jeudi 21 juillet 2022

Noms disparus

Noms disparus, noms des disparus, noms
réduits, pour certains, à d’autres fins
(ou au renom). Vain noms,
mais aussi noms vibrants, mystérieux
refuges d’associations et de suggestions
 
prolifique gisement de vie possible - filon,
je te suis - ce mystère au cœur même
de l’effacement et du manque,
parole,
souffle mille fois justifié où tu apparais.
 
Qu’est-ce qui en rejaillit ? Goya
ou l’amour resurgit immanquablement
jusqu’à rafraîchir la couleur atmosphérique,
je me rappelle, je reviens à moi - sait-on comment
ce que je suis me rappelle -.

mercredi 20 juillet 2022

À fragmentation 525


 

Nous ne sommes pas si différents

Nous ne sommes pas si différents des vers.
Si ce n’est que c’est de l’air que nous humains, brassons en surface.
Respirons. Nos paroles tremblent comme feuillage,
tout un rameau se détache, c’est un théâtre de plein air où se rejoue
sans cesse la vie elle-même, pauvre de ces répétitions
 
riches de ces respirations et variations. Il n’est pas sûr que Goya
m’entende, que mes paroles résonnent jusque dans sa matière,
couchée au milieu du pré, mais peut-être que oui,
par l’entremise du millepertuis perforé
qui pousse entre les moellons brûlants.

mardi 19 juillet 2022

À fragmentation 524


 

Si discrètement

Si discrètement notre supporter, notre soutien
indéfectible, et sous-estimé.
(Le poids total des lombrics vivants sur terre est
vingt fois supérieur à celui des humains. Bon.)
Et toi tu te poses la question de savoir si ta parole est assez ?
 
Assez (non pas tassée)
bonne - juste (empreinte de justesse non de justice), bienveillante, vivifiante  -
c'est-à-dire par brassage, synthèse et dégradation
génératrice de matière et d’énergie. 
Oui.

lundi 18 juillet 2022

À fragmentation 523


 

Qu’est-ce que parler trop

Qu’est-ce que parler trop, ou trop peu ?
Quel usage faire de la mesure, prononçant on ne sait quelle parole,
formant telle phrase - laquelle de quelque façon agit plus vite que mon ombre
transformant aussitôt tout le paysage -,
dans quelles proportions restituer la prodigalité du monde ?
 
Comme le ver anécique sustentateur des sols,
qui poursuit lentement son activité métabolique - erratique métabolisme - avançant,
digérant l’entièreté du substrat sans se l’approprier ?
Le moins-du-monde - l’humble - c’est lui. Qui
ne connaît ni être ni dédain, qui par le fait est.

dimanche 17 juillet 2022

À fragmentation 522


 

Car je suis prête

Car je suis prête pour le jeu et le feu,
pour chevaucher le rêve éveillé - fatigue, non épuisement -
pour ourdir des trames intimes dans des paysages
faits de toi, logos, faits de Goya absente, de fleurs odorantes,
de rafales entendues sur des villes aux noms imprononçables,
 
- néanmoins déclarées, noms prononcés par missiles interjetés -,
pour
pourvoir - tâche harassante -
fournir à la profusion de ta nature perpétuelle
pourfendeuse des paix.

samedi 16 juillet 2022

À fragmentation 521


 

anémones sur le fil

anémones sur le fil du balancier intenable
centranthes exténuées, coquelourdes,
bouleaux précaires, tilleul, d’un vert analogue. Un sphinx tête de mort
apparaît soudain hors de la cheminée, ivre de miel,
aux exhalaisons de chimère perpétuelle.

vendredi 15 juillet 2022

À fragmentation 520


 

Le jeu

Le jeu commémore la chandelle
et la lumière naturelle autant que la nuit déserte.
Il insiste encore un peu.
Il ne cesse pas d’embrasser
de palpiter dans l’obscurité avec fleurs et bosquets

jeudi 14 juillet 2022

À fragmentation 519


 

mais pas trop serrée

mais pas trop serrée, en sorte
qu’on puisse lire entre les lignes de ces sarments
qui feront le feu clair -
car elle raisonne et résonne par l’analogie
et le transport
 
- vision lente, écho de ses suggestions
déduction et induction, transfert de la métaphore -
oh ! parole immensément inadéquate mais importante,
transport vivifiant, oh partante, d’une note erronée et pourquoi pas, appel d’air,
d’un rien prédisposée à l’alacrité et au jeu.
 
