,

chaque heure, si on voulait ne pas bouger. Je jette au-delà
du carré d’herbe phrases et emphases déjà meurtries, 

dépassées : le pavot d’orient éclot entre la bergeronnette
et moi, et du lilas l’hyperbole dans les thyrses démultipliés

courbe son ascension. Que faire des mille dagues pointées
vers mon œil désarmé ? C’est une blague, autant d’adynata,

ou bien ? Fraîcheur soudaine à l’acceptation de l’impuissance,
triple fraîcheur que ce trèfle et sa splendeur insensée.

samedi 9 mai 2020

D'un peu de temps


Une bergeronnette grise


Une bergeronnette grise (hochequeue gris)
piète sur l’herbe,
semblant prendre la mesure de ce carré.

Tout ne s’arpente pas, ne se comprend pas dans
une forme donnée, ne se fait pas comprendre,
et que faire du parfum des lilas ?

En scène embaumée et en tous sens
à la vitesse de la splendeur, elle parcourait
le tout premier plan quand je n’y étais pas.

Une cause à la racine carrée de la couleur,
un signe, sans courbe flèche en tête
- ou javelot pour fendre le temps (un leurre ?) -

L’âpreté de la lumière, et son emprise sur l’esprit,
c’est ce qui reste maintenant de l’après-midi
qu’elle solennisa.

vendredi 8 mai 2020

Hivernales 120


De lilas, une allée pourpre.


De lilas, une allée pourpre. La splendeur
ottomane à deux pas. L’ombre enveloppante
et glaciale des sapins puis la candeur papale
tout au bout : des galeries palatines et cordiales
mais traversées de dagues obliques étincelantes

jeudi 7 mai 2020

Hivernales 119



Excentriques orties au pied des bancs


Excentriques orties au pied des bancs, des murets,
comme vous blessez ! Ou si c’était gages
ces bracelets probants ?
Aux doigts aux poignets le tendre menu de nos attaches,
mais ainsi je ne dis pas tout de vos qualités :
vous croisez le sort des fourmis et celui des Belles-dames, ces Vanesses. 

Me voici menottée
par vos soins, à votre beauté, arrachée à l’outil,
et votre soutien à l’instant est touchant,
et ma houe dans l’herbe n’exerce plus que ma patience

Quel usage faites vous de ma réalité ?
Quelle réalité ? J’oublie si vite.

mercredi 6 mai 2020

Hivernales 118


Tissée d’orties la terre meuble des confins


Tissée d’orties la terre meuble des confins
pour qu’on la voie bien plus azotée,
plus riche, plus oiseusement vive enfin
et fertile : otieux confins qui détestez
le travail !

mardi 5 mai 2020

Hivernales 117


Au pavement de la maison délienne


Au pavement de la maison délienne
cet équipage formaliste.

Il porte collet de lierre et thyrse.
Rubans et pantoufle de pourpre.

La coquille crénelée de la robe : concrète,
empesée comme la dignité.
(À Délos les ateliers prospères de sculpteurs, de verriers,
les parfumeries et les fabriques de pourpre.)

L’accolade démultipliée des pattes :
le mouvement décomposé d’un pas de danse
terrestre sur le ciel noir des tesselles
que ces monstres lacèrent.

Ici nos bottes couvertes de pollen.
Vert jaune soufre pollen des sapins.

lundi 4 mai 2020

Hivernales 116


À moi donné ce jour la langue abondante


À moi donné ce jour la langue abondante
d’un rossignol philomèle
et des lilas aux thyrses pointés

pourpre densité veillée dans un coin de ciel
avec le nuage soufré sous les sapins

un hasard si me hante soudain
le Dionysos de la maison des masques de Délos
chevauchant un léopard ?

dimanche 3 mai 2020

Hivernales 115




L’an 1348 la peste s’abattit sur Florence.


L’an 1348 la peste s’abattit sur Florence. 

Sur le sentier ombreux de ce bois
les flocons de lumière tombent
sur les rejets de ronces et de hêtre,
c’est l’éclairage qui leur confère un feu
imprévu au milieu du sentier.
Avril, hélas avril, enrôlés tous concourent
par la voix et l’exubérance à figurer le printemps.

D’où sortez-vous de la noirceur forestière
et de la putréfaction avec vos candides rejetons
sous les roues motrices des tracteurs ?
C’est la lumière qui importe, qui fait
d’une pousse banale un monument vernal,
qui éternise le drame de l’innocence. 

Ne pas congédier la lumière qui fait
toute la différence.

samedi 2 mai 2020

Hivernales 114


On soustrait la pierre numéraire au paysage


On soustrait la pierre numéraire au paysage
elle ne fait pas un chemin perrin dans ta tête.

Nivéal est l’épithète et le vent aujourd’hui
qui tarit les pommiers ne tardera pas à calciner
le geste printanier.
Et à tordre les plus délicats.

De quoi a-t-on l’air avec les tempes durcies
et le sang quasi frigorifique - c’est à voir
si je ne répands pas le froid autour de moi -
blanc sur blanc dans la lumière du nord.

Pour voir il faut bien respirer.
J’aurais voulu parler de grâce mais c’est d’aléas,
de froidure et d’amertume, ne sachant plus où te trouver
au juste, printemps.

Il y a un manteau bleu pour ce jour-là
mais le concept en est tout à fait vide. Le noir
est plus nécessaire et plus chaud, brodé d’orfrois
et d’un serpentin végétal. Ou bien le rouge.

Un spectacle : j’adopte le dispositif dans
le système de visée.
Il n’y a pas de gratitude dans la pitié et le remède*.
Promène-toi avec l’amour et la mort en stricte aînée.

La question ne vient pas avant qu’il y ait une citation*.
Par exploit de nature s’en est une, de citation, ce feuillage nivéal
incite au témoignage ordinaire, avec la voix du vent
qui marche toujours plus vite que toi


*Gertrude Stein, Tendres boutons, Nous éditions, p. 9 et 10