samedi 18 avril 2020

Il y a la neige dans la floraison houleuse des cerisiers


Il y a la neige dans la floraison houleuse des cerisiers,
l’ample silence des pierres et le silence tombal des fentes où
certainement se dissimulent d’étranges attentes,
des saxifrages étoilées par exemples, pour exacte attente
de peintre au désespoir de telles annonciations

vendredi 17 avril 2020

Hivernales 99


Nue comme elle est


Nue comme elle est, neigeuse Vénus venue avec le vent
car le vent est marée, chacun le sait, un poète l’a vue nue
monter et descendre comme le dégel - ou comme les cendres
me dis-je -, maîtresse* venue de la nuit - Inanna est là aussi, Ishtar** encore,
nue descendant les Enfers, infiniment vulnérable infiniment aimante -

les sept voiles consistèrent ici en neige et en pétales des sept cerisiers
sur la pente fiévreuse de mars. Je l’attends entre chaque pierre du muret
où j’attends, regardant flotter la braise, humant un parfum fantôme.
S’entend l’envol flou de ces tourterelles turques qui vont par paire.
Mars, reprise de la guerre, comme il fallait s’y attendre.


*Je vous attends dans le cercle le plus caché
des pierres./ Et je vous attends avec le sel des spectres / dans les reflets
des eaux volages / dans les malheurs des acacias / dans le silence des fentes
Benjamin Péret, Nue nue comme ma maîtresse, in Dormir, dormir dans les pierres, 1926
( lu et découvert sur Poezibao )  

**Ishtar ( déesse mésopotamienne d’origine sémitique, Inanna dans la mythologie sumérienne «  Dame du ciel », « Reine du Ciel, de là où le soleil se lève » En tant que planète Vénus, la déesse est parfois appelée dans les textes sumériens d'un autre nom, Ninsianna, la « Dame, lumière du Ciel », qui semble être à l'origine une déesse indépendante dont la personnalité a été absorbée par Inanna. Elle apparaît sous cet aspect astral dans des prières dédiées aux « divinités de la nuit », un ensemble d'astres divinisés intervenant dans des rituels d'exorcisme ou de divination), Ishtar donc, est descendue aux enfers, en enlevant sous la contrainte un vêtement à chacun de ses passages des sept portes des Enfers. Elle y arrive entièrement nue.
Ereshkigal, «  Dame de la terre », « Reine du monde d'en dessous », déesse du monde des morts contre laquelle elle s’emporte alors, ordonna au messager Namtar ( considéré comme responsable des maladies et des animaux nuisibles. La mythologie indique qu'il commande soixante démons, chacun correspondant à une maladie et pénétrant une partie du corps humain ) d'emprisonner Ishtar,  et de déchaîner contre elle soixante maladies. Après la descente d'Ishtar vers le monde inférieur, toute activité sexuelle cessa sur la terre.

jeudi 16 avril 2020

Hivernales 98


Des mésanges le "surtout pas surtout pas"


Des mésanges le surtout pas surtout pas
suspendu dans la neige confondue
un peu plus bas avec les fleurs des cerisiers
et des pruniers. Une parodie de bruire hivernal
avive les coudriers, contrefaçon burlesque

si elle n’était lamentable de notre état d’esprit
interdit : chanter l’hiver, vanter le souffle glacial
sur la nuque de Vénus, ses adorables petits nombrils
perclus de gel, nous étions aux apparences assujettis
ou bien simplement sensibles aux mots ?

Mésanges infuses dans l’harmonie des blancs tous plus labiles.
Splendeur des faillites. Chutes d’ailes et de pétales.
Cette rareté effraie l’œil emporté avec la branche, aux
attouchements éperdus des cerisiers avec la haie. Effets
de l’étrange fille de Mars et de Vénus, nous étions prévenus.

C’est d’une indécence ces flocules ! Coagulation
des apparences, collusion harmonieuse ou danse des sept voiles
( comme 7 cerisiers ) en vue de quoi, de qui, quelle annonciation ?
Les ardeurs printanières sont altérées, le printemps dénaturé.
La braise tombe sur les pierres comme perlerie de cristal. 


l’amour est naissance*
tu regardes flotter la braise / dans l’indécence cristalline du vrai**
Viens / Viens-t-en, viens dans l'instant, avec tes perleries*
*Wallace Stevens, Ideas of Order, Fantômes en tant que cocons, traduction Gilles Mourier
**Amelia Rosselli, Document, p. 99

mercredi 15 avril 2020

Hivernales 97


Aphrodite offusque tout


Aphrodite offusque tout, visible ainsi au sortir de la mer
vagues remugles des cerisiers arrivant à fleurs, vulve amère
de printemps relégué c’est un sexe indigent un printemps
nécessiteux qui ne peut s’oublier dans l’amour
sinon dans la conscience d’une continuité qui ne tient qu’à nous.