Reviens à la grêle, sa course sur le toit, son trot accélère.
Reviens à Goya qui ne dit mot.
Consens. Rentre chez toi.
On dirait : visiblement c’est un désert
(mais alors inépuisable et insistant).

mercredi 13 juillet 2022

À fragmentation 518


 

je revoie Goya

je revoie Goya bâiller et s’étirer
caracoler ingambe
pareille à l’herbe et au vent
parmi les callimorphes.
En sa libéralité ta logique lui voua ce mot tagader,
 
qui aussitôt fit le son de la grêle sur le plancher.
Car prodigue elle l’est
car - fais-moi penser à recenser tes liaisons
car ta logique relie tout : ton art est celui du fagot
et de la respiration de son âme ficelée,

mardi 12 juillet 2022

À fragmentation 517


 

parole immensément adéquate

parole immensément adéquate à
cette profusion quoique équivoque,
(le plus simple étant de te suivre,
te pister devrais-je dire, à la trace, pas
dans tes pas, dénégations, dépits - et crédits - compris,
 
ou pas même)
ta logique simule la vie
(sans idée de tromperie), et agit,  
dis-moi ce qu’elle anime pour qu’à sa place
ouvrant les yeux

lundi 11 juillet 2022

À fragmentation 516


 

vous refleurissez

vous refleurissez la jonchée,
la nuit,
les jambes nues désirent la couverture ou la fouée
ou Goya de tout son long, soleil sombre aux yeux d’or
aux yeux d’or
 
soleil multiple. Virevoltez, que je
me fasse à vos légers ocellés, à
vos marbres passagers.
Qu’est-ce que l’impact d’un mouvement rapide
de votre aile comparé à celui d’une frappe de missile
 
sur un immeuble assoupi du côté d’Odessa, et pourtant !
Battez, battez, ventilez les ossuaires,
les cratères fumants, les carcasses noircies,
dissipez le cynisme d’Ouragan à Lyssytchansk.
Éclaircissez la seconde - l’unique - de l’agonie,
 
ou celle de l’endormissement
(puisqu’il faut bien dormir ou sombrer)
sans qu’on puisse se prémunir jamais contre l’horreur,
ni même du fait de l’accepter
et de s’y contempler,
 
mais dis-moi quoi faire ? De ce parfum
de sommeil mêlé d’herbe et de terreur,
de fourrure lustrée au fond d’un trou fraîchement creusé,
de lumière papillonnante en surface,
sur les légendaires brunelles, dis-moi

dimanche 10 juillet 2022

À fragmentation 515


 

Et le fourré

Et le fourré - silencieux -
là d’où tu regardais monter l’été (
qui ne t’arriva pas, n’arrive pas)
te garde dans son âge, son ombre le soir
happe le rayon
 
d’où je me vois près du mur défleuri
là, orties mâchées aussi et jeunes ronciers tout pimpants,
fourrure hispide que la grêle a
omise, mais c’était dans les centranthes,
la masse armée d’éperons, que tu t’ombrageais pantelante
 
après les ronds. Est-ce que ce cycle saturnien
comme un complexe infernal va finir à un moment
donné ? Est-ce que ça passe aussi ? Papillons
callimorphes, écailles qui confiez la génération aux orties, patiences,
plantains, consoudes et ronces, vous refleurissez l’herbe grêlée

samedi 9 juillet 2022

À fragmentation 514


 

Des cercles

Des cercles j’en verrai, c’est certain,
mais tes vertes circulaires, prises à la corde,
mais tes lombes étirées, et vertes,
et la sueur qui goûte à la commissure des lèvres,
on n’y peut mais.
 
Quand est-ce qu’on la relève, la garde, hein, quand ?
Quand est-ce que la sentinelle ? Tu dis ?
(larmes résurgentes) Simplement
je dis : grêle, pluie de feu émaillant d’autres horizons,
très terrestres coïncidences,
 
tresse d’herbes infiniment torses
- où tu t’embusquait (pour un affût mineur)
derrière l’exclamation prostrée d’un tantième plantain -,
d’abus - à la treille grêlée les rafles et les pampres dolents
à toi l’œil creux -
 
Le grain a roulé, la grappe coule,
qu’est-ce que tu grappilles encore ? tu dors !
la rafle échoit, l’œil caverneux boit
- tes yeux roulent dans l’herbe
attentive aux sons que tu bêches -.

vendredi 8 juillet 2022

À fragmentation 513


 

La main chaude

La main chaude qui
sur ton ventre palpitant
passait sa nuit, elle
passera aussi.
Tes pattes frêles tremblaient
 
des rêves de courses, effrénée
dont le corps se délassait lentement.
D’un doigt j’ourlais la lèvre,
la denture au repos un collier éclatant
de frilosité.

jeudi 7 juillet 2022

À fragmentation 512


 

Démence.

