samedi 17 février 2024

Au loin le réticule

 

Au loin le réticule très net

la très nette lisière tendue comme une résille

sur l’uniforme blancheur,

le réticule de la pensée, calciné,

attend le feu, encore le feu, rougeoyant

de la première sève d’où je voudrais

le voir venir, amène, débonnaire,

gambadant par-dessus la mer gelée 

(sensation de dégel, et de débâcle) :

me voici, je suis un peu en retard je sais !

 

vendredi 16 février 2024

À la boîte blanche, vues 268


 

Couronne

 

Couronne comme poussée

d’une tête, laquelle (?), éclabousse

blanc sur blanc. (Un frais vert se hérisse, pointilleux).

 

Le lait lui aura monté à la tête,

(résidu maternel ou gourmandise)

perlée de larmes (laiteuses) en goutte-à-goutte.

Tête trésorière perd vite la raison.

 

Consolation, dit-elle ?

Je revois mon chat Tira à l’endroit même, sous la rose

Souvenir de la Malmaison.

 

Elle retournera le temps

selon quel vœu brûlant ?

Pour l’heure, à un doigt des ténèbres

la perce-neige pousse sa couronne hirsute hors de terre.

 

mercredi 14 février 2024

À la boîte blanche, vues 266


 

Apprends !

 

Apprends !

De la défection généralisée

le dénuement à partir duquel se réinvente

la longue vue sans attentes ni contraintes

âpretés aux mains libres

aux genoux libres, mais alors ?

À bien réfléchir je préférais la contrainte de leur amour

au froid inviolé, à l'impensable.

Je préfèrerai toujours.

Nul bonheur ne s’apaise*

et nulle blancheur (perdue) n’est plus pure que…**

Apprends donc ceci de la perce-neige !

 

*Louis Zukofsky, 80 fleurs, « Souci », traduit par Abigail Lang, éditions NOUS, 2018, page 51

** William Carlos Williams, Paterson, traduit par Yves di Manno, Éditions José Corti, Paris, 2016, page 87

 

mardi 13 février 2024

À la boîte blanche, vues 265


 

Plus il m’envahit, plus il est vivant.

 

Plus il m’envahit, plus il est vivant.

 

Mon épiphyte me nourrit en images

en vœux, en d’autres vies.

Je reprends doucement avec celle

que me distillent le souvenir de ses tours de souplesse,

ses joies juvéniles, ses caresses,

je consens petit à petit à ces mots,

j’opte pour le bon terme avec ces images.

 

Hardiesse néanmoins que cette paix gagnée

qui n’est pas renoncement à le chercher mais laisser-venir.

J’épouse ma peine.

Elle me soulage de la détresse.

 

lundi 12 février 2024

À la boîte blanche, vues 264


 

J’envie celui qui passe

 

J’envie celui qui passe

(quelle fausse douceur ce doit être

que la forêt intime, l’espace du secret,

qui s’y cache s’oublie probablement

son nom oblitéré, sa visibilité vouée

à des yeux absents

respiration infiniment réverbérée

mais in petto)

 

Plus je le perds plus il m’envahit.

 

dimanche 11 février 2024

À la boîte blanche, vues 263


 

Frontalité qui arde

 

Frontalité qui arde

attente-forteresse

armée de neige

moi je regarde la braise dans l’air pâle

le mal se propage à toute ma raison

tempétueuse

dure à rassembler

j’ai froid

(paume ardente de l’air sur mon front).

 

samedi 10 février 2024

À la boîte blanche, vues 262


 

Ce matin

 

Ce matin la façade des bois

poutrage surligné de blanc étincelant

armure entrecroisant les colombes comme des fers

aucune voix ne pouvait passer ce hourdis

interdite

ne pouvait passer ce mur assourdissant.

Mes bouchées de neige colmatent

encore ce front.

 

jeudi 8 février 2024

À la boîte blanche, vues 260


 

La voix déficitaire.

 

La voix déficitaire.

Le déficit.

