samedi 13 juin 2020

D'un peu de temps 36




Arrimée à ce que j'ai appris


Arrimée à ce que j’ai appris
et sans dédain pour ce qui s’ignore,
et reste ignoré.
Les arbres me parlent simplement,
( simple parlé intrinsèque ), de passé.
De l’herbe, c’est le contraire, je
respire le parfum d’après.
Mais le pré
ce lit dedans, de semence insaisissable 
est l’aplat ample du présent.

vendredi 12 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 29




D'un peu de temps 35



Une acanthe masquait...


Une acanthe masquait presque intégralement
le reflet de la ville sur la verrière de la banque populaire.
Le pont disparaît dans le feuillage et la rivière se tait.
Les arches des platanes sur les quais s’arquent
plus profondes et bouclent.
Aucun tramway ne passe plus. Ce que je vois effectivement
dans l’empan du regard - j’embrasse une hallucination spéculaire -
c’est un paysage de ruines - et de corinthiennes -
comme en peignit Hubert Robert dans la campagne romaine.
Et j’imagine les laines obéissantes de Mademoiselle de Coigny.

jeudi 11 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 28




D'un peu de temps 34


Alors, agenouillée dans l'allée


Alors, agenouillée dans l’allée,
coupant à main nue l’herbe qui déborde
l’alignement des tuiles de terre cuite,
tu respires les feuillages aromatiques 
et tu penses à Georgia, un film d’Arthur Penn
que tu n’as pas vu depuis des années.

Ici l’herbe est anonyme, mais tu as conscience
d’accomplir un travail de régulation,
qui concentre l’attention, tu parles
avec l’herbe ou tu parles seule, tu penses
tout haut mais c’est une tombe non c’est une allée
la terre doit être couverte et praticable

et séable, qui sait si un gisant dessous m’entend
sans meurtrir l’oreille, qui sait où nous marchons
des nécropoles amoncelées dont l’inanité sonne
insondable, qui sait si on m’entend
mais le vide est corruptible ou bien c’est l’homme
qui s’invente le remplissage et la raison ?

Tu te dis fais comme s’il y avait quelqu’un,
c’est plus honnête, mort ou vivant qui le demande ?
De toutes façons voici l’herbe poussée par des siècles
d’immondices métabolisés, voici le vent dans les népètes,
et les lavandes qui s’agitent agacent les bourdons terrestres
voici à l’œuvre la grâce, toute la puissance d'attraction du vide.

mercredi 10 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 27





D'un peu de temps 33


Ce fardeau


Ce fardeau, assumé pas à pas et brin à brin à brin
non dénombrés dans le panier de tonte

tu l’éprouves bien mieux alors : d’une herbe
sure et d’eau l’indivision entassée dans le coin

ton pré fermente selon un catabolisme immanent -
tu l’as toujours su - tu retournes et confères l’obscure âcreté

et la candeur d’ossements, tu vois tu
veux tester la puissance de la charge, tiens

pour l’instant - au présent - d’un doigt le ferment
de l’expérimentation

mardi 9 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 26


D'un peu de temps 32





Cette nuit l'indolence


Cette nuit l’indolence atteinte
quand le fardeau de l’herbe mêlée à la lumière

des blés de l’orge jaune
le vent dans les erres grises chasse

le vert. Fourbue sans plus de précipitation,
d’après l’estime la longitude sera prise

sur la nuit, je suis parmi vous
une pierre qui n’a qu’une oreille et qui tinte.

Avec encore le bourdon à midi
je pèse plus que le fardeau - chthonien

s’impose, comme une tonne de silence -
de l’herbe de la terre.

lundi 8 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 25




D'un peu de temps 31


La joie n'est pas humble


La joie n’est pas humble, certes.
Fraise - et phrase - je te trouve, et voilà un premier pas
délié, rêvé.
Ce pas ! Célérité de l’œil en avant sur le corps
qui ébranle et emporte - le doute étant démultiplicateur -
le poids tout entier réinventé dans l’oblique alerte
et la volonté.
Jeté d’une logique épanouie, réjouie.

Et la précipitation.
Tous les ressorts de la vie convergent ici élucidés.

dimanche 7 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 24





D'un peu de temps 30


D'appellatifs entendus


D’appellatifs entendus
- fraise à fraise la phrase déroulée
comme j’erre en incise au chemin -
et d’attentions le talus me sollicite

que je pense avoir toute latitude pour visiter
- car  pour me laisser désorienter j’ai l’aisance naïve -
 pour aborder
ce qui fut demeuré implicite, sinon à l’écart

l’inconnu à mes yeux
pourquoi est-il décrit comme tant périlleux ?

vendredi 5 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 22



D'un peu de temps 28


Mais pas plus que les choses ne se laissent saisir

Mais pas plus que les choses ne se laissent saisir,
- fleurs non pipées de noms, d’avance elles
sont des leurres pour la reproduction - les fleurs
ne sont délinéées par nos histoires. Je le vois bien :
les mots ne dévoilent qu’eux-mêmes, ne cernent que celle qui parle.

jeudi 4 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 21







D'un peu de temps 27


Enfermées ( lamiacées ) avec l’usufruit de ce nom

Enfermées ( lamiacées ) avec l’usufruit de ce nom Lamia,
dont Héra massacra les enfants et qui fut œil pour œil réduite à
dévorer ceux des autres ou à causer leur perdition et leur malheur
mais quelle jouissance tirer de ce bien sans substance et
sans destination ? Ici seule la mort fructifie.

Lamia repose ses yeux. Brillent les chemins usités
des hommes, où la poussière est mêlée à l’air et au pollen.
De sécheresse éternisés ils ne voient pas les bords, ni dérouler
la phrase sans destination de simples et de fraisiers.
Épines pour se rappeler à ces simples.

mercredi 3 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 20



D'un peu de temps 26


À l’autre les fraises sauvages

À l’autre les fraises sauvages la mémoire d’épines petites
chassées loin dans les chairs, - et le chèvrefeuille
et des aromates comme la marjolaine, et encore les ronciers,
édifiés en mur de défense grossièrement architecturé au godet,
sont en fleur malgré tout - les deux font balancier.

Les lamiacées sont en nombre donc, de ce nom d’ogresse parce que
bilabiées leurs corolles évoquent une gorge, et des pleurs ? Parce que
les noms. Épines dans la pulpe des doigts font se rappeler
ce que sont les monstres, reclus dans la forteresse plus esseulée
des noms. Et ici le silène et là le sylvain azuré.

mardi 2 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 19



D'un peu de temps 25


Comme un panier de fleurs d’acacia


Comme un panier de fleurs d’acacia c’est un nuage
qu’on promène ravi
le cumul de bossages et d’émoluments promis.
Brandillant à main droite comme j’encense volontiers
le talus en pensant au silène sur la flouve odorante ou le brome dressé,
d’une casuelle volupté le pendule.

lundi 1 juin 2020

Reprendre ( 2016 ) - 18


D'un peu de temps 24


Maintenant encore


Maintenant encore, hors spéculation - ce qui ne signifie pas sans raison
ni déraisonnable, mais ailleurs - ( sans doute manqué-je d’ambition ), cette pensée,
je suis cachée en elle, comme dans une fleur prodigieuse.
J’explore la fleur.
J’ai insistance d’explorer la fleur. Fleur tu m’insistes.
Pavot distant dans l’œil du sommeil. De l’orbite de l’oubli, si proche,
mais incidemment je suis en toi ainsi confiée à l’espace.