Démence.
Ses yeux qui sautillaient dans la nuit à mon appel.
L’échancrure rose de la gueule,
brèche unique dans la harde noire qu’elle fait avec elle-même
quand elle accourt.
Sa sauvagerie : un velours.
 
À deux faces, maudite,
double flambeau épris de nuit
déficience acquise de la mort subite - ou acquise -
j’accuse le coups ou j’étourdis
le présent,
 
précipitée dans quoi ?
- silence, art du manque -
dans la prolongation noire du verbe
(cette grêle finalement bienvenue
pour souvenir, multiplier larme par froidure)

mercredi 6 juillet 2022

À fragmentation 511


 

Aide-moi.

Aide-moi. Plantain majeur,
dit des oiseaux, antique contrecoups,
viens-tu appliquer ta vertu, vulnéraire,
à l’endroit où retourne le poignard ?
Où il plonge ?
 
Ta sympathie universelle comme séquence
- pour l’instant inaccessible -
comme série hasardeuse, mais tenace,
secourt celui qui vient, touché qu’il est - le croit-il ? -
à mort. Vient tomber dans tes cordes.

mardi 5 juillet 2022

À fragmentation 510

 

Alors que nous faisions

Alors que nous faisions reculer son chant,
le grand plantain colonise maintenant
tes cercles inhabités. (ce qui fut dit empreinte de l’homme blanc
je le dis, moi, empreinte de Goya,
la noire, ardente et sans aucune disgrâce).
 
La tragédie est inscrite en terre,
où reflue le chant obstiné du pinson.
Pour rendre compte : lieu que l’écaille chinée
aussi circonscrit,
de séneçon en séneçon.

lundi 4 juillet 2022

À fragmentation 509


 

Ensemble nous risquions

Ensemble nous risquions
bien des révolutions, pas de sang
mais l’herbe foulée, la roue
sans rayon d’un pas sauvage qui effarouchait
même le pinson des arbres. Jusqu’au dénouement.

samedi 2 juillet 2022

À fragmentation 508


 

Tu dessinais un cercle

Tu dessinais un cercle - ventre à terre -
dont le rayon était la branche tenue à bout de bras
- là c’était moi le pivot -
ce qui se profilait ainsi, ce cercle, son usage,
n’était-ce pas le cours des choses, cet irrévocable tendu,
 
fatum qui fit ta révolution si courte ?
N'était-ce pas ce faire et défaire perpétuel
qui déplace à son gré des brimborions balbutiants,
inaudibles, et transfère toute forme, instable par nature,
comme bringuebalée, comme dans un fleuve pressé
 
qui ingèrerait les corps dans sa mâchoire liquide, et goulue ?
Cercle cerclé et silence dévorant, moi dedans,
toi sur le pourtour, tout bougeait immobile.
Tout dansait,
ébranlant notre monde - on se laissait faire
 
tête littéralement retournée -
d’où émergeaient les linéaments d’un paysage,
les rudiments d’une pensée volage, d’une vision
mouvante ; neuves.
C’était ça ta ronde, jusqu’au dénouement.

vendredi 1 juillet 2022

À fragmentation 507


 

Qu’est-ce que tu faisais là ?

Qu’est-ce que tu faisais là ?
C’est pourtant pas la violette que tu cueillais,
ni la jusquiame veinée de nuit, alors ?
En quoi t’es-tu métamorphosée, toi
la chorégraphe, sorcière meneuse de toutes rondes ? 
 
J’implore que tu reviennes, au moins
par tes danses de joie antidotées, ébranler.
Ébranler.
J’implore le rien de ta joie discrète,
ton être sans parole
 
si finement serti dans l’obscurité de ton corps.
Tous les fagots ont été liés en ta présence.
Toutes les flambées validées par ton jeu circulaire,
tes pupilles de feu les ont réfléchies,
oh combien !
 
Maintenant tu es dans l’herbe
défaite, éparse (ce sont tes pattes)
- tombée en javelle -
dans le demi-cercle de la faux*.
C'est ce qui me console.
 
*Giono, Batailles dans la  montagne,1937, p. 202