 

(une bouche givrée que le tison de son nom brûle).

 

Son nom en amorce simple, en morsure du silence.

 

J’entends sous un hêtre citharède

qu’il accompagne mes interjectionnels abois

(invocations/interjections, soupirs).

 

La tragédie déloge toutes sortes de bêtes, oiseaux

(d’autres clapets d’autres déficiences)

foulant des ombres primaires.

 

Espoirs confus.

Ombres dépouillées.

 

mercredi 7 février 2024

À la boîte blanche, vues 259


 

À tâtons

 

À tâtons hantant

bois vent hurlant le soir

langue sèche clappe comme feuille morte

marcescente

pour personne

je hurle son nom aussi

(un nom qui tisonne)

 

Je ne dis pas qu’il s me manque nt. Disons :

je suis un état de manque.

 

mardi 6 février 2024

À la boîte blanche, vues 258


 

Le cherchant partout

 

Le cherchant partout - où il est -

j’improvise, j’invente des signes.

 

L’écho ricoche. Chaque flaque de lumière

- potentiellement lui -

luit plus que de raison

dans ma raison oblitérée.

 

Mon espoir est ma preuve

(mon espoir est mon unique preuve).

 

Je n’accepte pas le passé le concernant.

 

Vive dans l’empire de l’indiscernable

et le gouvernement de l’espoir,

je hante des bois illusoires.

 

lundi 5 février 2024

À la boîte blanche, vues 257


 

Je dis la réciprocité

 

Je dis la réciprocité de nos vies

le chemin parcouru, le désarroi.

 

L’écho dans les bois claironne à la nuit tombante,

des lueurs de cuivres résonnent de fût en fût

qui instrumentent le présent qu’il occupe, étant partout,

chez lui

(roux comme son jumeau), attisent

sa flamme jouant de son double foyer.

 

Le bois le reconnaît sien avant tout leurre.

De fût en fût danse son feu

(je n’accepte pas le passé le concernant).

 

Il est partout.

Le cherchant je ne vois que les signes cherchés.

 

dimanche 4 février 2024

À la boîte blanche, vues 256


 

Ce chat nécessairement

 

Ce chat nécessairement - comment dire -

                                                                   est

puisque ma quête le présuppose 

 

égaré cherchant le chemin de la réciproque

dans l’épouvantable lamentation et vice versa du vent lancinant

mon attente étant la conséquence de son hypothèse

et sa conséquente perduration mon hypothèse.

 

Simple instinct de survie.

Par cette quête seulement, qui creuse et affiche pourtant l’écart,

je nous maintiens encore.

 

samedi 3 février 2024

À la boîte blanche, vues 255


 

Tous les oiseaux

 

Tous les oiseaux gagnent la grève

ou l’allée de gravier qui entoure le pré 

ses rouleaux de fanes sèches et leur mouvement ondulatoire

 

déferle sur eux quand tempétueux

 

quand manque un seul maillon au profit visible

toute la chaîne s’égaye

au détriment (bruyamment)

de l’équilibre que je voyais

 

les voici qui s’égaillent - aussi bien -

dispersant des semences noires les voici

qui sèment

 

les merles dansent

 

lui, le vent lamentable,

nous lancine.

Répand son air.

Lamentation que j’imagine prédicat

 

et dans cette attente glacée,

j’admets jusqu’au gel de l’écran.

 

vendredi 2 février 2024

À la boîte blanche, vues 254


 

Et j’attends sa réapparition,

 

Et j’attends sa réapparition,

qu’il me libère de l’obnubilation où, tâtonnante.

 

D’un jour expirant.

 

J’erre perdue dans la conscience floue

sans rémission.

Où le chercher s’il est partout ? S’il couvre tout ?

J’erre, à son image (peut-être vaine)

(buccinateurs aux arrêts, quelles heures scander désormais ?)

 

Ce n’est pas ça. Cette phalangère

fleur de lis, projetée, elle exalte sa paix soudaine.