Pensées vernales selon que nous apprenons du temps
à cultiver, à bonne distance, le mode optatif. Avril, puis mai  
nous verrons - je le voudrais - les fleurs petites des cymbalaires
et des cymbalions, ce souhait filtre notre attente dont j’invente
la signification, aux confins gelés du poème où je vais

mardi 14 avril 2020

Hivernales 96


L'art du déni splendide


L’art du déni splendide à l’œuvre dans cet œil.
Comment avec toute la clameur des oiseaux
hors des nids, comment ne pas regarder en arrière
où le son des poteries s’entrechoquant comme des cloches
a retenti, comme a retenti le son d’un amour ?

Survive le raffiné cymbalion, l’ombilic des murs
nombril de Vénus, à notre idée de l’ordre propret
des jardins. Moi sur ce muret j’étais sa parèdre  
oh j’étais l’enlacée à ses sandales, la suivante volontaire
de celle qui se lève de l'écume [de l'océan],

j’écumais. Nos talons aussi écumaient. Cymbalaires
et cymbalions me sont fanfare pour un printemps
pour un recommencement où tout se refait,
et du début et de nouveau* avec la seule goutte
offerte à l’épanchement dans la coupe d’un ombilic.

Si je suis vue, c’est avec lui**. Assise à recevoir le soir
l’oblation de cette oreille comme une perle de mer
printanière, mer à perte de vue jusqu’à la courbe
terrestre confinée sur un muret : mais pas sans daigner regarder
à nos pieds. Si je suis vue. Il n’en est rien sans doute.


*Amelia Rosselli, Document
**Râbi’a

lundi 13 avril 2020

Hivernales 95


Le ciel, les haies, les murets


Le ciel, les haies, les murets succincts
et le vent. Une intense activité sous le
dur matériau de la fixité.
Dans l’ombre sont ces petits cercles déprimés - peltés
ainsi que des coupes - l’exemplaire maintien
à mon passage, ou le don de l’obole.
Au Moyen-Âge le limbe charnu du cymbalion
entrait dans la composition des philtres d’amour.

dimanche 12 avril 2020

Hivernales 94



Il est dit terre en son aspect nouveau


Il est dit terre en son aspect nouveau ce printemps
c’est un feu d’autant plus violent qu’il est enseveli
encore, comme un amour tu ou interdit.

Maintenant c’est d’un geste printanier, terre autant
le dire, est portée par ce vent reverdi au feu tenu
souterrain, au feu glacé des pierres en bord d’allée,
les orties graveleuses cinglantes saillies, les cymbalaires
ruine de Rome et ombilics nombril de Vénus en discrets
annonceurs ( ou bien des préliminaires )

Tu dis surseoir, mais le peut-on vraiment ? Ce soir
le vent attise les plus délicates tentatives

Le ciel et les haies, orgies subtiles du soir
et puis le vent

samedi 11 avril 2020

Hivernales 93


L'inflorescence infiniment clivée


L’inflorescence infiniment clivée, le parfum 
répandu de cette fractale - d’où voudrions-nous
que renaisse l’objet éventé de notre jalouse attention ? -
se répand en d’autres idées, un jardin succède à un jardin.
L’amour fait pousser des jacinthes au lieu de l’attentat.

vendredi 10 avril 2020

Hivernales 92


Ostentation de consentement


Ostentation de consentement à la ruine.
L’épanchement jaloux du parfum de
désastre le penchement bleu sans lutte
comme une ptose volontaire, je t’aide, vois-tu
à me réduire à la chute, et dans l’affirmation de ma douceur

où mon amour pour le sol est dévotion,
je consens à m’y mêler. C’est ce que j’ai entendu
sarclant ce parterre de jacinthes étêtées par le vent.

jeudi 9 avril 2020

Hivernales 91


Disloquées ce sont toujours des jacinthes.


Disloquées ce sont toujours des jacinthes. Qui
ne les sent pour magnifier et le sol et le vent ?
Leur plus petit dénominateur commun ici -
soit une goutte de sang temporal - resplendit
à la verdeur incendiaire de l’herbe

mercredi 8 avril 2020

Hivernales 90



Il ne fallait pas négliger le vent.


Il ne fallait pas négliger le vent. Il confère soudain
avec les jeunes jacinthes, sa brusquerie
les démembre en chaque phrase plus dur et plus froid,
mais elles, sourcilleuses, crèvent l’air de leur minutie
en coulant. Au temporal s’ouvre une faille commune à

tous les os crâniens. Des sutures craquent. L’ horlogerie
trépigne et je vois des vanités dans l’herbe, brin à brin.
Au jardin plus dur d’être venté, le parfum de jacinthe
disperse le reste de mes pensées : aucune ombre et
le pauvre quotient de ma fleur à ses pieds meurtris.

mardi 7 avril 2020

Hivernales 89


On voit déjà les citrons virevolter


On voit déjà les citrons virevolter
au-dessus des lamiers pourpres.
Les vesces, ces petites amphores pour notre
soif de précision et de justesse, s’arrogent l’allée.  
( croissance hypogée confère la raison )

C’est à saisir ou rien, une compensation
non négligeable fournie par la nature, au vu
de la pénurie que d’autre part elle nous inflige,
cet espace imposé que nous nommons distance
- que nous nommons manque -

lundi 6 avril 2020

Hivernales 88


Avec quelle véhémence le vertige.


Avec quelle véhémence le vertige.
L’iris comme une question pendante, sur l’eau : entends-tu ?
se propage.

Des feuillages en grêle gagnent.
Avec une intensité égale au virus le vert colonise
les rives.

Je le sais pour m’y transporter, sans l’avoir voulu,
pour transposer l’innommable cru.
Vivacité virale érige

des vernes à l’œil des berges où on ne peut plus
être. Verdeur en soi n’est pas, non
un langage.

dimanche 5 avril 2020

Hivernales 87


- Feu -


- Feu - flambe d’eau qui ravit
à mon compatriote consenti
- d’oiseau concentré sur son attente -
la surface froide de quelque apparence
- lui qui tolère mon écart -. Feu
des berges intérieures. Feu auquel attente

pourtant la non moins réalité virulente
m’éloigne de la fleur qui fut - un feu -
en dedans de quoi je vis, et m’expatrie.
Je reviens où circulent des sens
- comme le vent attise - ce à quoi je pense.
Reprend, prend soin de moi l’incendie,

cette vieille connaissance. Ardeur déboussolée -
rien n’est sûr, je t’assure dit en substance le héron
comme une amorce de constante au cœur de l’eau -
fluence impassible, méandreuse, balancement léger
à présent, des aulnes, longue phrase des berges,
vert novice et iris en parure

samedi 4 avril 2020

Hivernales 86


Ou au contraire je n'existe pas


Ou au contraire je n’existe pas pour lui
- auquel cas existé-je ? - et puis ? L’œil
jaune rivé aux lores bleuis fixe quoi
- à je ne sais quelle distance entre lui et
ce que je ne décèle pas - ? La surface de l’eau
recèle une infinité de nuages mobiles.

Profondeur de champ en rive de quoi tout n’est
qu’épave et chant discret de l’incidence - de l’air -.
Je vois danser les souples soies scapulaires,
les fins calames nuptiaux qui frangent le ciel
d’un naufrage imminent. Oh ! Ceux du bord odorants 
inclinent vers lui des glaives, en vassaux,

sur l’enclume claire de l’eau
résonne cet écho, les frontières sont falsifiées.

Qui n’a pas de courbe intérieure ? Pour implorer
avec lui - presque un cygne lamentable - pour
- l’humble facilité aux larmes - armes d’eau brandies
avec le coude, que détonnât la fleur entièrement jaune

Fracas. Qu’assembles-tu qui ne soit vrai ? Qui ne soit
tolérable à la nuit confinée, et confirmée. La pale
lancinante tourne encore comme une aube - que tu es -
 

vendredi 3 avril 2020

Hivernales 85


À chaque souche


À chaque souche l’eau écume, une borne
nous confine, rhizomique, chacun de nos gestes
étaye la berge et nous confine l’un à l’autre
[L'image ou l'idée dominante est celle de frontière
ou de limite entre deux lieux ou choses qui se touchent]
Là où les iris et les laîches stabilisent la lisière nôtre

nous la matérialisons par l’attente. Sur le plan gris
tout désamorcé du temps s’ébroue le bord des apparences.
Il secoue, le héron, ce qui demeure de moi - ma présence ici -
dans son rêve. Ce que je suis, pour lui,
un empêcheur de stase à même le vent que les vernes
tamisèrent comme voile usagée, si j’existe vraiment.

jeudi 2 avril 2020

Hivernales 84


C'est seulement le vent qui hue

C’est seulement le vent qui hue, pas lui,
verdi avec les vernes, tu dirais
qu’une proue masque le temps, dont l’étrave
à guibre défléchit le rayon dans un bruit de clapot,
elle arrive jusqu’ici, son ombre concave
la précède, là s’échoue à mes pieds l’aulnaie

mercredi 1 avril 2020

Hivernales 83


Par delà la volée de nuages


Par delà la volée de nuages,
par delà tout ce qui est connu
saulaie, aulnaie - ici biaise un soleil lège
sur la terre dénudée -
lui avec quelle détente il a extrait
son poignard, jusque-là fiché dans ma vue

( Quoique je puisse dire aussi :
je voudrais faire un poème non qui semble
mais qui soit la vie.

Que je nous voie au fond, héron,
que je nous y connaisse, toi à ton affût,
moi à mon affût, compte tenu de courbes et d’incidences
et des échos entendus sous les aulnes des berges.
Ici nous sommes les commensaux au cri bref.
C’est là mon chant d’appel et c’est ma raison. )