Appelle, éparpille sa lumière rubanée,

à tout va, la voie est libre trompette-t-elle.

Sa voix claironne en vert chlorophyte.

 

L’oiseau y gagne aussi une trêve.

 

jeudi 1 février 2024

À la boîte blanche, vues 253


 

La silhouette - jumelle -

 

La silhouette - jumelle -

surimpressionne le pré

elle infiniment complémentaire

inscrit de toute éternité dans le pré que j’ausculte

son pendant énigmatique à la fatalité.

 

À vol d’oiseau nous verrions sans doute mieux.

J’affiche partout la couleur de ma détresse.

 

mercredi 31 janvier 2024

À la boîte blanche, vues 252


 

J’élargis le périmètre.

 

J’élargis le périmètre.

Cinq, six kilomètres. À vol d’oiseau deux.

(Difficile pratique du vol d’oiseau

mais quand même.)

 

La forêt incommensurable, tout comme le manque.

 

J’impose à tous une équation irrésolue.

L’énigme de son regard perdu.

 

Qu’est-ce qui est aussi vide et encombrant que cette version de l’absence

qu’est la disparition ?

 

mardi 30 janvier 2024

À la boîte blanche, vues 251


 

Quand je prends la précaution

 

Quand je prends la précaution de ne rien déranger

(mes pas sur la pointe)

ces trois brocards, grand’erre dans les ronciers, brisent ma réserve.

 

Ils m’ont vu

(intruse bien avant que je ne les vois)

 

ma présence incongrûment explétive dans cette forêt 

où je cherche à résoudre l’énigme, sans savoir où je cherche.

 

Les prunelliers la gardent.

L’énigme préservée, la quête est préservée.

(Ce n’est pas un jeu d’esprit et ma sagacité s’émousse en forêt.)

 

Voici ma chasse gardée à jamais : j’aurai toujours un chat manquant en tête.

 

lundi 29 janvier 2024

À la boîte blanche, vues 250


 

Vuj-‘yh-

 

Vuj-‘yh- (facétie claviéristique, chatterie incongrue : en vérifier la grammaire

c’est ce que me suggère le correcteur à l’instant)

 

Ce manque répétitif m’appauvrit. Me lèse.

L’esprit lésé dans l’encéphale en attendant. Quoi ?

 

Dans la forêt je divague,

désorientée.

Bois chablis entrecroisé, souches massives,

cratères, ce que je cherche ?

 

Ronciers, prunelliers (épines noires) acérés

(la Belle-au-bois dort peut-être à l’arrière)

dont j’essaie de passer la barrière :

trois brocards fuient dans mes enjambées prudentes.

 

dimanche 28 janvier 2024

À la boîte blanche, vues 249


 

C’est l’écho qui réalise

 

C’est l’écho qui réalise dans la nuit

le point de mire.

 

C’est le bruit dans la couronne invisible

- un craquement d’os

sec et sonore lorsque j’ai foulé l’un des cors du pommier tombés au sol -

son cri remonte jusqu’aux branches

croise le halo descendant de la torche.

 

Où donner des yeux ? De la tête ?

 

samedi 27 janvier 2024

À la boîte blanche, vues 248


 

Mais c’est une image spectrale

 

Mais c’est une image spectrale qui une fois encore perdure

dans mon encéphale éprouvé,

obstiné.

Mon obsession m’impose sa présence incoerciblement.

 

Dans un vieux pommier elle place la cible que je veux,

en vue de laquelle j’affûte ma parole. J’appelle.

 

vendredi 26 janvier 2024

À la boîte blanche, vues 247


 

Des figures excentriques

 

Des figures excentriques de pommiers

à la posture desquelles je prends part, encore,

courbée vers les degrés de l’échelle qui serpente

à travers la couronne exaltée, se perd

dans une profondeur telle qu’aucune torche ne l’atteint,

une profondeur où danse aussi, évanescente,

l’image du chat espéré.

 

jeudi 25 janvier 2024